Typhoon day

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Je suis à l’ecole, j’entends le bruit des voitures sur la chaussée mouillée. Cette semaine, à la télévision, il n’y en avait que pour cette histoire de typhon la semaine dernière. Vous me direz, c’est bien normal puisque beaucoup de gens sont morts. Mais ce qui est le plus frappant, c’est le peu de place accordée aux fuites dans la centrale de Fukushima, particulièrement pendant le passage du typhon, un typhon qui aurait pu encore plus endommager la structure des réacteurs déjà bien abimée.

Myriam Fares 2013 – Kifak Enta, Nshalla Mnih – ميريام فارس 2013 – كيفك انت، انشالله منيح

Je n’aime pas la télévision japonaise. Quand je vivais en France, j’aimais regarder les doramas (feuilletons japonais), certainement un engouement tout exotique, mais depuis que je vis ici, la plupart m’insupportent au plus haut point pour leur conformisme social, leur manque incroyable d’imagination, la platitude plate des scénarios, le jeu terriblement pauvres des soi-disants acteurs.

Alors que les meilleurs programmes des chaînes privées ne dépassent pas le niveaux des pires programmes de TF1, la NHK est, elle, enfermée dans une espèce de mouroir vide à l’usage des retraités, avec des présentateurs de journal qui donnent l’impression d’être assis sur des godemichets d’au moins 50 centimètres de long tant ils sont vissés sur leurs sièges, immobiles, le visage figé, à déblatérer la parole officielle, comme après le séisme, quand ils recommandaient aux gens de sortir de chez eux avec une serviette mouillée sur le nez pour se protéger des radiations…
Dans d’autres programmes, on a des vieilles aux cheveux permanentés qui font de la couture, de la cuisine, mangent de la cuisine traditionnelle dans des stations balnéaires, font de la randonnées, le tout entre deux cours de langues absolument inutiles mais incroyablement populaires auprès d’un public de retraités qui pense en étudiant le français, le russe, le latin ou l’italien pouvoir échapper à la sénilité. Les programmes de langue sont souvent au passage les lieu de l’expression de tous les clichés, une sorte de voyage à l’étranger pour pas cher avec des français qui mangent de la baguette et les italiens des pâtes couvertes de parmesan frais, le tout assaisonné de mots aux sonorités magiques qui, à défaut d’aider à apprendre une langue étrangère, continueront leur carrière dans les programmes de divertissements que vomissent à longueur de soirées les chaînes privées, pour atterrir en fin de course dans les supérettes ouvertes 24/24. « Dolce », « Gorgious », « Up », « Bistrot », « Gourmet », « Élégant », « Boutique », « Pescatore »…. Au pays du conformisme télévisé, la Belgique s’écroule sous le chocolat, l’Italie se noie dans son tiramissu, la France se plaque dans un « bistrot » au fond d’un sac Vuitton rempli de fromage à la merci des pick-pockets postés au détour d’un « Passage »…

Les étrangers, totalement absents des feuilletons télévisés, sauf en fond pour vouloir dire que le lieu où se situe l’action est un lieu à la mode ou élégant, et malgré le grand nombre de couples mixtes, sont en revanche de plus en plus présents dans les programmes d’auto-célébration à bas prix dont la télévision raffole. Les étrangers adorent les hôtels capsules. Les étrangers adorent les bento à prix réduits vendus après 8 heures du soir. Les étrangers aiment la JPop; d’ailleurs, en France, « les jeunes » se bousculent pour aller au Japan Expo, la culture japonaise triomphe mondialement. Les étrangers adorent les sushis. Les étrangers, sont tous des back packers, ils aiment le cosplay. Les étrangers aiment la shitamachi. « Vous habitez à Asakusa ? Il y a beaucoup d’étrangers »…

Ce qui est étonnant, ce qui ne cesse de m’étonner, c’est comment tant de gens se goinfrent de ces programmes débiles où une bande freaks ringards, genre l’idiote jamais sortie de son Ontario et fan de hard core heavy trash métal folk habillée en noir et percée au coin de la bouche, les cheveux noirs avec une tâche de rouge « délire » qui contraste avec son teint rosé blanchâtre, et qui exprime de cette façon toute son incroyable originalité, ou bien le têtard à cheveux hyper long à la propreté douteuse, le piercing dans le nez, fan de Hamasaki Ayumi et de Amuro Namie, chopés au hasard sur un trottoir de Harajuku ou de Akihabara, vont soudainement incarner les quelques 6 millions de touristes qui viennent au Japon chaque année et à travers eux l’ensemble des pays occidentaux.

La télévision japonaise est d’une bêtise… Mais elle raconte très bien, très involontairement, la très grande difficulté que ce pays continue d’éprouver dans son rapport avec un occident qu’il cherche à copier par tous les moyens mais que, quelque part, il méprise tant tant de choses semblent l’en séparer.
Peut être pour cela que je préfère Kyôto à Tôkyô. Kyôto n’éprouve pas ce complexe d’infériorité, Kyôto est fière de son histoire, elle ne cherche pas à copier, elle opère donc plutôt des synthèses. Tôkyô est une ville fatigante, et la télévision japonaise, c’est la culture de Tôkyô…

Jour de typhon, donc. On est vendredi et je n’ai pas beaucoup d’étudiants ce jour. Parmi mes étudiants du vendredi, une jeune fille de 11 ans qui a vécu 4 ans en France, et dont le niveau est quasiment celui d’une petite française de son âge. L’accent, les gestes, tout me fait penser à une petite française. Elle est spontanée, elle a beaucoup d’imagination. Le système scolaire n’a pas encore eu le temps de la formater, et en France, elle allait dans de très bonnes écoles privées. L’une d’elle, à côté du parc Monceau…

Je vous ai posté une vidéo de Miryam Fares qui m’amuse beaucoup. C’est une chanteuse libanaise, dès l’enfance, elle a appris le chant, la danse classique et la danse arabe. Depuis qu’elle est devenue chanteuse, elle passe son temps à enregistrer des chansons dans les différentes langues du bassin méditerranéen, berbère, égyptien, syrien, etc… C’est une sorte de Madonna du monde arabe, qui travaille beaucoup et fait beaucoup de scène. Bon, en général, je ne suis pas totalement fan mais cette chanson est sympa, le clip est amusant, ça mérite que je partage. Non ?

Bon, je vous laisse, je vais préparer ma leçon.

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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