Étiquette : socialisme

  • Petite leçon d’histoire: la Grande Coalition

    Petite leçon d’histoire: la Grande Coalition

    Le passé: la « troisième force »

    Dans notre histoire, la « grande coalition », on a déjà essayé. Entre 1947 et 1958. Cela s’appelait la « troisième force » et excluait les gaullistes (qui s’opposaient à la constitution votée en 1946) et les communistes (ostracisés par les autres partis et eux même s’excluant de toute participation gouvernementale pour cause de guerre froide), allait de la droite non-gaulliste aux socialistes, formant les gouvernements de la 4e république.

    Le seul premier ministre (appelé alors « Président du Conseil ») à avoir tenté de réellement gouverner et prendre des décisions fortes fut Pierre Mendès-France qui, durant 7 mois, jusque début 1955, sut mettre fin à la guerre en Indochine avant de tomber lors de l’éclatement de la guerre en Algérie, suspecté jusque dans son propre parti de « vouloir négocier avec les terroristes ».
    Les 7 mois de son gouvernement ont impressionné la jeunesse mais n’ont en rien changé le cours des choses pour les combinaisons de « la troisième force ».

    « Le centre, c’est la droite »

    La « troisième force » était mue par les petites ambitions de politiciens sur le retour ou d’apparatchiks. En 1956, alors qu’une coalition de gauche dite de « Front Républicain » sortit victorieuse des élections pour faire des réformes sociales et mettre fin à la guerre en Algérie, le Président du Conseil socialiste Guy Mollet envoya le contingent en Algérie et interdit les célébrations du 14 juillet à cause de la « menace terroriste »! Le gouvernement ferma les yeux sur les cas de torture rapportés par la presse – qui parfois fut même frappée de censure au nom de « la sécurité nationale ».
    Les électeurices, dans leur très grande majorité, avaient voté en pensant que Mendès-France serait nommé Président du Conseil.
    Le parti socialiste SFIO perdit des militants, parmi lesquels le jeune Michel Rocard qui, avec d’autres, fonda le PSA puis PSU, en opposition à la guerre coloniale.

    De Gaulle devint Président du Conseil, demanda les pleins pouvoir pour six mois et avant même de s’occuper de l’Algérie, confia à Michel Debré la tâche de rédiger une nouvelle constitution. La 5e république fut approuvée par référendum en octobre 1958 et entra en vigueur en janvier 1959. Il fut nommé Président.

    Le Parti Socialiste CONTRE « troisième force »

    La SFIO cède la place au Nouveau Parti Socialiste en 1969 et tient en 1971, à Épinay, son « congrès de l’unité ». Le texte final, porté par la coalition Poperen-Chevènement-Mermaz-Mitterrand (qui vient tout juste d’adhérer) et voté en opposition à la direction sortante d’Alain Savary soutenu par Guy Mollet, spécifie son rejet catégorique à tout retour à la stratégie de « troisième force » au profit de la stratégie dite « Union de la gauche »:

    « il est clair qu’une majorité existe dans le parti:
    – pour mener à bien la rénovation de l’action politique en France;
    – pour exclure toute stratégie de troisième force. »
    Motion d’orientation du Parti Socialiste adoptée par le congrès de l’unité Epinay-sur-Seine les 11-12-13 juin 1971

    La coalition autours de François Mitterrand défend la rédaction d’un nouveau programme socialiste basé sur la stratégie de Front de Classe (Jean Poperen) devant déboucher sur l’union avec les communistes. L’idée centrale est de mettre le Parti Communiste devant ses responsabilités. La direction sortante, quand à elle, considère que les conditions de l’union avec les communistes ne sont pas en place et qu’il convient d’abord de fédérer les forces politiques « opposées » au gaullisme.
    Il s’agit d’une version rajeunie de la « Troisième Force » et ressemble à s’y méprendre à la stratégie proposée récemment par Nicolas Meyer-Rossignol, Carole Delga et Raphaël Glucksmann ou Bernard Cazeneuve. La « Troisième Force », rebaptisée « grande coalition ».

    Les « grandes coalitions » ne marchent pas

    Alors que depuis quelques jours plane l’idée de « grande coalition », il est bon d’avoir en tête que les « grandes coalitions » ne fonctionnent pas et mènent souvent à l’impuissance avant de finir avec une poussée des mouvements d’extrême-droite.

    Ainsi, on donne souvent l’Union Européenne comme un « bon exemple » avec son parlement où on bâtit les « majorités de projets », mais la défiance grandissante envers ses institutions européennes démontre que cela ne fonctionne pas.
    En Allemagne, la « grande coalition » de Merkel, alliant conservateurs et sociaux-démocrates a repoussé des réformes ainsi que de nombreux investissements en imposant l’austérité budgétaire, tout cela après que les sociaux-démocrates aient eux même fléxibilisé le marché du travail et dérégulé l’économie: aujourd’hui, l’extrême-droite y est la seconde force politique et le SPD est en voie de marginalisation comme l’a été le PS avec François Hollande.

  • Pour un gouvernement de transition démocratique minoritaire à durée limitée

    Pour un gouvernement de transition démocratique minoritaire à durée limitée

    (suite…)
  • Législatives 2024: le moment Pétain

    Législatives 2024: le moment Pétain

    Notre moment Pétain, en référence à ce moment où une majorité de députés et sénateurs ont choisi de se déshonorer en votant les pleins pouvoirs au crevard Pétain…

    (suite…)
  • Pour un art et une culture à l’image de notre temps

    Pour un art et une culture à l’image de notre temps

    Une rupture en cours

    Quelle époque abominable et fascinante vivons-nous! Il y a à peine 20 ans, le discours dominant était celui du triomphe d’une modernité rhabillée du costume de la post-modernité. Toutes les idéologies s’étaient étiolée au contact de l’idéologie de l’instant, du moment et de l’égo sur-dimensionné en ce triomphe de l’économie néo-libérale. Tout serait désormais post et néo pour aller à ravir avec cette « fin de l’histoire » célébrée par Fukuyama: le monde était enfin rentré dans son âge mature, celui d’une démocratie destinée à s’étendre aux quatre coins de la planète, accompagnée d’un marché libéré de toute régulation et de toute entrave grâce auxquels les peuples allaient enfin accéder à la consommation et au bonheur universel rendus possibles par la modernité occidentale.
    L’occident avait gagné, il avait gagné contre le communisme et cette victoire devait être l’aube de temps nouveaux faits d’une nouvelle prospérité qui rendrait caduque toute contestation.
    Si réforme il devait y avoir, désormais, ce serait pour parfaire cette société du marché généralisé, dans les pays avancés, s’entend. Donner aux LGBT l’égalité, promouvoir une culture de l’inclusion des minorité, valoriser le métissage comme la nouvelle frontière d’une humanité réconciliée avec elle-même. Le progressisme, cette idéologie se nourrissant du cadavre des utopies d’hier, communisme et socialisme, trouverait son achèvement dans le blairisme.
    Le Tiers-Monde, dont le seul nom autrefois évoquait une idéologie de libération puisqu’il se voulait l’équivalent planétaire du Tiers-État de l’Ancien Régime français, se retrouva progressivement fragmenté par les sciences économiques et la sociologie complaisante qui l’accompagne comme l’avaient été avant lui le chômage ou les classes sociales, « ventilé » en une multitude de catégories. On parla donc de « pays émergents », de BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), de « réformes structurelles destinées à accélérer le développement », on mit leurs problèmes sur le dos de « retards en matière d’éducation des jeunes filles » et on évacua la place qu’y jouent les grandes multinationales dans le pillage des ressources de pays maintenus dans la pauvreté avec la complicité de gouvernements dociles par nous installés, souvent par la force.
    Dans cette espèce de dystopie décrite en long et en large d’articles insipides fardés de statistiques permettant de garantir que l’Afrique serait le nouveau dragon économique du 21e siècle, il n’y avait de place que pour une seule condition: accepter les règles du nouveau courant économique en vogue. Les échecs patents comme en Haïti où la libéralisation du marché du riz a avant tout conduit à la banqueroute des milliers d’agriculteurs producteurs de riz face à la concurrence des riz asiatiques et rendu l’île complètement dépendante des importations tout en créant de la pauvreté, ont systématiquement été passés sous silence et considérés comme un mal pour un plus grand bien dans cette course infinie à l’adaptation qui accompagne cette idéologie chérissant la « destruction créatrice ».
    La prospérité apparente dans les pays « avancés » était alimentée par la chute des prix de certains produits désormais fabriqués à l’autre bout de la planète. Si les salaires ne bougeaient guère, le Bangladesh, la Chine, l’Inde ou la Tunisie produiraient pour nous ces vêtements de rêve en polyamide grimant la laine et en polyester grimant le coton, que ce soit chez H&M ou chez Zara où on copierait les créations d’une mode réduite à des marques interchangeables.
    La crise de 2005-2009 fut une première secousse révélant en elle-même ce qu’il y avait de fragile dans cette économie désormais mondialisée à outrance et dont les peuples ne seraient plus que les spectateurs passifs tout juste bons à produire et à consommer en s’endettant.
    Ces délocalisations, cette concurrence de zones géographiques et économiques désormais planétaires allaient entrainer un boom économique dans les régions d’Asie du Sud Est, celles précisément produisant ce dont les « pays avancés » du Nord consommaient frénétiquement, tout en « contenant les coût », c’est à dire, tout en permettant de faire s’envoler la plus-value extorquée aux travailleurses de ces pays « émergeants ». Les dividendes des actionnaires.
    À un capitalisme de profits s’est alors substitué un capitalisme de cash-flow dont la caricature est certainement le secteur aérien, avec ses dizaines de milliers d’avions dont les 3/4 sont loués ou acheté à crédit par des compagnies low-cost permettant aux prolétaires des différentes zones géographiques d’avoir l’illusion d’une élévation de leur niveau de vie et de partager sur ces goinfres que sont devenus les réseaux sociaux les eldorados de pacotille à coup de selfies et de paysages identiques avides de like.
    En réalité, aucune de ces compagnies ne gagnait d’argent, elles se contentaient de rembourser leur dettes, de les faire rouler avec le cash qui rentrait et les nouveaux crédits accordés pour s’étendre. Le Quantitative Easing et les crédits dérivés y pourvoyaient généreusement sous l’oeil ravis de nos élites et de nos gouvernements, les succès économiques apparents étant la preuve de la justesse de leurs thèses. Dérégulez, et contemplez la beauté de la mondialisation…

