Distraction

Pavillon taiwanais, parc de Shinjuku

Facebook est la plus monstrueuse distraction de notre temps, bien pire encore que les achats compulsifs.

Comme je l’écrivais dimanche, ça va plutôt bien malgré des craintes sur l’avenir et l’avalanche de doutes qui m’ont souvent accompagné. Mais comme toujours quand la situation semble stable, je suis tenté de regarder ailleurs.

La distraction est chez moi le principal moyen pour procrastiner. Une idée va me passer par la tête pour ne plus me quitter, parfois cette idée sera une très bonne idée même si son timing, lui, ne sera pas le plus adéquat, parfois ce sera une idée totalement inutile.

Depuis décembre et ma libération de mes montagnes de dettes, ces idées fugitives se succèdent les unes après les autres comme des sortes de rêves éveillés avec le risque de me voir me disperser comme je finis souvent par le faire.

Remarquez, cette dispersion a quelque chose de bien, elle aiguise ma curiosité et je crois qu’elle est ce qui alimente ma créativité en maintenant mon imagination toujours en éveil. L’ennui, c’est cette incapacité à terminer certaines choses quand je le devrais, cette perte de concentration sur ce qui compte vraiment. C’est pour cela que je dois, j’écris bien je dois, écrire ce blog tous les jours. Pour ne pas (m’)oublier en route.

Il y a d’abord eu une envie d’acheter un nouvel appareil photo, je vous en ai parlé. Imaginez, vous résolvez votre problème d’argent et vous êtes obsédé par l’achat d’un truc qui n’est pas nécessaire puisque vous en avez un, d’appareil, et qui vous convient.

Idem avec l’iPhone, j’ai eu pendant une semaine il y a eu une sorte d’obsession de nouvel iPhone. C’est vite passée, ouf. Mais bon, j’en ai passé, du temps, à lire des revues, etc

Mais ma grande distraction depuis décembre, c’est déménager. J’aime bien mon quartier pourtant, j’aime le lieu où j’habite mais c’est vrai qu’une heure de transport deux fois par jour, c’est beaucoup, surtout parce que je termine tard et que ça me fait rentrer encore plus tard. Et puis mon appartement est sombre et j’aime la lumière, alors la tentation est grande de déménager, un truc très coûteux à Tokyo.

J’ai trouvé sur internet il y a quelques jours un appartement tout refait à neuf dans un immeuble ancien, donc relativement abordable, dans le quartier de Sangenjaya. Un quartier habituellement hors de prix. C’est à vingt minutes de mon travail en métro et c’est à 5 minutes de Shibuya, ce qui veut dire que ça reste relativement « urbain », Tokyo ayant cette fâcheuse tendance à englober ce qu’on considère la banlieue en France, de ces lieux où il n’y a rien que des maisons, des immeubles et des centres commerciaux monotones. Ça, je ne peux pas.

Le loyer était un peu plus cher, où je suis je paie une bouchée de pain pour Tokyo, 500 euros pour 27 mètres carrés dans un quartier qu’on pourrait comparer à Montmartre, là c’est 650 pour 30 mètres carrés, et c’est tout refait à neuf et bien mieux qu’où je suis.

Pourquoi est-ce donc une distraction me direz vous.

Eh bien c’est parce qu’en même temps, je ne cherche pas vraiment, c’est plus une sorte d’idée pas vraiment décidée, et puis d’un autre côté ce que j’ai décidé est de rentrer en France, engager des frais dans un déménagement pour un appartement plus cher, c’est stupide, et en plus le temps que je passe à sillonner les sites internet à la recherche d’un appartement, véritable opportunité à zapper sur d’autres applications pas vraiment utiles si vous voyez ce que je veux dire, c’est du temps que je ne passe pas avec moi et pour moi à lire, à écrire, à dessiner, à me cultiver ou à créer. C’est que mon temps libre m’est compté puisque je passe quand même pas mal de temps au travail. Et c’est ainsi que perdant mon temps en m’éparpillant dans des trucs inutiles, je me perds moi-même et plus incidemment je perds mon temps, le peu de temps précieux de la vie qui me reste.

Le sentiment de temps perdu est d’autant plus fort que je suis bien décidé à retrouver d’autres habitudes, à rester concentrer sur mon travail, pas mon travail salarié mais ce travail, écrire et penser.

J’ai finalement écrit à l’agence immobilière, et la réponse a été qu’il y avait déjà pas mal de monde qui avait postulé bref, que c’était cuit. Sentiment de déception d’abord et puis deux secondes après une sorte de délivrance. Le hasard a été plus fort que moi et j’ai bien fait d’écrire car la réponse a clos ce chapitre.

Je ne déménagerai pas, ou plutôt si, mais pour habiter près du cimetière du Montparnasse. Quand je vois les prix par chez vous, je me dit que c’est un projet de malade, vouloir habiter à Montparnasse.

