La voilà enfin de retour, la droite française !

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La France est un pays bien curieux. Un observateur extérieur croira toujours que la vie politique et culturelle sont rythmées par des élection et ponctuée par des grèves. On l’excusera. Il ne nous connait pas… Les politiques de moyenne envergure le croient aussi, mais eux on ne les excuse pas, on se contente juste de ne pas voter pour eux.

En attendant que la gauche nouvelle n’émerge du magma infâme qui la caractérise, saluons le retour discret, peu remarqué, de la droite française. Les guignoleries chiraquiennes, les tartufades sarkosiennes, la bonhommie proutprout balladurienne, le rot Pasquaien, les caleçons giscardiens et le gouâtre pompidolien n’appardiendront tous bientôt qu’aux heures sombres et toujours plus noires de la décadence d’une droite qui, finalement, et malgré la domination du Grand Général, ne s’est jamais vraiment remise de son antisémitisme des années 30 et de sa collaboration avec le Régime Hitlérien.
Il fut un temps où son programme politique se résumait au très célèbre “plutôt Hitler que le Front Populaire” qui résumait sa détestation profonde pour “le Juif Blum”. On la croyait sortie définitivement en 44, elle a rapidement repointé le nez dès la création du RPF en 1946 et s’est réinstallé dans les fauteuils confortables de la 5ème République. Elle a su se faire discrète face à De Gaulle mais a vite rehaussé la tête. Ses “enfants” ont repris le flambeau discret dans les salons ouatés de l’énarchie. Elle a haït Mittérand jusqu’au trognon, elle a décidé de l’éffacer de nos mémoires.

Car Mittérand avait compris que pour exister, lui, il lui fallait la gauche. Et plus qu’aucun autre, il a su symboliser cette gauche pourtant déjà battue sur tous les fronts. Certains objecteront que Mittérand a fait une politique de droite. Pour ma part je ne le pense pas, et en tout cas, si ce fut une politique de droite, ce ne fut certainement pas une politique de droite à la française.

Mitterrand incarne pour moi la ville, le cosmopolitisme. Mittérand qui veut garder le pouvoir, soutient, encourage “touche pas à mon pote”. Mittérand reproche à Rocard de ne pas profiter de l’élection de 1988 pour ne pas faire passer le droit de vote des étrangers et abroger la double peine. Mitterrand dépénalise l’homosexualité; il fait la 5ème semaine de congé et réduit notre temps au travail de 52 heures dans l’année; Mitterrand abroge la peine de mort et laisse passer le remboursement de l’IVG. Mitterrand invente des concepts marketing pour ne pas privatiser, sa fameuse “société d’économie mixte”. Mittérand sait exactement là où il faut appuyer pour que la droite ait mal, et ça marche. Pour lui, Le Pen n’est pas un danger car c’est la droite qui est le vrai danger. Car Le Pen est DANS la droite. Pas toute la droite, mais parmi elle.

Les récentes émeutes ont définitivement tourné les pages des années Mittérand. J’en suis triste car avec c’est ma jeunesse, ma jeunesse dans une France drôle et ouverte, terriblement avide de modernité, qui s’en va. Mais tant mieux. Comme je l’ai écrit ici, je suis heureux d’avoir 40 ans. J’ai eu 20 ans sous Mitterrand, moi…
Vive Mitterrand !
Vive Mitterrand !
J’aime Mitterrand car Mitterrand, plus qu’aucun autre détestait cette droite qui a relevé la tête cette semaine.
J’aime Mitterrand parce qu’il nous aurait empêché de voter pour Jacques Chirac, et qu’il aurait eu raison, et qu’aujourd’hui on aurait un vrai leader d’opinion.
J’aime Mitterrand parce qu’il ne parlait pas de la grandeur de la France, mais nous faisait rêver à l’Europe.
J’aime Mitterrand car plus qu’aucun autre il a su mettre en musique un cosmopolitisme positif : on oublie souvent que la politique de la ville est une création des années Mitterrand et qu’elle commença par les opérations Banlieue 89.
J’aime Mitterrand car c’est une femme noire ET chanteuse d’Opéra ET Américaine ET habillée en Bleu Blanc Rouge qui a descendu les Champs Elysées en chantant La Marseillaise lors des commémorations de la Révolution Française.
J’aime surtout Mitterrand parce que la droite le déteste encore.

J’aime Mitterrand parce que je ne l’ai jamais aimé, que je ne suis pas de sa famille politique mais qu’il est le plus gros mot que je puisse balancer à la figure de la droite.