    Ce capitalisme du cash flow domine aujourd’hui des pans entiers de l’économie. Amazon, WeWork, on loue son appartement neuf, on peut louer ses vêtements, sa voiture, son téléphone, sa freebox, le terrain de sa maison, et le capitalisme, célébration narcissique de la propriété, est entré dans l’âge de l’a-propriété et de la location éternelle qui nourrissent toutes ces sociétés reposant essentiellement sur le net et n’étant aucunement profitable, les usagers n’étant que les agrégats économiques permettant de rembourser suffisamment de dette pour continuer cette fuite en avant vers plus de dette.
    Régulièrement, elles sont au bord du dépôt de bilan et ne doivent leur survie qu’au montant faramineux des dettes accumulées leur permettant d’avoir accès à de nouveaux emprunts ou à des émissions de nouvelles actions et obligations quand ce n’est pas par le rachat par un plus endetté qu’eux, comme SoftBank.
    Cet accès si aisé au marché des capitaux les entraine à vampiriser des pans entiers de l’économie réelle. Les hangars Amazon balafrent les paysages en transformant les centre-villes en déserts glauques où ne subsistent que les boutiques franchisées du capitalisme globalisé, et ce sera encore pire après la Covid…
    Et puis voilà que l’histoire, la vraie, pas le bourrage de crâne idéologique de « la fin de l’histoire », c’est à dire ce moment où l’Occident s’est regardé le nombril en se trouvant si beau en son miroir cathodique, voilà que l’histoire se révèle plus forte que tous les mensonges, que toutes les dystopies produites par une idéologie en plastique portée par une élite sur-diplômée et idiote au cerveau formaté par des tableurs Excel.
    Le 11 septembre 2001 d’abord, puis les guerres impérialistes sans fin, puis la crise financière de 2006/2009, puis de nouveau des guerres sans fin, puis la crise grecque et le dépeçage de sa population, puis l’éveil de mouvements politiques de plus en plus nourris du ressentiment à l’égard d’états sensés les protéger mais qui fil des ans les ont livrés seuls face aux forces d’un marché déchainé au rythme du « adaptez-vous » et du « There is no alternative » thatchérien.
    Brexit, Orban, Soral, Trump, Zemmour, QAnon, mais également la régression républicaine autoritaire et laïcarde française, une idéologie de boucs émissaires s’installe sur les ruines idéologiques béantes de cette guerre qui a conduit à la victoire idéologique de l’ordre néo-libéral.

    Exit, Keynes et son capitalisme tempéré par une société démocratique forte. Exit le socialisme, le communisme. Il n’en reste qu’une contestation de traines savates sans idéologie, une sorte de pas-contentisme critique de tout qui ne dessine aucun ailleurs politique et alimente indirectement les récriminations envers les élites dont se nourrissent les nouveaux fascismes contemporains.

    Si jusque dans les années 70 l’art s’était révélé le dernier refuge, la dernière frontière ultime d’où naitraient des ailleurs possibles, le développement de l’informatique, des réseaux sociaux et de l’information en continu ainsi que la télé-réalité ont donné naissance à une culture du pastiche et à une culture du moment T. Les chanteurs et chanteuses d’aujourd’hui sont des mouchoirs colorés en papier qu’on jette après usage. Ils naissent sur Instagram ou sur Snapchat, là où s’exprime une culture de nouveau riche hyper consumériste faite d’influenceures sans talent, de pauvres gars, de pauvres filles qui, telle la première du genre en France, Loana, seront oubliés aussi vite que révélés et livrés aux lendemains amers des illusions déçues. On commence même à en voir se tourner vers QAnon, histoire de survivre et de continuer à faire du buzz.

    Et voilà une épidémie dont on ne voit pas la fin. Une économie qui en quelques semaines a commencer à faire vaciller les certitudes du monde que nous sommes en train de quitter sans trop nous en rendre compte. Où en sera l’économie après le deuxième confinement, et dans quel état psychologique, social seront nous? Quelle sera notre représentation du monde et de nous même? Et après le troisième? Qu’en sera t-il de l’épidémie si la nouvelle souche mutante née dans des élevages de visons vient à s’étendre et met les vaccins en développement en échec? Combien de temps cela durera-t-il et que restera-t-il des sociétés de ce monde complexe à qui nous faisons subir une expérience brutale et inédite?

    En forçant la génération du baby boom à s’isoler, cette crise sanitaire acte définitivement la fin de l’hégémonie culturelle et démographique de cette génération, et cela à un moment où ce qui l’a accompagnée dans son essor, l’énergie abondante et pas chère et les matières premières « illimitées » vont commencer à se raréfier.
    La crise dans laquelle nous amorçons notre entrée n’est que l’une des nombreuses crises qui s’annoncent, elle marque de fait le véritable commencement du 21e siècle, un peu comme la guerre de 14/18 a marqué le passage dans le 20e siècle. Et peut-être même la fin du second millénaire pour reprendre une formule centrée sur l’occident chrétien en tant que centralité.
    Il est impossible de savoir dans quel état nous seront à la fin des années 20. Les effets économiques vont être dévastateurs, à commencer par leurs répercussions sociales et psychologiques.
    Et puis, au niveau financier, une catastrophe est désormais belle et bien engagée, les montagnes de dettes accumulées dans une économie financiarisée jusque l’absurde ne pourront pas longtemps tenir dans cette économie maintenue à bout de bras dans une sorte de déflation contenue par une création toujours plus massive de dette depuis près de 20 ans.
    Pour ma part, je continue de parier sur une faillite en chaine des banques centrales sous le poids d’attaques financières comme celle qui a mis la Livre Sterling à terre en 1992, mais avec les sommes folles et la puissance délirante que la finance a accumulé entre temps. On comptait les déficits en milliards, à cette époque. On parle désormais en Trillions, en dizaines de trillions, les crédits dérivés négocient des montants équivalent à des dizaines de fois la richesse mondiale… Cette crise, elle couve depuis plus de 10 ans, mais les montagnes de dettes que les états sont en train d’accumuler pour maintenir l’ordre social durant la pandémie vont avoir des conséquences incontrôlables à moins de remettre les compteurs à zéro, vite, ce « great reset » dont les grands capitalistes acquis à l’ultra-libéralisme commencent à parler en en définissant les contours.
    Ce « great reset » sera-t-il une dépréciation des dettes assortie d’une nationalisation partielle ou totale des banques afin d’éviter des faillites en chaine, à même de permettre de « réamorcer la pompe » comme le disait Keynes? J’en doute… Ou aurons nous droit à une société où des drones nous surveilleront en permanence dans une sorte d’état de siège sans fin destiné à imposer une cure d’austérité et une privatisation quasi-intégrale des états désormais réduits à leur rôle de gendarmes d’une société livrée à tous les appétits financiers pendant que tous les besoins seront satisfaits par de grosses corporations privées fournissant des services externalisés et gérés par des travailleurs uberisés?
    Je livre cette question a votre réflexion.
    C’est là que l’art et la culture entrent en jeu. Quand je dis l’art et la culture, je dis écriture, cinéma, photographie, couture, dessin, peinture, architecture, tous les champs possibles de la création quand elle raconte l’époque.

    Vêtement, style et rupture: le cas Dior

    Je ne m’appesantirai ici que sur le vêtement féminin. L’homme est le parent pauvre de la mode… Le vêtement comme allégorie.

    J’ai toujours aimé les moments charnières, les moments de bascule désordonnée, cafouilleuse et brouillonne mais à l’énergie infinie.
    La Régence par exemple, annoncée par l’art deux ans avant la mort de Louis XIV avec la présentation de L’embarquement de Cythère en 1713 ou, pourquoi pas, 8 ans avant sa mort avec la première traduction des Milles et une nuits par Galland. La fin durègne de Louis XIV était étouffante, vieille, et l’artiste présente soudain une jeunesse légère dans une île où règne l’amour, l’élégance, de petits chérubins se tiennent les parties pendant qu’une guirlande de fleurs partant des reins d’un Satyre sur la barque semble traverser le tableau pour venir inonder le buste de Vénus dont les yeux sont exorbités de plaisir… (cliquez pour regarder)
    L’embarquement annonçait le style galant à travers une oeuvre qui fit un certain scandale, Les Nuits annonçait le succès du roman « oriental » qui, de Montesquieu à Diderot en passant par Crébillon ou Rameau s’imposa comme un genre à part entière tout au long du siècle de Louis XV.

    Les années 1791/1797, avec la disparition du corset, des perruques, et la naissance d’un vêtement fonctionnel et pratique.

