Une banale angine…

Je ne sais pas comment font les gens qui ne peuvent pas aller chez le docteur, quelle angoisse cela doit être, on a tellement l’impression qu’on peut mourir. C’est si fragile, vivre…

Vous allez me haïr, non seulement je n’écris pas souvent (et pourtant, j’en ai, des trucs prêts à être publiés), mais en plus j’écris comme ça avec un titre pareil, oui, vous allez me détester. Mon problème est l’édition. J’écris sur une application, et puis après je recopie le contenu sur ce site et je l’édite, charge une photo, etc Là, très exceptionnel, j’écris en direct, et en réalité je devrais toujours faire comme cela, ça va bien plus vite et je peux poster le billet quitte à le remettre un peu en page ultérieurement.
Bien sûr que non, vous ne me détestez pas, je vous connais.

Je viens de passer trois jours dont je me serais bien passé. Depuis deux mois, je me fais refaire les dents, je dis refaire, en fait il n’y a pas tant, mais une couronne quand même, refaire une autre couronne, changer des plombages. Pour mes cinquante et un ans, mes dents ne sont pas trop moches, mais n’ayant pas visité le dentiste durant des années, il y a quelques petits trucs à faire. Ah oui, bien sûr, ça a commencé par une dent de sagesse à arracher. Jun m’avait dit que les dentistes étaient parfois bizarres, visiblement il avait vécu une très mauvaise expérience, et son histoire, mes appréhensions quand à, as usual, tout expliquer en japonais, j’avais repoussé, puis repoussé, puis…
Tout n’est pas terminé, mais après plusieurs détartrages, quelques soins avec des amalgames qui ressemblent à la dent, j’avoue, je trouve ma dentition encore très présentable. La nouvelle couronne, pour tout dire, c’était une dent dévitalisée il y a très longtemps et pour laquelle j’avais repoussé la mise en place d’une couronne. Et au Japon, c’est franchement bon marché. Une couronne normale, comme la mienne, c’est à dire une couronne métallique non émaillée, ça coûte, pose comprise, 3700 yens après assurance, soit environ 26 euros! Bien sûr il y a eu les trois séances avant, le moule etc, au total, 10.500 yen, soit 80 euros. Franchement, je n’avais pas souvenir de tels prix en France.

Bref, mes dents sont en ce moment ma seule préoccupation de santé puisque tout le reste va bien (il va falloir aller faire mon suivi dans quelques temps), je n’ai même pas eu de rhume jusqu’ici, et l’entrée dans la saison des pollens se passe plutôt bien. Je fais le ménage de façon quasi-permanente pour éviter les poussières, j’humidifie en permanence, et je porte un masque si je reste longtemps dehors.
Mardi matin, au levé, j’avais mal à la gorge au côté gauche, bain de bouche, anti-inflammatoire, ça va passer, je pense. Mercredi matin, je vais chez le dentiste justement, et alors qu’elle pose la couronne et que j’ai la bouche bien ouverte, je la sens bien, la douleur dans la gorge, mais je n’y prête pas plus attention, ça arrive, des maux de gorges comme ça, deux trois jours et puis s’en vont.

J’ai eu du mal à dormir dans la nuit de mercredi à jeudi, et jeudi, toute la journée je me suis senti chaud, et la douleur était vraiment forte. Je n’ai pas du tout pu dormir dans la nuit de jeudi à vendredi, j’ai transpiré, transpiré. Jeudi soir, à mon retour du travail, j’ai pris une douche très chaude et je me suis couché, ma fièvre était de 39.3, je n’ai même pas (pu) manger.
Ma nuit a été hanté par un de ces délires de fièvre, mais celui-là est unique dans toute ma vie. Habituellement, je rêve que je suis dans un tunnel et que je cours, voilà, depuis l’enfance, mon cauchemar de fièvre forte, que j’ai refait en 2011 quand j’ai fait ma méga-sinusite, que j’ai vaguement refait il y a deux ans durant ma grippe. C’est assez logique, le corps est chaud et essoufflé par la fatigue, ça marche bien. Il m’est aussi arrivé de rêver des trucs délirants, insensés. Mais là…
Tout se résumais à une règle qui se doublait d’une autre règle, peut être l’une était un étalon et l’autre la règle de mesure, et j’ai passé deux nuits, semi éveillé, semi inconscient, à mesurer le score de Emmanuel Macron à l’aune d’un nouveau type de mesure basé sur la première règle étalon, et jamais, dans mon délire, je ne parvenais à synchroniser les deux alors que le but de l’exercice était précisément de faire que l’une se rapporte à l’autre. Toujours, je butais sur le chiffre de 43.
Toujours, reprenant mes esprits dans ce demi-sommeil éveillé, je cherchais à me débarrasser de cette obsession absurde et pourtant j’y revenais, j’y revenais. Je ne crois pas à la divination, mais si j’y croyais, j’avoue qu’il y aurait de quoi être très inquiets, si vous voyez ce que je veux dire…

Le docteur m’a prescrit des antibiotiques bien sûr, et d’autres médecines. Moi, je me suis terré chez moi, au chaud autant que possible, passant plus de trente minutes à essayer de boire un pauvre verre d’eau chaude au miel (je n’avais pas de citron…), oui trente minutes, tellement la déglutition était devenue impossible, et même comme ça, ça me faisait tousser, ça me sortait par le nez, horrible.
Au lit, impossible de dormir, ma sueur ne sentait pas bon, normal, je ne pouvais plus vraiment m’hydrater, je me tournais d’un côté, et puis de l’autre, par moment une sensation de chaleur qui m’envahissait jusqu’à la tête, et puis cette obsession de règle qui revenait, toujours et encore et toujours, et qui m’empêchait de dormir. Le délire de la fièvre. 39.3 encore dans la nuit de vendredi à samedi. Je ne sais pas comment font les gens qui ne peuvent pas aller chez le docteur, quelle angoisse cela doit être, on a tellement l’impression qu’on peut mourir. C’est si fragile, vivre…

