À zéro (2): un site

À

« Je trouve ça drôle, tenir un journal de bord, en ligne, sans tabou, sans retenue. De la non auto-fiction : cela m’amuse », que j’écrivais ici-même (…) « Explorer toutes les possibilités de ce site ». Voilà un amendement au contrat qui nous lie

J’ai donc préféré séparer cette partie en un autre article afin de ne pas fatiguer certains et certaines d’entre vous. Une partie a été écrite jeudi, et puis la suite a été écrite vendredi.

La feuille s’est remplie. Il va me falloir aller au travail. Hier soir, j’ai remis en forme d’anciens articles. J’ai enfin pris le temps d’utiliser l’éditeur Gutenberg sur WordPress. J’avais eu par le passé quelques problèmes.
Le premier est que l’éditeur ne permet pas de « justifier » le texte, or, pour moi, rien n’est plus laid qu’un texte non justifié, qui donne l’impression d’aller dans tous les sens, et aucun plug-in ne me donnait entière satisfaction, il y en avait même eu un qui avait bloqué tout mon site, j’avais du le supprimé de la façon la plus brutale, en allant sur le serveur, en retirant les fichiers un par un avec la peur de toucher à un fichier essentiel.
Le second, c’était un problème avec les vidéos qui affichaient un énorme espace blanc de deux fois leur taille. Pour le lecteur, cela pouvait donner le sentiment qu’il n’y avait qu’une vidéo, et pas de texte.
Le troisième, un peu la conséquence des deux autres, c’était cet éditeur de blocs auquel je ne pouvais m’habituer à cause des deux précédents problèmes qui me forçaient à revenir à l’éditeur « classique ».
C’est désormais résolu. J’ai trouvé un très bon plu-in qui me permet de justifier, et le bug pour les vidéo a été résolu (soit par l’auteur de mon thème, soit par WordPress, soit les deux, c’était un bug récurrent qui a fâché beaucoup de monde dans la communauté WordPress.
J’ai donc passé deux heures hier à mettre quelques articles au format Gutenberg, et c’est vrai que c’est un éditeur très puissant. J’ai bidouillé, rebidouillé, j’ai utilisé d’anciens articles pour me former un peu. J’avais déjà utilisé l’éditeur le mois dernier pour essayer la fonction « couleur » pour les photographies.
Je pense désormais ne plus revenir à l’éditeur « classique ». Cela va me permettre de mettre en avant les dessins, par exemple, puisque Gutenberg permet des mises en page à l’infini. J’aime l’idée de me former.
C’est un peu comme l’optimisation de ce site que j’ai réalisé il y a quelques mois. Désormais, les pages se chargent beaucoup plus rapidement, même sur un smartphone.