    Les années 1905-1913, avec l’orientalisme, nourri de Japon, de Chine, de Russie et d’Empire Ottoman, débouchant sur un retour au vêtement simple sous le coup d’aiguille de Paul Poiret, certainement le plus grand génie de la mode française. Ça n’a l’air de rien, mais c’est lui qui a définitivement supprimé le corset et commencé à raccourcir ces jupes qui jusqu’alors cachaient entièrement la jambe.
    C’est avec la ligne Poiret (illustrée ici par cette photo à droite dans un modèle de 1913 porté par Misstinguett) que s’amorce le changement du vêtiment féminin durant et après la première guerre mondiale. Chanel était douée pour les mondanités avec un goût très prononcé pour l’argent quand Poiret était avant tout un couturier amoureux de sa femme… Il est mort ruiné et oublié dans les années 40 quand Chanel collaborait sans aucune retenue avec les nazis avant d’aller se faire oublier en Suisse une petite dizaine d’années.

    Je vous parlerai donc d’abord de vêtements car à aucun moment le vêtement féminin n’a été à ce point synonyme de bonheur, d’espoir en l’avenir que lors de la présentation de la première collection de Christian Dior en février 1947, une véritable rupture au sujet de laquelle je voulais écrire pour vous donner un peu d’espoir au moment où beaucoup de certitudes s’effondrent les unes après les autres. J’ai toujours été fasciné par ce moment charnière dans l’histoire du vêtement féminin.

    En 1929, la ligne dessinée par Poiret touche à sa fin après s’être transformée de tout en tout. On a du mal à reconnaitre l’original de 1913 et pourtant, jusque 1929 on retrouve le même maquillage et surtout cette obsession d’effacement de la taille, cette simplicité qui caractérise la révolution Poiret.
    C’est que 1912/1913, entre le futurisme, le cubisme, le scandale inégalé lors de la représentation du ballet Le sacre du Printemps au théâtre des Champs-Élysées ou la publication de Alcool, est un moment important dans l’histoire de l’art et de la culture, un moment charnière où toutes les règles et toutes les conventions des décennies précédentes voire même des siècles précédents sont simplement balayées.
    Paul Poiret devient ainsi le couturier qui va véritablement incarner, révéler l’époque car pour tout dire, une fois que les hommes sont morts, ce qu’il reste sont leurs portraits, leurs photos. Les jeunes femmes des années qui suivent n’ont plus la taille piégée dans un corset.
    Au sortir de la guerre en 1918, l’ourlet entame sa remontée, et chez les plus riches on garde la touche orientale que Poiret avait introduit mais progressivement, cette taille effacée et rehaussée au dessous du buste va littéralement tomber sur la pointe des hanches quand au même moment l’ourlet découvre le mollet et le coiffeur, à grand coup de ciseaux, dévoile le cou. La « garçonne » n’a ni taille, ni poitrine, elle a les cheveux courts, elle est vêtue pour travailler.

    Dans la seconde moitié des années 20, l’ourlet dévoile audacieusement le genou et les couturiers jouent de contrastes noirs et blancs géométriques, coiffent les femmes de « cloches », ces chapeaux qui enveloppent la tête comme un bonnet asymétrique, les talons des chaussures se font bobine pendant que le pantalon entre dans la garde robe des plus audacieuses.

    À la veille du crash de 1929, toutefois, un des hasards les plus fascinants, les couturiers rallongent radicalement l’ourlet qui redescend à mi-mollet après avoir commencé à découvrir le bas des cuisses des plus téméraires, remontent la taille à son niveau naturel pour donner une ligne plus douce, plus « féminine » après dix à quinze ans d’expérimentations et d’audaces qui avaient fait de la femme la pointe avancée de l’art déco et des prémices de la société de consommation. La garçonne conduit sa voiture.

    1929…

    Les cours en bourse s’effondre aux USA et, alors que la bourrasque n’a pas encore atteint l’Europe, Paris a décidé de faire une pause, un peu comme pour mieux digérer la décennie 20, ces années folles qui vont briller et continuer à fasciner durant des décennies entières. Bauhaus et De Stijl pour le design, Mallet Stevens et Le Corbusier, Dada puis le surréalisme ou l’expressionnisme allemand dans la peinture et la littérature, la série dodécaphonique développée par Arnold Schönberg, le cinéma de création de Man Ray ou de Marcel Lherbier, la révolution Bolchévique en toile de fond, c’est bel et bien d’une décennie fondatrice du 20e siècle dont il s’agit, née peu de temps avant la guerre et qui se prolonge en bousculant toutes les bornes, toutes les barrières.

    … et 1930.

    Et finalement, passées ces audaces incroyables de la décennie 20, quand la crise des années 30 s’installe, c’est d’abord dans une mode sobre, fluide. Ce sont les vêtements des premiers films parlants, comme ceux que porte Madeleine Renaud dans Jean de la Lune.

    1935

    Roosevelt est élu en 1933 et une énergie nouvelle traverse les USA.
    Les cheveux que les femmes continuaient de porter courts ondulent et commencent à rallonger. Les sourcils ne se brulent plus en épilation définitive. On les épile désormais normalement et l’oeil commence à se faire plus frondeur. La ligne générale évolue peu mais progressivement elle se « durcit », les épaules commencent à s’affirmer, les jupes jusqu’alors si fluides comment à prendre des formes, des plis permanents, la cloche disparait et des chapeaux presque masculins commencent à recouvrir la tête des femmes.

    À la veille de la guerre, les épaules sont définitivement carrées, les cheveux sont plus longs roulés aux épaules, le tailleur a définitivement pris la forme qu’on lui connait encore de nos jours. L’ourlet entame une très timide remontée et les chapeaux commencent à se rouler.

    L’hybridation entre la guerre, le rationnement et les créations de haute-couture vont créer un style un peu oublié, souvent prêté aux années 50 quand il est définitivement planté dans les années 40. Beaucoup de femmes vont être réduites à porter des vestes d’hommes sur lesquelles elles vont mettre une ceinture pour appuyer la taille, elles vont porter des jupes plus courtes, au niveau du genoux, généralement de forme évasée et taillée dans d’anciennes jupes ou d’anciens manteaux importables et usés. Il n’y a plus de bas, elles vont se teindre les jambes avec du marc de chicorée et se dessiner la couture à l’encre. Les cheveux vont se rouler en coque au dessus du front et un chapeau quelconque viendra coiffer le tout, avec quelques fleurs pour rehausser le tout.
    Je vous parle bien sûr de celles qui veulent « suivre la mode », pour les autres, c’est la veste d’homme et la ceinture et une jupe courte. Pour les plus riches, c’est la même ligne, très épaulée, la taille très marquée et l’ourlet court sur une jupe plissée. Les chaussures ont une semelle compensée en bois. Il n’y a plus de cuir.

    A partir de 1945, le gouvernement encourage des maisons de couture à relancer leur création et a l’idée de promouvoir à l’aide de poupées envoyées aux quatre coins du monde. C’est Le Théâtre de la Mode qui connait un grand succès et permet à Paris de retrouver sa place.

    Pourtant. Pourtant, malgré tous leurs efforts, les couturiers semblent passer à côté de quelque chose. Ils sont couturiers, ils ont oublié d’être les artistes fous qu’ils ont su parfois se révéler. Ils ont oublié qu’un vêtement comme une peinture peut aussi se révéler un déclaration de guerre aux malheurs du temps, un manifeste.
    Paris bouillonne d’une jeunesse qui veut vivre. Gréco fait rêver Paris, Sartre donne un sens à la vie après les horreurs des camps et les prémices de la guerre froide, Sartre publie Lévi-Strauss, et Michel Leiris, Genet n’arrête pas de publier, Beauvoir s’apprête à jeter un pavé monumental dans la marre, le jazz se déchaine dans les caves de Saint-Germain, Picasso et Giacometti sont définitivement installés dans la capitale, Vian écrit ses premières chansons à un jeune chanteur totalement fou et appelé Henri Salvador, le cinéma se relève mené par une nouvelle génération d’acteurs et d’actrices, Mouloudji, Montand, Reggiani, Signoret, Philippe, dans les caf’conce, Ferré et Brassens brûlent leurs premières planches, les écrivains américains, les musiciens noirs viennent là pour échapper à l’enfer maccarthyste qui commence à s’abattre sur les USA.
    La France est pauvre, les gens sont pauvres mais il y a une énergie qu’aucune autre ville au monde n’a à ce moment. On continue d’utiliser des tickets de rationnement, même pour un simple bout de tissus. Les vêtements féminins, de leur côté, continuent d’habiller la bourgeoise sans inspirer les autres femmes. Début 1947, les épaules sont radicalement carrées, les ourlets ont rallongé un peu, certains couturiers s’essaient à donner un côté plus luxueux, les frous-frous réapparaissent.

    Christian Dior, après avoir été dessinateur de mode autodidacte dans les années 30 puis avoir été modéliste à la fin des années 30 et durant l’occupation, rencontre un des frères Boussac, les plus importants fabriquant de tissus à cette époque. Celui-ci lui propose de créer sa maison. Christian Dior a une idée de vêtement depuis des années et c’est avec un sponsor incroyablement riche qu’il va pouvoir ouvrir sa maison et lancer sa propre collection.
    Dior est né dans un milieu bourgeois et a rencontré beaucoup d’artistes dans les années 20. Il a fréquenté Cocteau, Man Ray… Il a même un temps tenu une galerie d’art. Il ne lui reste plus qu’à combiner tout cela.
    Il va faire beaucoup plus que des vêtements. C’est un artiste, c’est certainement ce qui le différencie profondément de Chanel, celle qu’il définit presque un peu comme une ennemie, avec sa petite robe noire. Chanel aime le vêtement fonctionnel et féminin à la fois, cette sorte de fausse simplicité bourgeoise, discrète.
    Non, Dior est avant tout un artiste. Il ne sera pas peintre, il sera simplement couturier mais il y emploiera la même force, le même génie, la même folie.

