La Grande Stabilisation, 1937 / 1941 ↘

L

Marian Anderson, invitee par Mr et Mme Roosevelt a chanter au Lincoln Memorial en 1939. C’est sous Roosevelt que le Parti Democrate s’est rapproche des syndicats et des minorites

Les Etats Unis, definitivement entrent dans une nouvelle ere, et pour la première fois les Africains Americains commencent a faire leur place. Dans la culture d’abord, qu’ils irriguent des le debut des annees 30 puis, comme ici, en 1939, en exemple pour la Nation au Lincoln Memorial et jusqu’a la longue marche des droits civiques. Roosevelt est certainement le chef d’etat qui va ouvrir cette traversee car le New Deal beneficie avant tout aux couches les plus pauvres de la population.
Proposer en 1939a Marian Andersonn de chanter au Lincoln Memorial est la marque d’un reel courage politique et lui vaut une reelle animosite de la part des conservateurs jusqu’aujourd’hui.

Le monde développé est à partir de 1937 coupé en quatre.

Un vaste pays, la Russie, vient de rentrer dans une phase d’industrialisation rapide initiée par l’État, sur la base d’une économie étatique ; le but de l’appareil d’État est de « rattraper » les USA en terme de production, puis de les « dépasser » afin de « satisfaire les besoins de la population » et ainsi « atteindre le stade communiste » où « L’État cesse d’exister ». Bien des critiques commencent à circuler, particulièrement à gauche où on vit très mal l’appareil répressif et totalitaire qui se met en place « au nom de la révolution » : 1936/1937 marque l’apogée d’une vague d’exécutions précédées de « procès » où les accusés font leur « autocritique », justifiant leur propre exécution en même temps qu’ils légitiment le nouveau pouvoir, mené par le tyran Joseph Staline. Éxilé, Trotsky essaie de mettre en garde, analyse, tente d’organiser des résistances avant d’être à son tour assassiné sur ordre de Staline en 1941.

Plusieurs autres pays tentent une expérience nationaliste fondée sur des mythologies, re-digérées pour la circonstance et toutes exprimant la nostalgie d’un temps ancien où tout était mieux car l’État était un vaste empire (l’Italie Mussolinienne et son rêve Romain), le pays était dévoué à la foi Catholique (l’Espagne Franquiste et le Portugal Salazariste) et le peuple n’avait pas été dominé moralement ni contaminé génétiquement par des races bâtardes, particulièrement une (l’Allemagne Nazi).

Un petit groupe d’États, au rang desquels figuraient la France et le Royaume-Unis, regardaient leur déclin, dominés par des élites bourgeoises nostalgiques d’un ordre ancien plus ou moins informulé, où il n’y avait ni syndicat, ni socialisme, ces deux fléaux qu’elles accusaient de l’état de délabrement dans lequel était le capitalisme, et particulièrement leurs profits, qu’elles arrachaient comme elles pouvaient. La bourgeoisie Européenne des années 30 donne le spectacle d’une élite égoïste se vautrant jalousement dans un luxe vulgaire. En France, cette bourgeoisie regarde les expériences nationalistes avec envie et, en son sein, certains espèrent même un jour, en se débarrassant du socialisme, se débarrasser de « la Gueuse », la « Putain », la « Vérolée », cette créature des Juifs et des Francs-maçons : la République. Cette période, est celle d’une dernière tentative de renouvellement, le Front Populaire. Mais les élites et la droite en avaient décidé autrement ; il faut dire que le capitalisme français était en bien mauvais état depuis la guerre, et que les capitalistes n’étaient plus qu’une bande de rentiers, et avaient cessé d’être les entrepreneurs qu’ils prétendaient être quand ils accusaient Léon Blum de les ruiner. La Grande-Bretagne est beaucoup plus intéressante car si une partie de sa bourgeoisie avait les mêmes idées et regardait vers le Reich avec envie, d’autres commençaient à craindre cette Allemagne qui allaient tout leur prendre et commençaient donc à envisager l’inenvisageable : négocier avec l’ennemi de classe, comme venait de le faire Franklin Roosevelt, avec succès. Encore fallait-il que les circonstances permettent un tel changement dans un pays où, comme l’écrivaient Marx au 19ème siècle mais aussi comme l’observaient bien des « libéraux », les luttes de classes étaient violentes, sauvages et exprimaient un très rare mépris pour « le peuple ».


1939, The world of tomorrow, New York

Et puis les Etats-Unis. Malgré la récession de 1937, souvent pointée du doigt par les disciples de Friedman et les conservateurs, les USA de F.D. Roosevelt viennent de rentrer dans une onde longue de croissance qui ne s’achèvera qu’au beau milieu des années 60, et encore, sa dynamique durera encore jusqu’au milieu des années 70. En 1937, c’est déjà les années 40 et on décèle même les prémisses des années 50. La récession de 1937 est suivie d’une forte reprise en 1938, et enfin, les taux de profits ne cessent de s’envoler, au point de faire de l’Exposition Universelle de New York une vitrine du nouveau capitalisme Américain, mais aussi une vision Américaine de l’avenir de l’humanité, dans une mise en scène, « l’an 2000 », « le Futur », avec ses robots et ses maisons automatiques, qui sera répétée à l’infini jusqu’au milieu des années 60. En y regardant de près, la période qui précède la guerre est une période d’assimilation, de consolidation avant le vrai décollage. C’est un cycle des affaires « négatif », mais c’est l’entrée dans une onde longue de prospérité. Et en fait, jamais dans l’histoire un gouvernement n’a été aussi synchro avec un cycle économique. Roosevelt a rebâtit les structures de l’économie quand il le fallait et tous ces ponts, toutes ces routes, ces chemins de fer, ces écoles et ces hôpitaux, passé la phase de création d’emploi et de forte croissance, vont poser les fondations d’une nouvelle économie : la société « social-démocrate », constituée de classes moyennes ayant accès à l’éducation, la santé, et protégées des aléas de la vie, c’est à dire, du capitalisme. Une société régulée, qui ignorera les bulles spéculatives, les récessions violentes et le chômage de masse jusqu’à ce qu’elle entre en crise à la fin des années 60, puis que les conservateurs ne la démantèlent à partir des années 80.