Lendemain, aujourd’hui, quoi. J’ai continué à mettre à jour quelques articles, c’est un travail long, ennuyeux, fastidieux. Mais avec le temps, j’y arrive un peu plus vite et je me rode pour les prochains articles. Si vous ne vous êtes jamais occupés d’un site internet, si vous n’avez jamais blogué ou bien ne l’avez fait que sur des plateformes toutes prêtes genre Blogger ou WordPress(com), vous n’avez pas idée du travail que peut représenter un simple article.
Il y a l’écriture (et je ne parlerai pas de la relecture, qui peut éventuellement être un travail facultatif, et qui en tout cas n’a rien à voir avec le site lui-même). Ça, vous connaissez, mais disons que cela représente la part la plus importante et la plus accessoire à la fois: car écrire est une chose, et publier en est une autre.
Tout d’abord, il faut que le site soit prêt, qu’il existe.
Pour cela, il faut louer un espace chez un hébergeur, il faut payer, et le prix varie en fonction de ce que vous allez faire et du nombre de visiteurs. Il faut également acheter un « domaine », c’est à dire l’adresse du site. Une fois que vous avez fait tout cela, il faut installer votre site en installant un petit programme destiné à gérer le site, publier etc. Moi, j’utilise WordPress.
Une fois tout cela fait, et qui est vraiment le plus rapide, il faut donner un aspect à votre site, il faut donc lui choisir un design qui correspondra à ce que vous voulez mettre en ligne. Il y a des designs (templates) qui privilégient la photographie, d’autres le texte, d’autre qui sont destinés à faire un véritable magazine, d’autres un simple CV. Il y en a des dizaines de milliers, il y en a des gratuits et d’autres payants. Mieux vaut les templates payants, vous êtes (à peu près) sûrs qu’ils ne sont pas truffés de lignes de code destinées à espionner les visiteurs.
J’ai principalement utilisé deux templates depuis ma bascule sur WordPress en 2011. J’en ai utilisé d’autres, mais il y en a eu véritablement deux. L’un était très modulable, il était vraiment destiné à faire un site complexe et c’est celui qui est toujours en ligne pour Nedjma. L’autre, c’est celui-ci, que j’ai adopté fin 2019, et qui correspond au désir que j’ai eu de « revenir au blog », à quelque chose de simple, tout en étant élégant. Il offre l’avantage de dispenser de mettre une photo pour chaque article si on n’en a pas envie sans pour autant ressembler à un truc austère genre blogger il y a 15 ans. J’ai été sur Blogger, et cette obligation de mettre une photo pour égayer la lecture était fatigante. Je n’ai pas beaucoup utilisé cette possibilité car j’aime joindre une photo, mais pour les « pages », où je peux mettre en ligne des textes plus littéraires, c’est très appréciable.
J’ai mis du temps à le trouver, j’en suis très content. Je le trouve véritablement très raffiné tout en étant vraiment très simple. C’est la quête dans laquelle j’étais avant que le covid ne vienne me bousculer, mais c’est exactement le point où je me retrouve de nouveau.
Bon, une fois que le site est en place, il faut lui choisir des trucs en plus, on appelle ça des extensions.
L’une, par exemple, c’est le petit bouton en bas à droite, sur les conditions d’utilisation et la protection des informations personnelles. Je ne vous raconte pas le temps qu’il faut pour rédiger le texte. L’extension s’en charge partiellement, mais on est toujours obligé de relire et de reformuler. Un calvaire, surtout que le texte est édité pauvrement et qu’il m’a fallu le remettre en page.
Une autre, ce sont les boutons de partage sur les réseaux sociaux, une autre les liens vers mes réseaux sociaux, une autre la « Newsletter », etc etc Ça ne se fait pas tout seul, tout cela, et cela prend du temps.Ah, je dois mettre à jour l’image du mois. Ce n’est pas automatique…
Et puis une fois que vous avez fait tout cela, vous n’avez pas encore publié un seul texte, il faut veiller aux SEO, c’est à dire à la conformité du site aux règles du codage propre lui permettant d’être rapide et facilement accessible aux moteurs de recherches. Et là, vous testez le site, et vous êtes horrifié parce que globalement, il n’est pas vraiment optimisé, alors, il faut chercher des solutions. Compresser les photos, utiliser des extensions de « pré-chargement des page », etc etc Je vous passe les détails, mais une fois tout cela fait, quand vous testez votre site, il est enfin rapide. Le miens atteint entre 91 et 93% sur PC et autours de 65% sur mobile – c’est moyen, mais il est hors de question que je sur-compresse les photos. Pour PC, en revanche, la performance me satisfait largement.
Une fois tout cela fait, il reste à enfin mettre le texte en ligne. Il faut lui joindre éventuellement une photographie ou plusieurs, il faut mettre en page, décider de « tags » qui faciliteront l’indexation sur Google, des catégories si comme moi vous alimentez votre menu de cette façon.
Et voilà, le texte est en ligne. Reste à le partager. Ouf.
Depuis 2 ans, les mises à jour des extensions sont automatiques, donc normalement pas de soucis. Mais. Régulièrement, il faut vérifier que les extensions sont toujours vivantes car hélas, certaines cessent d’être mises à jour et là, un jour, votre site est « cassé ». Ça m’est arrivé il y a quelques années. Bon, oui, il faut régulièrement vérifier. Parfois, le template est mis à jour, et dans le cas que celui que j’utilise, ce n’est pas automatique. C’est rapide, mais une fois la mise à jour effectuée, il vaut mieux vérifier la totalité du site. Une fois, une mise à jour majeure littéralement supprimé toute l’architecture du site. J’ai du tout remettre en place.
Et puis, une fois par an, il faut repayer…