    Christian Dior ne va pas seulement faire des robes. Il va totalement redessiner le corps des femmes. Son geste est incroyablement scandaleux, rétrograde vont dire en choeur les détracteurs.
    Alors que depuis les années 20 la mode avait « libéré » le corps des femmes, Christian Dior va lui imposer ses diktats, et cela à raison d’un nouveau diktat pour chaque collection, en profitant parfois pour bousculer son diktat précédent. Sa première collection est un geste, une sorte de punkitude ultime dont il ne mesure pas une portée qui va même un peu l’effrayer, il définit son territoire et pour tout dire, son geste est d’une telle force que jusqu’à sa mort, il annexe tout le territoire. Mieux, il n’hésite devant aucune audace, et le voilà qui invente la décennie à venir. Dior est fou, et la folie est certainement l’acte le plus beau, le plus salvateur d’une époque désespérée, ruinée, sans avenir, grise, une époque terne les yeux rivés sur la nécessité de relancer la production et « moderniser » le pays dans un climat de guerre froide.
    Dior va malaxer toutes les audaces du temps, et le jazz, et Gréco, et Sartre, et Fitzgerald, et Vian, et Saint-Germain, il va malaxer, mixer l’époque en un geste scandaleux.

    Christian Dior ne fait pas de vêtement. Il donne son style à l’époque et réinvente l’image de la femme. Ça peut sembler futile, misogyne de nos jours, et ça l’est. Mais Dior est un homme de son temps, d’une époque et d’un monde où les femmes cousaient souvent leurs propres vêtements, devaient paraitre et qui, au sortir de la guerre, étaient comme tout le monde désespérées par ce monde gris privé d’avenir et plongé dans les privations.
    Dior va leur offrir un rêve, une beauté possible, il va les rendre plus belles que belles. Il va en faire des fleurs.
    On s’arrête souvent sur le mythique tailleur Bar de la ligne « Corolle ». Comme une fleur.
    Mais le secret du New Look, le vrai manifeste, la révolution, c’est la ligne 8 présentée le même jour, elle est ce que tous les couturiers vont immédiatement copier car comme je l’écrivais plus haut, Dior réinvente le corps féminin après des années de carcans quasi-militaires.
    Le tailleur « Bar » (croquis à gauche), la ligne « Corolle » sont le produit de la ligne 8.

     

    Pourquoi? C’est très simple. Le 8 est le secret de cette ligne, il est ce qui va définir le corps féminin pour une quinzaine d’années.
    Pour dessiner la ligne révolutionnaire de février 1947, commencez par écrire un « 8 ». Veillez à faire la partie haute du 8 un peu plus petite que celle du bas. Ce sera la buste et la partie du bas seront les hanches. La partie au milieu, ce sera la taille.
    Plus d’épaule, celles-ci se fondent dans les bras. La poitrine, appelée « le buste », se trouve soudainement mise en valeur. Ces courbes enveloppant le buste viennent se poser sur des hanches galbées. La taille est soulignée et très légèrement rehaussée: voilà un buste posée sur des hanches d’où partent des jambes longues, une longueur accentuée par les deux centimètres de surélévation de la taille et par la longueur de la jupe elle-même.
    C’est féminin. C’est ultra-féminin. C’est une sorte d’abstraction du corps féminin, perché sur talons hauts et coiffé d’un chapeau large au bord replié et asymétrique, les cheveux coiffés en arrière.
    Cette ligne radicalement opposée au vêtement de l’occupation et de l’après guerre va avoir l’effet d’une bombe. La journaliste de Harper’s Bazaar présente lors du premier défilé, Carmel Snow, contacte immédiatement sa rédaction et annonce qu’il vient de se passer quelque chose à Paris, « those dresses have such a new look! ». La ligne « Corolle » et la « Ligne 8 » s’effaceront pour toujours devant cette expression. On parlera désormais de New Look.
    L’un des clous du défilé est donc le tailleur « Bar », devenu une légende de l’histoire de la mode au même titre que les perruques d’un mètre de haut de l’époque de Marie-Antoinette. Bar annonce les années 50 au même titre que le scandale de Dada en 1917 annonçait les années folles et le surréalisme.
    Le tailleur reprend tous les éléments de la ligne 8, mais au lieu d’une jupe droite élancée, voilà une jupe plissée et évasée qui fait de celle qui le porte une princesse aux jambes longues, à la taille fine et au buste généreux sans vulgarité. Bar est un objet parfait (cliquez)

    La mode de Dior, immédiatement taxée de réactionnaire pour le côté « retour à la féminité », n’en est pas moins terriblement moderne. Tout est dans la coupe, il n’y a aucun corset et ce sont des rembourrages et des pinces qui renforcent l’effet taille fine, l’effet jambes longues, l’effet buste. C’est de l’architecture, un travail de coupe. Il s’agit de vêtements très portables pour l’époque et en cela, ils sont très modernes.
    Dans les semaines qui suivent, l’industrie du prêt-à-porter US commence à produire en masse des tailleurs et des robes inspirées du New Look et ce sont icels qui vont le mieux incarner l’arrivée en masse des femmes dans l’industrie des services dans les années 50. Une femme en tailleur de style Dior est l’égal d’un homme, elle porte un vrai costume.

    Le scandale traverse également le monde politique. Il ne fallait qu’un bout de tissus pour faire une robe, « « Bar » en a besoin de près de 6 mètres rien que pour la jupe, et encore c’est compter sans les doublure et les couches de tulle nécessaire à l’effet gonflé. En pleine période de privation.
    Les femmes, elles, se prennent à rêver. Ma mère m’a raconter l’ingéniosité des jeunes femmes pour rallonger leurs jupes. Pour la première fois, on commence à retenir le nom des mannequins qui immortalisent ces modèles dans ce qui s’annonce être le premier âge d’or de la photographie de mode…

    Pour sa deuxième collection, Dior surenchérit et rallonge encore un peu plus l’ourlet pour sa ligne Zigzag. C’était 30 cm du sol, ça sera désormais 25 cm du sol. Les féministes hurlent au scandale. Peut-être cette décision vient-elle de sa propre surprise quand il comprend ce que sa première collection avait de frondeur, de chahuteur, de « punk », finalement.

    Peut-être ressent-il le besoin d’installer définitivement ce qui n’était qu’un geste d’artiste dans la durée. « Vous ne me faites pas peur », semble dire la scandaleuse longueur des jupes. Il se fait photographier, un règle à la main aux pieds d’une mannequin en jupe droite, l’oeil malicieux.
    La nouvelle longueur est un décret, un diktat. Cette année, les femmes portent des jupes encore plus longue. Voilà, je l’ai décidé. Durant les quinze à 20 ans à venir, on parlera chaque saison de la nouvelle longueur des jupes, une tradition héritée du New Look.

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    C’est trop féminin, c’est réactionnaire, c’est trop coûteux. Imaginez, plus de 20 mètres d’étoffe pour faire une robe de soirée. Et pourtant… Pourtant Dior plus qu’aucun autre a su traduire, synthétiser l’envie, l’espoir d’entrer dans une époque nouvelle. En ne se contentant pas de faire des vêtements comme s’y étaient résignées toutes les autres maisons, en décrétant d’un coût d’un seul une longueur d’ourlet plus longue encore que dans les années 30, en suggérant une taille corsetée comme en 1900, en effaçant les épaules comme une provocations à ces épaules quasi-militaires de la décennie 40, en dessinant une ligne qui fait la tête petite et les jambes longues, bref en décrétant que les femmes auraient le corps qu’il exigeait qu’elles aient, Dior ne faisaient pas seulement de vêtements, il dessinait son époque, il la peignait et la rendait désirable, palpable, possible.
    Combien de femmes, qui à l’époque savaient encore coudre, ont commencé à retoucher de vieux vêtements ou à en faire de nouveaux pour se conformer aux délires de l’artistes afin, elles aussi, d’entrer de pleins pieds dans une époque nouvelle, celle dont toute guerre serait bannie.
    Dior, c’est un peu le CNR de la mode, c’est certainement la mode la plus populaire qui n’ait jamais existé parce qu’il y a eu la rencontre entre son génie et les désirs du temps. Rapidement, les actrices, aux USA comme en France, vont adopter cette allure si particulière, et puis dans la rue les jupes vont se faire plus longues et au début des années 50, le New Look s’est définitivement imposé. Les journaux pour dames, ces magazines avec des patrons, fourmillent de ces patrons reproduisant les modèles des grandes maisons qui chacune les unes après les autres ont adopté cette nouvelle ligne.
    Dior n’est peut être pas le plus grand couturier de cette époque, il y en avait tellement, et de géniaux, mais il en est l’inventeur, le génie, l’artiste qui va saison après saison affirmer ses nouveaux diktats que les journalistes et les femmes s’intéressant à la mode commenteront, amusés parfois mais toujours sur le qui-vive car ils savent que Dior est plus qu’aucun autre un artiste plus qu’un couturier. Quand en 1953 il déclare que le New Look est mort, on accueille la nouvelle avec une sorte de consternation.

    modèle de Jacques Fath, 1951

    Toutes les robes sont New Look, toutes les maisons sont New Look, tout le monde « fait » du New Look, jamais les femmes n’ont semblé si élancées, si féminines. Même l’hirondelle de faubourg, la midinette, porte le dimanche ces longues jupes et ces chemisiers qui dans leur style semblent sortis de l’esprit du couturier.