Jazz et danse apache francaise popularisee aux USA dans les annees 30 se telescopent… et la culture noire triomphe. Retour en France en 1945, avec Miss Vice…

Il y a mieux. En soutenant dès le départ les plus pauvres, en orientant ses efforts dans l’éducation des masses, le New Deal a été un véritable promoteur des minorités, principalement Afro-Américaines. Ce n’est pas un hasard si la génération suivante, ayant bénéficié de meilleurs écoles, d’un accès à un travail au salaire garanti (introduction d’un salaire minimum dans le cadre du NRA, le grand programme de droits sociaux du secteur privé, et « sponsorisé » par l’État par biais d’un logo que pouvaient utiliser les entreprises participantes, et que l’État promouvait très activement par le biais de grandes campagnes publicitaires) qui, a commencé à refuser la ségrégation dans les universités au nom des principes de dignité et d’égalité. La lutte pour les droits civiques est un des produits indirects du New Deal.


The Nicolas Brothers, 1941

D’ailleurs, si on regarde la production culturelle de cette époque, on est frappé par la poussée du jazz. Avec la crise, de nouveaux mélanges virent le jour et au Cotton Club comme dans les nombreux Ball room de New York, la musique finit par subir de profondes transformations. Il y eut aussi le cinéma qui popularisa les danses Apaches, cette danse acrobatique parisienne où l’on feignait une bagarre et où les corps s’enlaçaient sans pudeur avant d’être envoyés en l’air avec une violence savamment calculée. Le télescopage brutal du jazz, des Ball Room et de la danse apache produisit avec le swing ces danses endiablées qui durèrent jusqu’au milieu des années 60 sous des formes variées dont la plus célèbre fut le rock n’roll. Bref, pour la première fois, une onde longue de prospérité va réellement profiter à ceux qui en sont généralement exclus, et même si Roosevelt ne fit rien contre ce quasi-apartheid qu’étaient les USA à ce moment-là, sa politique crea des outils dont la générations suivante saura utiliser pour réclamer son émancipation. La principale haine, non dite, non avouée, que les conservateurs ont à l’égard du New Deal est ici.


Fascinating rythm, 1940

Roosevelt, ça “pue le nègre”, doivent ils penser. C’est bel et bien ça qui les a toujours dérangé, qui les a conduit à réécrire l’histoire du krash de 29 pour n’en faire qu’une crise de liquidité (Milton Friedmann) car à part ça, tout allait bien, et affirmer ainsi que les programmes sociaux etaient inutiles… Que la spéculation boursière n’ait été dans les années vingt que le seul moyen de gagner de l’argent ne les intéresse pas.

https://www.youtube.com/watch?v=jApD3VIZu_4
1939 : la télévision

Nous avons beaucoup d’images de cette époque, et les statistiques parlent pour elles-mêmes : le New Deal a atteint son objectif en 6 ans : rétablir les équilibres et retrouver les niveaux d’avant le crash en réalisant un investissement sur le futur. Ce faisant, les USA se sont donnés un avenir quand au même moment l’Europe s’enfermait dans ses démons. La guerre de 14 a asphyxié l’Europe : la guerre dans laquelle les USA rentrent en 1941 va les propulser: c’est un pays réinvente aux infrastructures modernes réalisées durant le New Deal.

Les USA sont swing dès 1937, et on est frappé devant le caractère moderne de tout ce qui en sort. La mode, pourtant créée à Paris, y trouve toute sa place grâce à des usines de confections modernes qui écoulent leurs production dans les grandes villes : le New Deal, c’est la société de consommation de masse, et c’est ce qui manquait à l’essor des années 20.

L’argument de la dette, rabâche par les friedmaniens et les hayeckiens, ne tient pas à la vue des statistiques. Après un très fort gonflement, celle-ci se stabilise puis amorce sa décrue, atteint des sommets pendant le conflit, puis entame une décrue très nette jusqu’à ce que le gouvernement ne se décide à faire la guerre au Vietnam après 1963.

Les pays qui vont adopter une politique keynésienne vont connaître une onde longue d’élévation du niveau de vie, de l’espérance de vie, de l’instruction, l’accès aux loisirs, la fin de la peur de la maladie et du chômage. En France, dans les années 60, on estimait le plein emploi à moins de 150,000 personnes…


Super production en couleur, 1939: Gone with the wind : peut etre le premier grand film des annees 50…

En 1941, les USA sont déjà dans un monde nouveau depuis plusieurs années. Réinventés. Rien, alors, ne peut arrêter leur ascension. La guerre ouvre au contraire de nouvelles opportunités.

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