Bien

B

Faut il atteindre 48 ans pour comprendre cela? Je me souviens ce film de Desplechin, Comment je me suis disputé… Tiens, et puis Sartre, La nausee, la nappe en Vichy, et puis Les chemins de la liberte. Des annees et des annees, ce mal au ventre, cette incapacite a choisir, a demander au temps de le faire pour moi, ce mal de ventre, comme chez ma psy. Ben vous savez quoi, je n’ai plus mal au ventre. Que des regrets, meme plus de tristesse.

Longue absence. Le temps a file a toute vitesse. Le 26 juin, en fin d’apres-midi, j’ai finalement envoye un message qui me demangeait, et qui me faisait mal car je l’avait en bordure du coeur. J’ai envoye un message d’au revoir. Un message d’adieu. J’ai senti le sang me monter au visage, quelque chose d’irreparable mais que je devais faire. Parce que je l’avais sur le coeur. Au moment ou j’ecris ces mots je repense a ce moment et aux jours qui ont precede. Il etait de nouveau plus ouvert, mais j’ai retrouve cette nervosite, aussi, celle du mois d’avril. J’ai finalement pense que si moi, je ne parvenais pas a vivre cette relation, alors, pour lui, ce devait etre terriblement difficile a vivre. Alors voila… Il m’a immediatement sorti de Facebook. Puis le lendemain il m’a ecrit. Je pense sincerement qu’il a essaye de renouer. Mais j’avais de mon cote change de perspective. Plus comme ca, plus comme avant. On a echange quelques messages, il m’a ecrit un dernier mot, et c’etait fini…
Juillet est arrive, avec ses pluies, et sa chaleur de plus en plus etouffante, et des insomnies dues a l’humidite, et la solitude aussi. Elle est revenue, la chienne. J’ai bidouille d’application de rencontre en application de rencontre, suis sorti a Nichome et me suis amuse, ai passe un soir avec un americain amusant a danser en buvant au moins 15 Gin Tonic, je me suis inscrit dans un club de gym, je recommence a nager, j’ai continue a reamenager chez moi, j’ai depense des fortunes en produits naturels pour le corps, achete plein de musique baroque en Haute Resolution… En fait, a mon grand etonnement, la vie a continue. J’ai recommence a buller les dimanches, j’avais oublie que j’adorais ca. J’ai renonce a utiliser l’air conditionne, je fais des courants d’air et me rafraichis en buvant des litres et des litres d’eau gazeuse… Les attaques sur Gaza ont occupe mes soirees, passant mon temps a lire sur le sujet. C’est quoi, les peines de coeurs dans un monde pareil? Quel luxe…
J’ai tres peur, en realite. Quand mon pere est decede, ce n’est que plusieurs mois apres que l’absence m’a finalement rattrape. J’ai rompu avec Jun, et ces 9 mois avec Nori ont ete quelque chose d’intense dont je ne suis sorti qu’il y a a peine un mois. Je me demande si je ne vais pas traverser un passage a vide a la rentree, quand, apres les vacances, le quotidien reemergera.

Et pourtant, si je devais decrire mon etat en ce moment, j’oserai ecrire que je suis bien, que je suis heureux, que tout est finalement en bonne voie, que je retrouve le fil apres m’etre pas mal eparpille depuis le tremblement de terre. Et que, soyez etonnes si vous le voulez, je le dois en partie a Nori. Une rencontre, un ami ou un amant, est toujours quelque chose qui vous ouvre au monde si vous savez accepter la chose. J’etais tres attache, et je pense qu’il l’etais aussi. Cette histoire m’a donne l’opportunite de penser a moi, exactement comme je tentais de le faire depuis deux ans, mais cette fois ci seul, avec une perpective amoureuse. Un focus et non plus le flou. Une ambition pour deux. Il ne me reste que moi desormais, l’ambition est, elle, intacte. Si je rencontre quelqu’un, cette fois-ci, je veux savoir le reconnaitre et lui donner toute sa chance, toute sa place. Et si je rencontre quelqu’un et que la moindre reserve surgit, je ne me mentirai plus comme je l’ai fait durant des annees. Mon incapacite a etre clair m’a fait passer a cote de quelqu’un, elle ne m’a pas empeche de rompre avec l’autre. Faut il atteindre 48 ans pour comprendre cela? Je me souviens ce film de Desplechin, Comment je me suis disputé… Tiens, et puis Sartre, La nausee, la nappe en Vichy, et puis Les chemins de la liberte. Des annees et des annees, ce mal au ventre, cette incapacite a choisir, a demander au temps de le faire pour moi, ce mal de ventre, comme chez ma psy. Ben vous savez quoi, je n’ai plus mal au ventre. Que des regrets, meme plus de tristesse.

Je remets tout a plat. Rester au Japon, bouger a Kyoto. Ou partir en Turquie, ou au Liban, ou a Alger. Ou retrouver Londres et y vivre. Ca en fait des options quand l’horizon s’eclaircie. Finir une bonne fois pour toute ce roman dont j’ai commence a reecrire des pans entiers pour… Vous verrez. Ecrire enfin un quatrieme article pour le HuffPost, parce que quand meme, mais Gaza, Gaza, Gaza… J’approche de 49 ans, et c’est un peu comme si j’etais sur le point d’atteindre ce a quoi j’avais toujours aspire. Je suis seul, mais je ne suis pas fauche, je vis ou je voulais vivre, je suis libre de changer ce parametre, j’ai des pistes de travail interessantes, je me leve le matin dans la douce lumiere de la fenetre entr’ouverte et j’apprecie ce moment, j’ai retrouve la musique. Peut etre devrais-je me decider une bonne fois pour toute a ne pas abandonner la lecture de La mise a mort, d’Aragon, ce livre que je ne parviens pas a lire. Je devrais en faire un Totem, l’entourer de tous mes tabous, lui dresser un autel. Peut etre un jour sera t il temps de m’initier a ses secrets. Oui, tiens, je crois que c’est le dernier truc qu’il me reste a faire. Apres, j’aurai des tonnes d’autres livres a lire et a ecrire. C’est peut etre ce qui arrive quand on a retrouve son image…

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