    Modèle de Balanciaga, 1954

    Et pourtant à partir de 1954, ce que pressent Dior, c’est qu’il est temps de commencer à modifier la ligne, le dessin. Les modèles des dernières années ont encore la patte de la ligne 8, mais cette année, le 8 a laisse la place à un H. Dior ne sera pas celui qui accomplira la nouvelle révolution, mais il va ouvrir la voie vers un vêtement plus sobre.
    Un buste moins mis en valeur, des épaules qui réapparaissent discrètement et surtout une taille moins soulignée. Son jeune assistant, Yves Saint-Laurent, sera par la suite un peu l’exécuteur testamentaire de cette intuition, ce qui le poussera à quitter la maison Dior et créer sa propre maison: après la mort du couturier en 1957, Dior était devenue une maison figée sous le poids trop lourd du maitre. Yves Saint-Laurent sera donc celui qui à chez Dior d’abord puis dans sa propre maison à partir de 1960 donnera tous ses aises à cette ligne simplifiée qui chaque saison après l’autre remontera timidement la longueur des jupes jusqu’à, Oh, scandale, dévoiler le bas du genoux. En 1964, la speakerine Noëlle Noblecourt est licenciée pour l’avoir montré, ce genoux…

    André Courrèges, 1964.

    Ce sera toutefois un architecte de formation qui accomplira définitivement la révolution dont Christian Dior n’avait eu que l’intuition avec la ligne H, en réalisant le H parfait. André Courrèges présente en 1964 une mode totalement révolutionnaire qui, exactement comme Dior en 1947, renverse toute la table des habitude et incarne en un vêtement l’esprit du temps, celui du capitalisme de consommation de masse, des matières plastiques, de la modernité globale et de la conquête spatiale.

    Courrèges.

    En deux ans, tous les couturiers adopteront la ligne Courrèges. Mini-jupe, pas de taille, poitrine simplement ignorée, jeux de contrastes de couleurs, matériaux nouveaux.
    Mais bon, là, c’est encore une autre histoire que je vous raconterai un jour s’il me vient l’envie de vous parler de l’esprit des années 80 et de la new wave dont l’inspiration est définitivement à aller chercher du côté des années 1965/67.

    Bon, alors, pourquoi ce long développement sur un style de vêtements féminins, le New Look, alors que je vous parlais au départ de la situation de nos sociétés.
    Eh bien tout simplement parce que cet espèce de cul de millénaire dans lequel nous sommes coincés est avant tout caractérisé par une sorte de fin de fin qui ne veut pas finir. Nous sommes encore et toujours piégés dans des référents culturels anciens dont nous ne sommes pas encore sortis, nous n’avons pas révolutionné la culture. Or, on ne sort pas d’une crise sans une révolution de la culture.

    Modèle de Balanciaga, 1953

    Dior, 1951

    Cette révolution de la culture ne se décrète pas: Dior est la synthèse de révolutions accomplies, il est la queue de comète magnifique du surréalisme dont il a connu plusieurs des acteurs, il est l’ami des peintres de ce temps, des écrivains de ce temps et il va habiller les célébrités de ce temps, de Joséphine Baker à Marlène Dietrich. Il synthétise la richesse de la culture de son temps et tourne la page d’un présent gris pour entr’ouvrir la porte d’un d’avenir possible. Son diktat n’est qu’un diktat de pacotille, il est une proposition magnifique, Mesdames, devenez des fleurs…
    Dior donne ainsi à une époque bouillonnante intellectuellement son visuel le plus tangible, bientôt, ce seront Levy-Strauss et Fanon, ce seront les guerres d’indépendance. Dior n’a rien provoqué de cela, il a juste affirmé par un geste radical que l’époque était ouverte, que tout y était possible. Et que malgré les horreurs de la période précédente, la vie pouvait être belle.

    Balanciaga, 1957

    C’est avant tout cela, le travail de l’artiste. Il n’y a pas d’art, il n’y a pas de création qui soit coupée de son temps. Dior fait rêver un monde à un moment de doute profond, l’après-guerre, le rationnement, la guerre froide, des grèves violente, en dessinant l’opulence, une certaine forme de beauté sublimée.
    Ont suivi les génies de la couture, Balanciaga et Fath, mes deux préférés, le baroque et l’exubérant, ils sont les deux artistes du « plus que » New Look. Balanciaga réalise des synthèses impossibles, il va chercher dans les années 20 leur allure longiligne pour les renforcer de ce dessin tout en courbe du New Look quand Fath va déployer tout son génie des plis pour donner à la silhouette une allure plus fine et plus féminine encore.
    Dior est finalement l’inventeur du mythe des années 50. Marylin est New Look, super New Look, même…

    Marlène Dietrich en Dior

    Le moment que nous traversons ne débouchera pas sur un nouveau New Look. Ce moment est passé, pas plus qu’il ne débouchera sur un nouveau dadaïsme, un nouveau surréalisme, Courrèges et sa mode de l’espace ne reviendront pas, pas plus que les merveilleuses en robes romaines transparentes que l’on pouvait apercevoir dans les rues du Paris post-révolutionnaire à la nuit tombée.
    Il n’y aura pas plus cette année magique 1912/1913 qui a fait frémir la culture bourgeoise sur ses gons, entre la copulation païenne du Sacre du Printemps et la révélation du corps féminin tel qu’il est quand Paul Poiret retire le corset aux femmes, ni Kandinsky, ni Arp ni Appolinaire ni Debussy. Il n’y aura plus ce moment, 1968, où la culture va définitivement basculer dans la culture de masse, la culture jeune, sans règle ni tabou.

    Dior

    Il y aura autre chose, il y aura ce sur quoi nos expérimentations déboucheront, en littérature, en cinéma, en vidéo, en peinture et en dessin et un jour un génie qui, venant synthétiser tout cela, accomplira, je n’en doute pas un instant, le geste ultime que fut le New Look, mais à sa façon et avec ce qu’il saura le mieux maitriser. Comme il y a 700 ans Pietro della Francesca a révolutionné l’art européen en représentant le premier des portraits de bourgeois et en utilisant la perpective, comme Bocaccio a révolutionné la littérature européenne et inventé la langue italienne par la même occasion après l’épidémie de peste.

    Le New Look, ou l’âge d’or de la photographie de mode

    Nous vivons une telle époque. Pour le pire, et il y aura beaucoup du pire. Racisme décomplexé, totalitarisme et autoritarisme, crise économique et crise sociale ravageuses, épidémie sans fins aux effets psychologiques dévastateurs. Mouvements politiques aberrants, comme le QAnon. Crise climatique. Crise énergétique. Bouleversement de notre civilisation, raidissement de nos élites. Guerres.
    Et pour le meilleur, ce meilleur que certains défrichent modestement, solitaires pour les uns, jetés à la vindicte pour les autres. Un travail modeste.
    La différence viendra des plus jeunes. Iels ont dix ans, iels ont 15 ans, 20 ans, ce seront iels qui feront la différence, qui créeront car ce sont iels qui auront la capacité de casser les certitudes, les habitudes, les croyances héritées du 20e siècle voire celles du 2e millénaire. Ils en auront la capacité, ils n’en auront peut-être pas même le choix mais quoi qu’il en soit ce sera leur tâche.
    Quand cette épidémie sera derrière nous et que nous émergeront dans son monde dévasté économiquement, socialement, psychologiquement et prêt à s’adonner à toutes les aventures parmi lesquelles les pires, ce sera dans leur monde que nous entreront.
    Dans les soirées de l’interminable confinement, et alors qu’il leur aura été impossible de vivre dehors, réinventant les audaces folles de la clandestinité, ils auront réfléchi, dessiné, ils auront commencé le long défrichement de l’époque qui vient, cette époque qui commence maintenant et qui un jour, sous les yeux embués de celles et ceux qui assisteront à la première présentation d’un quelconque artiste sachant plus qu’un autre incarner son temps, se révèlera avec toute son évidence une époque nouvelle.

    Ne désespérons pas du temps que nous traversons. Donnons-lui l’art et la culture qui le raconteront.

  • Pandénomics

    Pandénomics

    Mardi matin, devant mon ordinateur, vers 8 heures 30. C’est assez tôt, même si ça ne l’est pas vraiment. Ce matin, je me suis levé vers 7 heures. Cela faisait très longtemps que je n’étais parvenu à être prêt si tôt, sans trop forcer et en prenant mon temps. Ce soir, je termine le travail à 21 heures. Une longue journée m’attend. J’ai de nouvelles lunettes, une paire pour dehors, une paire pour la maison. Et cela aussi, cela faisait longtemps. Bien sûr, j’avais des lunettes, mais j’ai cassé une paire dans l’hiver et depuis, je n’étais pas allé les faire remplacer: il y a eu le coronavirus. Résultat, j’ai utilisé de vieilles lunettes d’il y a dix ans, les verres un peu rayés et surtout beaucoup moins adaptées à mes yeux. Là, les caractères sur l’écran sont nets.

    Voilà donc un billet ultra quotidien qui s’annonce, un de plus. Quelque part, je devrais en écrire un comme ça tous les jours, un journal, avec un peu tout ce qui me passe par la tête. Par exemple, mon poids qui ne varie pas. Bien que je n’aie pas été particulièrement concerné par le confinement, de mars à juin, j’ai fortement réduit mon activité quand au même moment mon niveau de stress a été particulièrement élevé. Le résultat, ça a été une prise de poids assez importante, or je ne souhaite pas que cette situation s’éternise, c’est un poids que je veux perdre. Ce n’est simplement pas bon pour la santé. Depuis août, je suis parvenu à stopper la prise de poids et j’ai même perdu deux kilos, mais depuis trois semaines le poids ne bouge plus. Bon, c’est bien, mais d’un autre côté cela traduit mon âge: il y a vingt ans, en mangeant comme je le fais, j’aurais bien perdu 5 kilos.