Il en faut, du temps. Je pourrais bien entendu me contenter d’un truc gratuit sur Blogger comme autrefois, mais je n’ai pas abandonné sans raison. Je m’y sentais à l’étroit.
Ce qui est frappant, c’est que pas même deux ans après avoir migré sur WordPress, j’ai commencé à prendre mes distances. Blogger, c’était incroyablement simple, j’écrivais parfois directement en direct sur le site. Depuis la migration, j’écris d’abord sur un logiciel d’écriture, puis le publie sur mon site, une sorte de double du travail. Je croule sous le poids des articles non publiés, commencés pas finis, quelque chose qui n’arrivait pas avant, qui en réalité ne pouvait pas arriver.
Avec ce site, c’est un peu comme si le « journal » avait disparu au fil du temps, pour devenir un travail plus sérieux alors que ce n’était pas le but premier. Ici, c’est un blog et le contrat avec moi-même était d’écrire un « journal honnête », bref, de m’y raconter. La façon dont j’ai commencé à écrire sur ce site m’a progressivement détourné de ce projet.
C’est là aussi que les réseaux sociaux entrent en scène, car j’ai commencé à penser à « ce dont je pourrais parler » quand mon projet initial était de raconter sans aucune limite de sujet ni sans jamais hésiter à plonger dans ma propre intimité. Au fil des ans, j’ai brimé ma propre écriture sous une simple pensée, « ce n’est pas intéressant », l’équivalent sur ce blog de mes hésitations à partager une information de peur de déclencher une guerre civile comme j’en ai trop souvent vu.
Les réseaux sociaux et la fausse notoriété qu’ils créent sont d’incroyables frein à la liberté d’expression. Je me suis toujours exprimé librement, mais cette meute, car les réseaux sociaux créent automatiquement un effet de meute, elle fatigue. J’ai parfois tenté de me réfugier ici, sur ce blog, mais finalement j’ai perdu le fil de ce blog, sa raison d’être, et plutôt que d’y continuer mon chemin, un chemin qui me fortifierait en donnant à mon écriture toujours plus de poids, de précision, j’ai voulu y écrire ce que je ne pouvais pas y écrire ailleurs.
Je ne dis pas que j’ai eu tort, au contraire. J’assume tout ce qui est écrit sur ce blog. Mais ce faisant, j’ai oublié le corps même du projet. Je n’ai plus parlé du Japon, j’ai moins parlé de mes coups de coeurs, de mes doutes, j’ai caché ma solitude, me contentant ici et là d’un billet où quand même j’en parlerais, et finalement, je n’ai pas « étendu ma surface » sur ce site qui, justement, me permet de faire tant de choses.
Car s’il ne s’agissait que d’écrire des trucs une fois de temps en temps, alors Blogger est très bien, d’autant que les blogs Blogger sont directement indexés par Google puisque c’est la même société. En migrant, j’ai passé des semaines à retirer les balises google cachées dans mes textes. Google parle d’intelligence artificielle, on devrait parler de spyware, en réalité.
Ils ne vont pas être content car j’utilise une extension Google…

Vous avez une meilleure idée du travail que représente un site internet. Je me souviens de Didier Lestrade qui fatiguait à tenir minorités à bouts de bras. C’est lui qui faisait tout. Il devait contacter les rédacteurs, les relancer, corriger, éditer, mettre en page, gérer le site… Tout le monde a vécu la fin de minorités comme un choc, mais je pense que peu de monde sait le travail que cela représente.