A quoi cela sert il, de dire “vive Rocard”, “vive Mendès” ? Autant dire de suite “j’adore perdre”, la droite s’empressera de me dire que moi, je suis “d’une gauche honnète, respectable, pas comme Mitterrand”.
Vive Mitterrand ! Vive Mitterrand !
Mitterrand, c’était bien ! Mitterrand était bien mieux que De Gaulle ! Vive Tonton !
Vive la Grande Arche (pétitionnons : Tour François Mittérand), la Villette (pétitionnons : Le Parc François Mittérand), la Grande Bibliothèque François Mitterrand, le Grand Louvre, la Pyramide (pétitionnons : place François Mitterrand)…
Suppaiku deviendrait il Mitterrandolâtre ?
Je (re)deviens droitophobe. Car la droite est revenue cette semaine, et c’est passé comme une lettre à la poste, sans que la gauche le voit venir ni ne soit en posture de condamnation.

Dosée, la gauche. Pas de sa faute, elle se meurt depuis plusieurs années malgré la perfusion des années Jospin.
La droite a renvoyé Sarkosy à ce qu’il est : un cataplasme proteïforme de droite destiné à patienter durant la post mitterrandie.
Plus besoin de Sarkosy. Désormais, le loup est sorti du bois, Sarko devra se contenter de Matignon. Car du haut de sa hauteur, la droite est réapparue, blanchie et lavée.
Les faits.
La gauche demande, avec raison, l’abrogation l’article 4 de la loi du 23 février 2005
( pour pétitionner, signer ici ) qui met en avant “le rôle positif joué par la présence française” dans les anciennes colonies.
Il est regrettable que cette histoire ne soit pas l’objet, le prétexte à un débat trop longtemps retardé, où on mettrait enfin colonialisme, esclavage, guerres d’indépendance, immigration, intégration, islam, laïcité, vote des étrangers, citoyenneté, flux migratoire dans les 50 années qui viennent sur la table, pour tenter de nous y retrouver enfin et tacher de trouver les nouveaux repères d’une France qui doute, d’une France que 30 ans de crise économique ont torturé après qu’elle se soit arraché brutalement de ses campagnes dans les 30 années qui ont précédées.
Il est normal que les gens souffrent, les changements n’ont jamais été expliqués, négociés. Contraints, toujours contraints. Et pourtant il reste aujourd’hui à éclaicir un dernier point : après avoir vécu tout cela, c’est quoi, être Français, et qu’est ce que la France, à quoi sert-elle, que pouvons nous en faire, et l’aimons nous, et si nous l’aimons, pourquoi ?

Eh bien non, quand ce débat serait enfin à notre porté, notre premier ministre a décidé de nous asséner le coup de grace : il a ressucité la droite.
La vraie, la bien française.
Il a ressucité le parti de l’anti-France et le parti de la France.
Lui, il est “fier d’être Français”. Sous entendons : la gauche en a donc honte.
Mitterrand avait réussi, à force d’obstination, à nous sortir de la ritournelle gaulliste de la “vraie France”. Pour le 10ème anniversaire de sa mort, De Villepin vient de nous la ressortir.
De quoi est il donc si fier, l’énarque aristocrate qui a grandit dans les salons des missions diplômatique et les chambres des ambassades ?
Je ne commenterai pas plus sa position. Je prends acte que voilà, nous sommes faits, le piège du 21 avril vient de se refermer sur nous. Je n’ai aucune foi en cette pétition que je vous invite à signer, mais ça ne mange pas de pain.
Je pense en revanche que les questions que cet article de loi soulèvent sont les questions qui vont refaçonner la gauche qui reviendra aux affaires car y répondre nous permettra de défaire le clan de ceux qui sont si “fiers d’être Français”.

Moi, je ne suis pas “fier d’être Français”.

Car je n’ai rien à prouver à personne.