    Ça fait partie du package, le métabolisme change…

    Dimanche, je suis allé à Kamakura avec Jun, ça faisait très longtemps ça aussi, peut-être la dernière fois, c’était en fin de confinement. Il n’y avait strictement personne. Là, il y avait pas mal de monde, mais on le voit bien que les touristes étrangers sont absents, et puis, ici et là, des boutiques définitivement fermées.

    Ce serait une ironie très difficile à digérer, si cette épidémie de « coronavirus SARS-Cov2 », d’une violente infection les premiers mois tournait à une sorte de rhume avec complications respiratoires pour 0,1% des gens, comme n’importe quel autre rhume. En gros, s’il mutait comme la plupart des autres coronavirus avant lui. On aurait essuyé une espèce de tempête effrayante, une gigantesque bourrasque qui en avançant aurait perdu de sa force pour ne laisser derrière elle que ruine et dévastation.

    Parce qu’il faut bien avouer, même si ce virus devait devenir un simple rhume, on ne reverra jamais le monde qu’il a emporté avec lui. Le monde de l’instamake « Kim Kardashian » aux quatre coins du monde, devant des pyramides et des chutes d’eau, acheté à coup de billets d’avion bradés.  Il y aura bien des tentatives de « retrouver » cette « normalité », mais tout, dans une civilisation comme dans le vivant, nécessite de l’énergie, et l’énergie du tourisme mondial s’est évanouie entre janvier et mai de cette année.

    Ce n’est pas un mal même si ce n’est pas un tant que ça bien un bien non plus.

    Cette épidémie va laisser en occident une emprunte au moins aussi forte qu’une guerre, mais en bien plus pernicieuse. L’emprunte d’une guerre invisible, qui n’aura pas eu lieu, tiens, revoilà Baudrillard, une guerre délétère, larvée, un poison à infusion lente qui aura instillé le doute envers les gouvernements, le doute envers le monde, qui aura mis un coup de projecteur cru sur tout ce qui nous entoure et qui ne marche pas, à commencer par notre abondance de pacotille, toutes ces choses achetées en Chine ou ailleurs et acheminées jusque chez nous dans ces tankers que nous avons vus immobilisés dans des ports, tous ces avions avec leur luxuriance dorée des « First Class Privilège » entassés dans des aéroports les uns derrière les autres réduits aux vulgaires boites de tôles qui volent qu’ils sont en réalité, un spectacle au moins aussi pitoyable à regarder qu’une bite qui à débandé marinant dans son jus au fond d’une capote.

    Ce dévoilement du réel, bien que nous allons tout faire pour ne plus y penser, il va rester là, inscrit quelque part au fond de nous, et à la première difficulté il se rappellera à nous. C’est lui qui a avalé l’énergie de voyager loin et de faire du shopping.

    Et puis il va rester la dévastation, le chômage, ces secteurs désormais sinistrés pour de bon, le tourisme, la restauration, et tous les secteurs liés. Il va rester les montagnes de dettes accumulées par les états et rachetées à tour de bras par les banques centrales, des dettes qui ne vont pas tarder à se rappeler à notre bon souvenir, on peut faire confiance « au marché ». Et la représentation politique d’aujourd’hui.

    En décrétant un plan de relance (nul au demeurant), Emmanuel Macron se dévoile tel qu’il est: un homme du passé. Dans une époque qui plus que tout a besoin de vivre d’un « avant » et d’un « après », un « plan de relance », c’est vide, car ce dont notre époque a besoin n’est pas d’ordre financier.

    C’est du domaine de la civilisation.

    Inconsciemment, on sait que nous allons à vau-l’eau, que ça ne va faire qu’empirer, que le climat, la population, la santé, toute cette illusion de sécurité que le vingtième siècle avaient bâtie, on sait que tout cela est fini. On sait que les antibiotiques fonctionnent moins bien et que nous sommes à la merci d’une bactérie résistante. On sait que les ressources s’épuisent et que tout notre mode de vie dépend de leur abondance « illimitée ». On le sait mais on ne veut pas le savoir, ou plutôt on ne voulait pas le savoir, on voulait faire semblant et sucer la sève jusqu’au trognon à coup de voyages low cost ou de pétrole de schiste, et badaboum, un simple virus est venu nous rappeler notre condition.

    Pire, le confinement nous a révélé une situation contradictoire. Nos pays riches ont pu s’offrir le luxe d’un confinement, avec garantie de salaires et d’emplois – un luxe que les pays du Sud n’ont pas eu les moyens de s’offrir puisque le Nord vit de leurs richesses- et en même temps, alors que nous découvrons son coup prohibitif, nous commençons à comprendre à travers la transparence du novlangue de nos dirigeants politiques qu’un second confinement est simplement impossible, inenvisageable. Et que nous sommes désormais totalement seuls face à ce qui vient.

    2008 avait été un typhon, brutal mais court parce que, comme je l’écrivais à l’époque dans ce blog, le capitalisme était dans le cycle long de la prospérité de son âge global, de l’internet, d’ailleurs, l’iPhone a été lancé à ce moment là, joli symbole. Il n’a donc pas été très difficile de se remettre de 2008 et dans les « pays émergents », comme la Corée, ça a même été le début de leur « âge d’or », de leurs « années 60 ». Certains objecteront le chômage ou la baisse du niveau de vie, oui, bien sûr, mais le capitalisme se fiche de ça, les profits, eux, se sont envolés.

    2020, c’est la dévastation d’une guerre, mais sans la guerre. Une sorte de bourrasque douce, invisible, et plus rien n’est comme avant. Les travailleurs et les travailleuses qui avant étaient parvenues à survivre sont désormais en mode survie, prêts à accepter des heures supplémentaires. Moi, mon salaire est amputé de plus de 10%. On n’a pas le choix, la révolution néolibérale nous a atomisés, et le chômage de masse étend son nombre sur notre quotidien, fragile.

    L’effet de cette pandémie sera très long, très profond.

    Alors que je déjeunais dans un petit restaurant de Kamakura, dimanche midi, je voyais par la vitrine les gens aller et venir et je me demandais si ça avait été comme ça, aux USA, en 1930, je veux dire, est-ce que le quotidien d’icels qui avaient encore leur travail était le même. On nous parle tellement des chômeurses, mais finalement si peu des autres, des travailleurses.

    Je ne crois pas que cette pandémie soit comme la crise de 1929, mais plutôt comme la première guerre mondiale. Il y aura beaucoup moins de morts bien sûr, mais pour un Nord habitué au cocon de la tranquillité, se voir plongé dans une peur épidémique, c’est un sentiment de fragilité inédit, nouveau. Et une fois encore, cette expérience aura été une expérience mondiale.

    L’économie repartira, bien plus vite que tout ce que les « analystes » disent, mais avec un volume de liquidités aberrant, et un volume de dettes juste absurde, qui équivaut au moins autant aux manipulations monétaires du début du 14e siècle. Je veux dire, je ne veux pas vous affoler, mais votre argent, il ne vaut rien. Vraiment rien. Car la banque centrale qui en garantit la valeur a acheté un volume de dette inimaginable, et ça équivaut à dire que votre billet est garanti par… une dette. Il y a 60 ans, c’était de l’or. Ça vous laisse entrevoir le chemin parcouru.

    Le prochain accro sera fatal, et je « continue » de le voir vers 2024, après une période d’euphorie au moins inoubliable que les années 20, un truc nouveau riche, tape à l’oeil, du Kardashian à la puissance 100.000, et même que pense que cette fois, on est mûrs pour les padding années 80, ça ira très bien avec le second terme de Donald Trump. Une sorte de golden era financé à crédit, avec une bourse battant records sur records, quand au même moment, exactement comme dans les années 20, des pans entiers de la société seront simplement à la dérive.

    Cette idée d’un décrochage vers 2024, ça fait 10/15 ans que j’en parle avec Thomas, c’est une marotte. La pandémie, elle, a brassé nos sociétés en profondeur, et cela me fait bien plus peur que l’effondrement des bourses et la banqueroute des états ou la faillite des banques centrales.

    En France, en une semaine, on a vu une député représentée comme une esclave parce qu’elle est noire et qu’elle défend un antiracisme politique, on a vu une journaliste du Figaro retweeter une influenceuse voilée avec le commentaire « 11 septembre » avant de voir ressurgir le débat sur la peine de mort.

    Ça ne présage rien de beau.

    Au Japon, on a un nouveau premier ministre. Le même, avec une tête différente.

  • Et puis aussi…

    Et puis aussi…

    Métro, vers 13 heures. Dehors, un temps pas possible, humide, moite, poisseux, une cocote minute géante. J’ai écrit un billet ce matin, entamons l’écriture d’un second. Ça fait longtemps en effet que je ne le fais plus, écrire dans le métro, ça a été pourtant un truc que je faisais régulièrement autrefois. Dans le métro, je ne parviens pas à lire, mais écrire m’est incroyablement facile, je parviens à isoler ma pensée, je me réfugie dans mon monde et les mots sortent tranquillement.

    Quand je suis sorti de chez moi, tout à l’heure, la chaleur était étouffante, la pluie venait de s’arrêter, le sol était encore humide, les nuages cédaient la place à un ciel limpide recouvert ici de nuages blancs, là de nuages gris et ailleurs, parsemé de légères traînées blanches. Cette humidité, c’est celle de la fin de l’été, très différente de la saison des pluies en juin car en juin on sent bien le soleil brûlant alors que désormais c’est l’air qui est chaud. C’est une saison que j’aime bien même si elle est très éprouvante car il faut utiliser la climatisation, et l’air conditionné me donne des courbatures aux épaules ainsi qu’une sensation de corps lourd, le matin.