Samedi a été encore un autre jour comme ça. Cette fois, c’est la salive qui s’y est mise, j’ai passé mon temps à cracher. J’avais un sac dans lequel je jetais mes mouchoirs.
J’ai posté un billet sur Facebook, besoin de dire où j’en étais, de communiquer. J’étais totalement seul… Gentils messages en retour, particulièrement ces messages privés de Irène (que je connais) et de Janick Magne (que pourtant je ne connais pas en vrai) qui réchauffent le coeur.
Dans la nuit de vendredi à samedi, j’étais finalement parvenu à m’endormir vers 4 heures du matin et jusque 9 heures, et le matin, la fièvre était redescendue autours de 38. Mais je ne sentais pas vraiment de réel changement. L’après-midi, la fièvre était descendue à 37.8, c’était encourageant, mais toujours ce besoin de cracher, cette impossibilité de boire. Toujours rien dans le ventre, aussi.
Et puis un drôle de truc s’est passé alors que je fais une sieste, j’ai senti un goût bizarre, j’ai craché, recraché, une odeur épouvantable, et puis recraché, c’était l’abcès qui venait de crever. J’ai passé 10 minutes à recracher au maximum, un goût infecte et douçâtre à la fois, absolument dégueulasse quoi. Je me suis brossé les dents, me suis fait un gargarisme au Listerine ©, j’ai pris une douche très chaude, j’ai changé de vêtements et je me suis forcé à boire trois tasses de hôjicha, du thé vert torréfié que j’aime bien. J’y ai passé une heure, mais la douleur avait disparu. J’ai pris mes médicaments et suis allé me coucher assez tôt. Ma température, elle, s’est envolée à plus de 40 degrés.
Je suis de nature optimiste, j’ai conclus qu’avec ce qui venait de se passer, la bataille finale était lancée. Je suis allé au lit surcouvert. Le sommeil a mis du temps à venir, la fièvre était trop forte. J’ai regardé le direct de Benoît Hamon (j’ai pensé des trucs mais je vous dirai ça ailleurs), et puis j’ai lu des articles mis de côté, un article sur le documentaire au sujet de Cheikh Anta Diop Kemtiyu, que je vais essayer de trouver (introuvable sur YouTube) puis quelques articles à son sujet ainsi que des trucs sur l’Egypte, et chaque fois que je mets les pieds dans ces territoires d’une histoire écrite à partir de l’autre côté, soudain, c’est un continent magique que je découvre. Soudain, la « Reine de Saba » ou ce « roi Mage » africain apportant des pierres précieuses deviennent réelles, ce n’est pas une Afrique cool, ou souffrante, mais c’est une Afrique avec des royaumes et des civilisations multimillénaires que j’effleure en imagination, comme quand à l’école on nous racontait ces histoires, ces « contes et légendes de ». Une Afrique raffinée, de couleurs et de palais, avec des africains qui ne doutent ni de leur beauté, ni de leur culture.
Comment accepte-t-on encore de regarder les africains comme on le fait, comme on en parle quand finalement nous savons pertinemment que l’Afrique n’a pas seulement été le « berceau de l’humanité » (un berceau, comme un bébé), mais certainement aussi la source de nos civilisations, la passeuse de culture… et cela jusqu’à ce que les européens n’arrivent, ne détruisent tout puis ne théorisent « les africains ne sont pas entrés dans l’histoire ». Oh que si les africains sont entrés dans l’histoire, et depuis des millénaires, avec des châteaux, de l’or, des bijoux et même l’écriture, et jusque l’Egypte l’Afrique a rayonné, en revanche, ce que l’histoire de l’Afrique nous enseigne de l’état de civilisation de l’Europe aux 16ème siècle n’est pas très reluisant pour l’Europe (les peuples natifs américains pourraient dire la même chose…).
J’ai ainsi lu avec la fièvre pour bercer mon imagination, et je me suis endormi. J’ai énormément transpiré (c’était le but) et ce matin, je me suis levé à 11 heures, la température était vraiment redescendue, j’ai pu boire presque normalement, j’ai mangé un bol de céréales.
Cet après-midi est passé tranquillement, j’ai eu un autre mauvais moment vers midi, toujours ce truc à cracher, et puis depuis, je sens les forces qui reviennent, ce soir, j’ai mangé. Je bois beaucoup d’eau, je n’ai pas besoin de doubler les doses d’anti-inflammatoires, ma température continue d’osciller, ce qui est normal, mais elle n’a pas dépassé 38 de la journée, et elle est ce soir presque revenue à la normale…

Bon, ben voilà. Si vous croyez à la divination, je vous annonce donc que Emmanuel Macron sera battu à 43%. Mais vous savez, je ne crois pas à la divination, et je pense surtout que quand on y croit, elle ne revêt d’intérêt que quand on peut l’infirmer. De façon plus terre à terre, ne me parlez plus de boisson au miel et planquez vos calculatrices et vos règles quand j’arrive, j’ai un très gros besoin de repos après tous ces calculs impossibles.

De Tôkyô,
Amitiés

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