J’ai pris l’habitude pourtant de laisser aller mon imagination car je suis très créatif quand je laisse aller, il faut juste que j’utilise cette distraction de façon active. Si je prends le site Nedjma que je délaisse depuis la publication de trois articles fleuves comme pour conclure ce chapitre (je les mettrai en annexe à la fin de cet article), eh bien j’ai reçu ce matin cet e-mail qui j’avoue m’a beaucoup touché,

« Salam Madjid,

J’espère que tu vas bien ! Juste un petit message sur le beau travail que tu fais autour du site Nedjma. Je suis un enfants d’immigrés algériens, né à Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise à la fin des années 80 : enfance dans les années 90, peur des parents d’aller au pays, ma découverte de l’Algérie s’est faite très tard, à presque 20 ans, alors il me manque une partie de ma culture; ma réalité familiale et sociale ne se rejoignent pas. Avec quelques séjours en Algérie depuis, Nedjma me permet de combler un peu ce manque, merci ! Notamment pour m’avoir fait découvrir Hamid Cheriaf 😉

Au plaisir de continuer à te lire, et peut-être d’écrire sur Nedjma (je cherche des idées !!) ».

J’en pleurerais presque car en tant d’années où j’ai créé ce site et tenté de le faire vivre seul principalement, et voilà un simple message de quelqu’un que je ne connais pas et qui a compris l’essence même du site. Un pont, une passerelle bâtie avec des mots, des mots de nous. Ça m’a vraiment touché et si je suis parfois assailli par le doute, un simple petit mot comme ça et c’est soudain le sentiment d’avoir touché, même si le site hélas est bien en deçà de ce que j’aurais aimé en faire… et que je pense qu’il faut désormais que je close ce chapitre puisque je ne voulais pas, je ne peux pas faire vivre ce site seul. Pendant ce temps, je vois tellement de belles choses se perdre sur Facebook et partir dans le néant quand ce que je demandais était de pouvoir le garder, le partager sur un site pour construire une pensée. Facebook n’est qu’une gigantesque poubelle, on y fait pas de révolutions, on s’y perd en donnant le meilleur de soi-même.

Facebook est la plus monstrueuse distraction de notre temps, bien pire encore que les achats compulsifs. C’est de la politique compulsive. On s’y indigne de choses qui méritent l’indignation avant d’aller s’émerveiller sur de petits chats pour finir par désapprendre à se parler. On s’y enferme dans une bulle et s’il est vrai que le réseau permet des mises en contact, il stérilise aussi beaucoup de nos énergies.

J’ai depuis quelques mois ainsi changé une habitude, celle de répondre tout de suite aux messages qu’on m’envoie, parce que le tchat est une énorme perte de temps, en réalité, c’est un faux bavardage pour la simple et bonne raison que si l’un des tchateur a le temps de bavarder, ce n’est pas forcément le cas de l’autre qui va donc se distraire et n’échanger qu’à moitié. Je n’aime plus ça du tout.

Pour revenir à un autre bonheur récent, inattendu, un tout petit commentaire de Cécile Balladino dont je parlais dimanche dans mon billet. Elle écrit quelques mots et soudain c’est comme si elle était au rendez-vous. Et puis Bernard Thévenin qui poste ce même billet accompagné d’un mot où il révèle sa propre fragilité derrière le superficiel de Facebook, et ça me touche et c’est promis, je ne vais plus vous bassiner avec mes doutes.

Bon, donc, je ne vais pas déménager, pas plus que je n’ai acheté d’appareil photo ni changé de téléphone. J’ai en revanche noté quelques livres à acheter, et je vais m’empresser de le faire.

Annexe, articles mis en ligne sur Nedjma en décembre.

Dégagez les vieux, affirmez votre pouvoir

LE COURAGE DE GAGNER

Qu’ils dégagent, et les « initiatives » avec!

 

2 Comments

  • Il est bien ton texte, il est sincère dans l’auto critique ( ah la proscratination!) en le lisant on se surprend à attendre de détails. Cela commence par « la montagne de dettes » et comment tu as fait pour t’en débarrasser et puis c’est bien, pour une fois, de ne pas parler politique. Ensuite Facebook, observation 100% juste, même si l’importance des photos de chats est bien surévaluée (c’est très DL cette remarque). Ah, et puis répondre au messages…je t’avais laissé un message sur Nedjma…Questions: crois-tu qu’après toutes cette vie à Tokyo tu va réussir une transplantation en France, voire Paris? XXLala

    • Bonjour Lala, un commentaire de toi me fait très plaisir.
      Pour les détails, c’est plus au fil du blog qu’il faudra les chercher, ce billet était une note un peu développée, un truc qui me passe par la tête. Pour les dettes, je raconterai une autre fois, un très long billet difficile à écrire.
      J’avais lu ton message sur la page Nedjma. Là, c’est un sujet sensible. Je crois que 2020 sera une année de deuils, de choses auxquelles je serai amené â renoncer pour passer à de nouvelles choses, et notamment rentrer en France.
      Ce ne sera pas facile du tout, je ne sais pas trop comment réussir cette transplantation comme tu dis. Si ce n’est Paris, ce sera la Sarthe, j’ai décidé ça l’an dernier, et dans ce cas dans une petite ville avec une gare.
      Je t’embrasse. Madjid

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Veuillez calculer (protection contre les spams) *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.