Moi, je suis Français, tout simplement. Je suis fier d’être du pays de Versailles, de la Tour Eiffel car je suis heureux d’y voir les visages réjouis des touristes. Je suis heureux d’être Français car dans mon pays on s’est battu pour avoir la Sécurité Sociale, et dans mon pays il y a eu de grands écrivains qui sont lus dans le monde entier. Quel bonheur, avoir grandi dès l’enfance dans cette culture riche, oui, quel bonheur. Mais je ne m’en sens pas supérieur pour autant. Je ne me sens pas fier car je ne vois pas de quel exploit nous pouvons nous réclamer aujourd’hui, collectivement, nous, la France.
Je pense en attendant que nous devrions mettre à plat notre histoire. Pas pour réparer mais pour élargir le champs du “vivre ensemble”. Que chacun sache pourquoi tel et tel sont ici. Enrichir notre histoire, notre vision de nous, créer la France de demain à partir du peuple qui la compose dans toute sa diversité historique et culturelle, créer la culture de cette nouvelle France ouverte aux vents du monde dans le creuset de ses villes cosmopolites.
Quelle chance nous aurons quand nous aurons fait cela. Car avec cet effort, avec l’aide de nos écoles publiques gratuites laïques et obligatoires, avec l’aide de notre sécurité sociale qui existe pour assurer notre égalité devant la vie, la maladie, la vieillesse et la mort, nous sommes bien mieux que les Etats Unis où malgré des mobilisations fantastiques les inégalités généralisées n’aident pas à l’émergeance d’une réelle culture créolisée. La France est à elle seule l’horizon que l’Europe se cherche. Avide de liberté, un rien rigolarde et fière de sa culture, conquérante.

Cette France, je l’aime. Seule la France peut être fière d’elle même, car la France est déjà comme ça, nouvelle et créole. Mais elle ne le sait pas encore. Mais si la France peut être fière de sa réalité, elle se doit d’être consciente de ses propres souffrances. C’est avec l’argent de l’esclavage que Bordeaux est une ville “magnifique”. Bordeaux saigne la Guadeloupe et la Martinique… On ne répare pas, mais il faut oser se regarder en face. Et regarder cela, c’est inviter, enfin, la Guadeloupe et la Martinique à leur vraie place, à la place de la France. La France d’aujourd’hui est AUSSI une France Noire, Antillaise et Africaine de l’Ouest africain. C’est ce pays qu’il nous faut regarder comme il est en nous disant que cette complexité d’un pays à la fois bourreau ET victime, c’est notre devenir, c’est notre sens commun. C’est ce qui fait notre vivre ensemble.

Monsieur de Villepin est fier d’être Français.
Grand bien lui en face.

Moi, je suis simplement heureux d’avoir été un jeune Français d’origine Algérienne, homosexuel, et d’avoir eu 20 ans sous Mittérand. En ce temps là, il y avait une icône qui symbolisait notre époque, notre modernité. C’était une Africaine nommée Grace Jones. Et pour le coup, je suis très fier d’avoir aimé cette icône là.
Monsieur de Villepin, je vous laisse votre fierté et je vous prie de vous la mettre où je pense.

Mais il est vrai qu’au prix où vous bradez nos autoroutes, vous pouvez être fier…
De Paris, Suppaiku
Merci de m’avoir lu

commentaires

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  • Vous vous rendez compte, il est resté 14 ans et je sais toujours pas écrire son nom… C’est vous dire ce que j’ai pu penser du bonhomme… 😉
    Alors pour que je le regrette et que je n’ai plus l’impression qu’il n’y a plus que l’invocation (mystique) de son nom qui puisse encore nous protéger (car déranger…), faut vraiment qu’on soit tombés bas… J’ai en fait toujours préféré Michel Rocard : il a défendu les indépendances et même publié un rapport en 1958 sur la torture et les déportations en Algéries, en 1968 il était avec les grévistes et enfin il a toujours critiqué Mitterand sur des points essentiels. Il n’empêche que politiquement c’est un vrai nul et qu’il est la preuve évidente qu’en politique avoir raison ne veut rien dire. Quand on dit à un quasi facho qu’on aime Rocard, il est fichu de dire : “c’est vrai, il est honnète, lui” alors que si on dit “j’aime Mitterand”, on sent les poils se raidir à la racine et une élévation de la tension artérielle en dehors des normes conseillées par la médecine…
    Je me souvient en 1995, un bonhomme RPR au soir du 2ème tour qui m’avait dit, tout miel, “il a fait une bonne campagne, Jospin, honnète”. Moi, j’avais entendu, “on vous aime bien, quand vous perdez parce que vous respectez les règles qu’on a posées et que nous ne respectons pas”. D’où mon “regret” dudit Mitterand dont je n’ai jamais su écrire le nom.
    Merci pour la correction d’orthographe…
    Je vois que le rédacteur anonyme a de bonne références, car “Mitt’rand”, ça date de Marchais, ça… ;-)) C’est un scan’dâl !

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