    Vous me direz, mais pourquoi donc utilises-tu la climatisation? La réponse est simple.

    Les maisons japonaises anciennes étaient ouvertes, parois coulissantes autours, parois coulissantes dedans, en été l’air y circulait. De nos jours, il stagne dedans, et la chaleur monte. Avec l’humidité on a carrément l’impression que la peau brûle. Chaque année, des centaines de personnes meurent chez elles de la chaleur, et je pense que l’importation d’une architecture venue de pays bien moins chauds y est pour quelque chose. Voilà pourquoi la climatisation est nécessaire.

    Le train vient de sortir de son tunnel. C’est un train de la ligne Tôkyû qui traverse Tokyo en tant que métro. Je jette un coup d’œil aux nuages et c’est incroyable la variété de formes, de textures apparentes en cette saison, c’est un peu comme un télescopage. Le ciel est magnifique avec un bleu profond, le bleu de l’été encore, très vif, avec cette dominante « jaune » dans la lumière. Encore un mois comme ça, et puis…

    Cet été, la météo a été abominable. D’abord une interminable saison des pluies, particulièrement dans l’ouest du pays où plus d’une centaine de personnes ont perdu la vie dans de très violentes chutes de pluies. À Tôkyô, il a plu quasiment tout le temps en juillet, et quand il ne pleuvait pas, il faisait gris. Avec le coronavirus, ça a été d’un déprimant incroyable, surtout qu’alors l’épidémie est repartie. C’est pour cela que j’ai eu besoin d’une coupure, de vacances, bien plus que les autres années.

    Alors les prix des fruits et légumes cette année se sont envolés. J’ai vu des paquets de 4 pommes de terre de taille moyenne à près de 3 euros quand il y a deux mois on les trouvait à même pas un euro. Trois carottes à 2 euros, trois tomates à deux euros… Il semble qu’on soit enfin en train de revenir à des prix plus habituels mais ça reste plus cher. Pour moi qui aime manger des légumes, c’est vraiment pas une bonne nouvelle quand au même moment je continue de vivre une baisse de salaire liée au coronavirus. Pas importante, mais quand même.

    D’un autre côté, comme je ne vais plus au restaurant du tout quand Jun vient le week-end, j’économise pas mal de ce côté là. Et puis j’ai découvert que la fonction « déshumidificateur » de la climatisation rafraîchissait autant que le fonction « climatisation » et nécessitait bien moins d’électricité. J’ai eu le mois dernier ma facture d’électricité la moins chère pour un plein été.

    École, vers 14:35. J’ai donné une leçon, la prochaine est à 16:30. Beaucoup moins de travail depuis plusieurs mois, on a même eu un passage à vide d’environ deux mois où la plupart des étudiants ont annulé, et puis depuis deux mois ils reviennent, mais on reste à environ 60%. Il y a un programme de soutien pour un an je crois, un peu comme du chômage partiel, et c’est pour cela que j’ai une coupe dans mon salaire. En gros, j’ai moins d’heures travaillées, et quand je ne suis pas à l’école car je n’y ai pas de classe, je suis payé 60%. Je crois aussi que l’état paie la part employeur de la protection sociale. J’attends septembre avec impatience et un peu d’appréhension aussi car ça va vraiment être le mois où on verra si les étudiants reviennent ou pas. S’ils reviennent et qu’on atteint les 80%, on sera sur la bonne voie, s’ils ne reviennent pas, il y aura certainement des conséquences. J’ai une certaine appréhension mais j’ai digéré cette éventuelle situation.

    Si aujourd’hui je mets deux billets en ligne, si depuis lundi mon régime alimentaire est parfaitement recadré, que pourrais-je rajouter demain pour donner à cette semaine quelque chose en plus, de l’ordre d’un progrès? Me lever vers 6 heures, peut-être. Et prendre ma flûte. Je n’y ai pas touché depuis l’achat: elle est arrivée mi-février et puis très vite il y a eu ce virus et j’ai eu l’esprit retenu ailleurs. Le virus, l’économie et la finance, la politique… Concernant la politique, les intuitions étaient parfaitement justes, au passage, et ce n’est pas fini car l’automne et l’hiver, entre la récession qui arrive, le chômage qui va s’envoler, le virus qui semble s’installer avec les restrictions qui vont avec, avec l’hystérisation du débat (le dernier en cours, le changement de titre du bouquin de Agatha Christie 10 petits nègres, et toute cette hystérie digne des pires comiques troupiers de droite à la Jean Lefèvre, « pauvre France » « ma bonne dame, gna-gna-gna), la mousse médiatique autours du Harlequin de la philosophie testostéronée Michel Onfray, avec sa bande de vrais mecs bien ringards, ça va être chaud. Imaginez, un pseudo-élève de Paul Ricoeur d’un côté, pur produit hybride du marketing, du vide idéologique de notre temps, des intérêts de quelques grandes fortunes et d’une ambition dévorante, le candidat de la droite Orléaniste Emmanuel Macron d’un côté, et en face un pseudo-philosophe, qui a écrit 2 fois plus de livres en 20 ans que Nietzsche, Balzac et Hegel réunis en une cinquantaine d’années, le roi de la compilation de bouquins qui réduit la pensée à une pochette surprise qu’on trouve au hasard à l’entrée des toilettes d’un café de quartier… Ça en ferait, un beau débat de deuxième tour.

    Vous allez adorer l’automne, entre virus, chômage de masse et visite régulière de la fosse septique politique.

    Le plus marrant, c’est qu’ils sont tous les deux de droite, réactionnaires, mais l’un ce sont les banquiers et l’autre c’est la réaction, la vraie, bien faisandée, chuif’frrrancêê, moi!

    Au Japon, ce sont déjà les mêmes qui sont au pouvoir, mais avec une petite différence: ils gouvernent ensemble, ce qui est un peu logique finalement.

    Tout ça pour dire que oui, je ne me suis pas trompé du tout, on y va tout droit, c’est en vitesse automatique et maintenant c’est un peu comme à la foire, on klaxonne, et puis on chante, et on picole un bon coup en appuyant sur le champignon. La classe moyenne va se réveiller avec un de ces maux de crâne, alors, elle qui rêvait du centre… en focalisant sur l’Islam, les incivilités des jeunes de cités, des racailles, le voile, tout en martelant, à coup de baisses d’impôts dépensées aussitôt en alimentation bio et équitable qu’il faut s’adapter et que les prolo ne veulent pas comprendre, qu’il faut savoir faire des sacrifices… Ils ne veulent pas voir qu’au fond d’eux, ce qui les écœure chez Zemmour, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est qu’ils le dise parce qu’en réalité, et chaque jour je le constate dans des contacts Facebook, ca fait belle lurette qu’ils sont devenus aussi réactionnaires que Zemmour, avec leur crispation républicaine et leur acceptation de tous les grignotages de nos libertés publiques dans un rétrécissement sans fin de l’espace démocratique. Après tout, c’est la classe moyenne qui a choisi Pétain, la bourgeoisie, seule, n’aurait jamais pu l’imposer. Les rentiers. L’ordre. Le calme. Les traditions.

    Bon, le soleil tape, dehors. Si demain matin je parviens à me lever réellement à 6 heures ou même avant, alors, j’ai pas mal de travail qui m’attend et ce sera alors une belle journée.

    Rajout avant publication, ce soir. J’ai enfin commencé à écrire un truc important. J’ai donné naissance à Pierre. Une journée très productive.

  • Qui a tué Olof Palme

    Qui a tué Olof Palme

    Pour celles et ceux qui, comme moi, se sont toujours définis comme Démocrates Socialistes, l’assassinat du premier ministre suédois Olof Palme en 1986 reste un moment charnière. Le meurtre reste non résolu. Qui était derrière?
    Nous avons toujours lié ce meurtre à l’assassinat d’un autre Démocrate Socialiste en 1973, Salvator Allende, car Olof Palme s’était fait beaucoup d’ennemis par son opposition à la junte militaire chilienne. La CIA était derrière cette opération.
    Nous avons toujours également lié ce meurtre à la campagne de désinformation contre le premier ministre Social-Démocrate allemand Willy Brandt en 1974, au moment ou celui-ci négociait un rapprochement avec l’Allemagne de l’Est, et aussi parce que Brandt était un ami de Palme. Brandt a du démissionner, sitôt remplacé par l’Atlantiste Helmut Schmidt. La CIA était derrière cette opération.
    Nous l’avons aussi lié à l’assassinat du chef de la Démocratie-Chrétienne italienne en 1978 alors que celui-ci s’apprêtait à former une coalition d’un groupe de son parti avec le Parti Communiste Italien. La CIA, une branche véreuse de la franc-maçonnerie (P2) ainsi que la mafia étaient derrière cette opération.
    Il y a eu plusieurs pistes envisagées dans l’assassinat de Palme. La CIA bien sûr, mais aussi le MOSSAD à cause de l’inflexion pro-palestinienne qu’il avait donné à la diplomatie suédoise, ou l’Afrique du Sud à cause de sa condamnation de l’apartheid et de son soutien à l’ANC à une époque où ce n’était pas la mode, ou encore Pinochet qui avait des agents un peu partout. 34 ans plus tard, on ne sait toujours pas qui l’a assassiné alors qu’il rentrait chez lui avec sa femme après être allé au cinéma, à pied, sans escorte.
    Et voilà que depuis trois jours, les articles commencent à sortir, il semblerait que…
    Aucune illusion, mais on ne m’enlèvera pas de la tête que son assassinat est un assassinat politique. Avec lui a disparu la troisième figure de cet incroyable triumvira du Socialisme Démocratique européen qui s’étaient rencontrés en Suède durant la guerre, l’étudiant suédois Olof Palme, l’allemand Willy Brandt et le Juif autrichien Bruno Kreisky, de ceux qui tentèrent de donner au Socialisme Démocratique européen la marque de la fidélité à certains principes.