« Je trouve ça drôle, tenir un journal de bord, en ligne, sans tabou, sans retenue. De la non auto-fiction : cela m’amuse », que j’écrivais ici-même (mais sur Blogger).
« Explorer toutes les possibilités de ce site ». Voilà un amendement au contrat qui nous lie, vous et moi depuis les débuts de ce site en 2004, il y a exactement 15 ans.
Mes premiers billets étaient maladroits, cassés, l’écriture terriblement bridée, mais je m’y suis tenu, j’ai continué à écrire et au fil des ans elle s’est déliée, elle est devenue mon amie et aussi un peu votre amie.

Le Madjid qui écrivait alors n’était pas bien, il le cachait derrière des certitudes, des lectures qu’il étalait. Un jour, un garçon passe à côté de moi, me regarde et me dit « tu en fais, une tête, avant tu étais si souriant », et puis il est passé. C’est le moment où ça a fait tilt, qui a déterminé mon départ dans une sorte de rage.
Le Madjid d’aujourd’hui va bien, il n’a plus guère de certitudes cassantes et il a retrouvé le sourire. Il est habité par le doute et par une envie de simple, de basique, de retour à l’état brut, d’expérimentation, de tâtonnement.
Alors, écrire ne va pas suffire, si je veux véritablement retisser le fil, je dois également tâtonner, et cet espace est un incroyable média.
J’espère que de votre côté, plutôt que de perdre votre temps à me laisser des commentaires sur Facebook où je ne vais plus, vous les laisserez ici, où ils ne seront pas perdus, et où ils seront votre timide mais incroyablement bienvenue contribution au laborieux travail que représente ce site.

Promis, maintenant. Pour le prochain billet, on rentre dans le dur. Bises.

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  • Salam el Japono,
    Je viens de te lire. Intéressante plongée technique dans la mise en public de ton ecriture. Porte-toi bien hanoun. PS : essaie de ne pas etre trop severe avec nous autres qui ne sommes pas assidu. es à ta lecture. J’

  • Bonjour Madjid. J’ai tout lu… à suivre donc…
    Hirondelle de sympathie du Jura suisse.
    XXLala
    P.S: Je pense soudain à ce dessin fameux de Sempé où l’on voit deux femmes au marché avec leur cabas et l’une dit à sa copine “Je ferais bien partie du M.L.F mais mon mari ne peut pas.” Moi je ferais bien en blog où je partagerais plus spécifiquement certaines fulgurances (oui) qui me viennent à l’esprit mais je se suis pas assez seul pour cela. Mon temps est happé par mes occupations de toutes sortes. J’aime bien ce que tu dis sur le français, et j’avoue que j’aime le lire sans aucune faute d’orthographe., mais j’ai une sympathie pour les coquilles, dyslexie de gaucher contrarié oblige. Mais par pitié ne passe pas sous les fourches caudines de cette assommante écriture inclusive. J’avais aimé ton texte sur ta flûte, je m’en souviens.

    • Bonjour, Lala,
      Merci pour le petit message. Tu te rends compte, avec FB, je ne vois jamais défiler tes messages, il faut que j’aille les chercher. Tout ce qui a fait la magie, à savoir voir passer les messages des autres au fil du temps, un peu au hasard et donc en donnant sa chance à chacun est devenu une sorte de purée passées à l’algorithme qui décide ce que l’on doit voir ou non…
      Concernant l’écriture inclusive, je crois qu’il s’agit plutôt d’une réappropriation de la langue, puisque l’académie ne veut pas comprendre que non, il n’y a aucune logique au “dominant masculin” et que cela doit être changé. Si l’académie ne le fait pas, c’est aux auteurs, aux acteurs et chanteurs de la faire avec un souci principal: il faut que ce soit lisible, prononçable et “disible”, tout en conservant les principes de la langue car ce qui fait la magie du français, c’est cette grammaire qui sait lier les mots d’un bout de phrase à un autre par la magie des accords et des pronoms. Un genre “indéfini” apporterait une richesse bien plus grande encore par la précision qu’il apporterait.
      Bises de Tôkyô.

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