    Addition: Comme prévu, le rapport d’enquête finale ne conduit nulle part, avec la désignation d’un (des) coupable (-s envisagés dans des bouquins à succès), décédé depuis (pratique), sans preuve tangible (le juge admet qu’il n’aurait pas pu l’inculper avec les éléments en sa possession), ayant agi seul (bien sûr). Le juge en clôturant le dossier a admis toutefois qu’un complot n’était pas à exclure (ben voyons), ce qui n’empêche pas la presse et les commentateurs de conclure que désormais la page est tournée.

  • Les ETF entrent dans la danse: 22 avril

    Les ETF sont des fonds suivant les indices. Ce ne sont pas des paniers indiciels dont le but est de “faire mieux que les indices”, ce sont des fonds composés exactement comme un portefeuille des titres d’un indice et gérés comme tels.
    Il y a un véritable boom des ETF depuis la crise de 2008 et le plus célèbre gestionnaire d’ETF est BlackRock. Ils proposent à leurs clients d’accéder à un fond diversifié comme de la gestion personnelle de patrimoine, mais avec un investissent moindre puisque c’est un fond.
    En gros, si vous investissez dans un fond répliquant le CAC, vous obtenez la performance du CAC40, ni plus ni moins (à la différence des indiciels classiques dont la gestion était « active »).
    La société qui gère les ETF a recours à l’endettement afin de créer le fond (donc investir) dont elle revend les parts aux clients. Elle utilisent le marché des dérivés pour « hedger » cet investissement. A noter que comme tout fond, il est « fermé », c’est à dire que l’investissement initial est d’un montant fixe qui ne variera pas. Les ETF correspondent donc à des parts dans cet investissement et deviennent comme des actions cotées.
    Les ETF sont « liquides », ils s’achètent et se vendent comme des titres et la part peut elle même être vendue plus chère que son prix réel dans le cas où l’acheteur pense que l’indice de référence va monter. Cela vaut aussi à la baisse dans le cas où l’acheteur pense que l’indice va baisser.
    La chute des options futur sur le Brent mai et la chute sur les contrats juin bouleversent les ETF. Les investisseurs risquent de perdre tout leur investissement. Ce n’est pas encore le cas mais les dévalorisations sont d’ores et déjà actées.
    Depuis plusieurs années, la question du rôle amplificateur des ETF sur les marchés est posée car ces fonds gèrent une épargne énorme.
    La chute du marché à terme du pétrole commence à se diffuser sur les marchés financiers les plus directement exposés. Je suis très curieux de lire des articles au sujet du marché de dérivés dont les taux sont calculés à partir de l’évolution des matières première.
    La sorcière de juin risque d’être une bien vilaine sorcière…
  • Le pétrole ne vaut plus rien: 21 avril

    Désolé de vous déranger avec un sujet pas à la mode, genre « demain nous inventerons un nouveau monde » ou « Macron il est méchant ».
    Le prix du pétrole a plongé sous zéro, en territoire négatif pour la première fois de l’histoire. Désormais, le vendeur doit payer pour vendre car il y a beaucoup trop de pétrole et plus de place pour le stocker. Désormais, on ne parle plus de récession mais de dépression économique car cet effondrement inédit annonce des chutes de prix équivalentes sur de nombreuses autres matières premières, et allant avec les faillites en chaîne des activités liées.
    Autre mauvaise nouvelle, c’est que les capacités de stockage sont dépassées et qu’il ne faut pas qu’il y ait de typhon/tempête en mer où des dizaines de milliers de tankers en route pour nulle part risqueraient de déclencher une catastrophe majeure.
    Et puis encore, côté mauvaise nouvelle, ce sont les états producteurs qui désormais n’ont plus de revenus du tout et dont la dette ou les capacités d’endettement sont désormais totalement nulles. Parallèlement, tous les contrats liés au dollar sont désormais des contrats pourris. Bon, il y en a qui vont se faire un plaisir de les racheter pour des cacahuètes mais pour les détenteurs, c’est la faillite.
    Cette spirale chute des prix (sous zéro)/ faillite va fragiliser les banques et les états et risque de conduire à une vraie explosion du chômage. Bref, pour ceux qui font des boulots d’intello mais qui se plaignaient de l’explosion du temps de travail à 60 heures, rassurez-vous , les travailleurs qui ont un vrai travail de production iront à Pôle Emploi bien avant de dépasser les 35 heures.
    Les bourses vont certainement amorcer un nouveau round de baisse. Il va falloir observer le prix du dollar dont la valeur est collée au prix du pétrole. Une chute du prix du dollar accélèrerait les pressions déflationnistes et surtout à des ventes de bons du trésor américain qui désormais se dévaloriseraient de fait, entraînant à terme des crises de liquidités mondiales et donc accéléreraient la spirale déflationniste.
    Le risque de guerre mondiale, nucléaire, bactériologique, ultra-sonique, spatiale, avec des drones, des coupures du net et des hackers est certainement à son plus haut niveau depuis les années 30 car les USA veulent faire payer la Chine (ils ont oublié parce que personne ne leur a dit que 2007/08, c’était eux, mais bon…)
    La bonne nouvelle, c’est que les riches et activistes qui ont le cœur écolo peuvent désormais acheter pour une bouchée de pain les terres destinées à la production de gaz ou pétrole non conventionnels et empêcher dans le futur qu’on recommence les forages.
    En fait, j’ai toujours pensé que la politique d’un pays s’incarnait assez bien dans un jeu de ce pays. Trump est un joueur de poker comme quasiment tous les présidents américains, doublé d’un joueur de catch, un jeu de combat truqué mimé. Poutine est un joueur d’échec (et un ancien du KGB, ça renforce).
    Poutine a forcé à une guerre du pétrole avec l’Arabie Saoudite, MBS pensait être prêt à la faire mais en réalité c’était Poutine qui était le plus prêt, il avait déjà adapté son économie à un pétrole à prix réduit depuis la crise monétaire il y a 5 ou 6 ans. Le problème, c’est que MBS avait oublié l’allié American.
    L’allié American, lui, il aimait bien Poutine. Trump à quelque chose pour Poutine qui est irrationnel quand on il pense, un truc qui tient à la connerie crasse des néoconservateurs. Ils aiment le conservatisme de Poutine, alors que Poutine se fiche d’eux, lui, il aime la Russie.
    Alors, après avoir essayé de trouver un accord de production (il y a une semaine), badaboum, le monde à l’arrêt n’a pas besoin de pétrole et les futurs s’effondrent (inaugurant une baisse durable du prix du pétrole autours de 10 dollars jusque là fin de l’année au minimum). Et que fait Trump, en bon joueur de poker, il décide de taxer le pétrole saoudien.
    Bon, alors que va-t-il se passer maintenant? L’alliance tacite entre les US et l’Arabie va encore un peu plus se déliter, MBS va être encore plus isolé. Qui gagne?
    Poutine est un des rares génies de notre époque. Il est détestable politiquement à bien des égards mais il est un des rares qui sait exactement ce qu’il fait, à savoir redonner des marges de manœuvres à la Russie en jouant les divisions d’un monde libre prospère qui en réalité n’était ni si libre ni si prospère et bien moins unifié qu’il se pensait.
    D’ici à ce qu’une révolution de palais en Saoudie amène une branche princière favorable à un rapprochement avec l’Iran pour tenter de retrouver une certaine influence sur la région, rapprochement qui ne déplairait pas tant que ça aux UAE dont les perspectives se sont considérablement assombries, et alors les US perdraient tout le Proche-Orient. Intéressant de voir que Poutine, qui envisageait de se retirer de la présidence, a décidé de rester encore un peu.
    Côté Chine, c’est le même scénario. Les Occidentaux ne connaissent pas la Chine, sa culture, qui est une culture de la patience et non de la confrontation. La Chine absorbe les chocs. La tentation occidentale est maintenant de mettre un frein à la puissance chinoise, en oubliant que la Chine n’a plus besoin de l’Occident. C’est l’occident qui a besoin de l’épargne chinoise, de ses usines, et que la relocalisation, si elle est souhaitable écologiquement et économiquement, si elle est entreprise uniquement que comme rétorsion, est un gag. En fait, nos multinationales se relocaliseront non pas en France, mais en Roumanie, en Grèce ou au Sénégal et au Vietnam! Et la Chine, elle, continuera son chemin. Elle a les chercheurs, les capitaux. Et Poutine sera bien moins regardant avec la Chine car il a besoin de sa technologie. Et l’Arabie Saoudite sera heureuse d’y écouler son pétrole.
    Ce qui est très intéressant, c’est que nous sommes en train d’assister au scénario cauchemardesque de la CIA…
    Dans le livre The Next Hundred Years, publié en 2009, Georges Friedman expliquait exactement ce scénario. Un bouquin publié il y a plus de 10 ans et passionnant à lire. Obama, avec sa diplomatie « prudente » a tenté d’éviter les danger. Clinton, elle, était beaucoup plus conservatrice et va-t-en guerre. Trump, lui, est tombé en plein dedans. Il croit être à la tête d’un pays fort!

    L’article Bloomberg