Un brin de soleil…

Vous savez quoi, je n’ai pas envie de vous parler du Japon, aujourd’hui… Mon frère m’a envoyé un truc disco ( très mauvais, let’s all chant… enfin, comme si ça pouvait être bon…) alors je me suis lancé dans la quète effrénée vers d’autres horizons disco. Remix 00%, que du vrai, et si possible, avec le craquement de surface du vynil, de ces vynils rouge, rose, bleu ou jaune ou encore avec la photo du chanteur… C’est que j’ai été Disco, moâ, môssieur ! Je devais avoir treize ans, ça a été le moyen de me faire un joli paquet cadeau qui me sert toujours :
– m’habiller gratos en piquant les sapes de mon paternel (années 50/60 garanti, tendance Le Kabyle sappeur qui sortait dans les bals… he he he…)
– ne pas penser que mon père venait d’être licencié de son usine et que la grande pauvreté commençait, que désormais, ce serait mon père et ma mère qui, tous deux, seraient dépressifs… !
– de commencer à penser à mon corp et à ma sexualité, si si…
– de me doter de mon imaginaire à moi !
Bref, ce fut ma crise à moi. J’en suis sorti trois ans plus tard gauchiste, rocker ET gay outé dans tout le lycée. Fallait le faire, pour un fils de prolétaire immigré, complètement inhibé pendant tant d’années, sans réels amis. Ma meilleurs amie (mes amis ne m’en voudront pas que je range Frédérique dans la case « meilleur amie », cela fait 28 ans qu’on se connait), je l’ai rencontré cette année là. Ma Disco attitude lui sortait par les trous de nez ! Peut être elle avait raison, mais je crois surtout que nous conviendrions aujourd’hui qu’on était tous les deux un peu con… On a le droit d’être con, à cet âge, ce n’est qu’une question de vêtements, de copain et de copine. Plus tard, ce sont des questions d’enfants à garder ou de bombes atomiques : c’est beaucoup plus embêtant…
J’étais Disco. Cette année là, le 31 décembre, comme mes parents ne fêtaient pas (pas de sous, plus d’amis, etc… la coquille qui s’est fermée, allez oust, y’a rien à voir), j’ai regardé la TV. Ce soir là, Mourousi présentait la soirée de Nouvelle Année. Une discothèque immense, des lasers, des gens en tenues paillettes, des gens « déguisés », et de la musique Disco… A 13/14 ans on est facilement impressionable et pour le coup je le fus, impressionné. Je n’étais plus dans cet appartement que la tristesse tous les jours grignotait un peu plus, non, j’étais au Palace ! Un Palace en noir et blanc, mais que mon imagination nourrissait des couleurs apperçues dans les magazines… Une amie d’enfance, Zozo, y allait, au Palace. Nous n’en avons parlé que l’hivers dernier quand je l’ai revue : elle a 10 ans de plus que moi, mais déjà à l’époque, quand je la croisais, je savais qu’elle n’allait pas dans une boîte ordinaire. Elle m’a raconté qu’elle, la fille d’un Algérien fainéant et asthmatique et d’une Italienne femme de ménage de 5 heure du matin à 10 heure du soir 365 jours sur 365, elle y allait : elle piquait des robes de sa mère qu’elle « réinterprétait » à sa manière, bref, elle rentrait. Ceux qui parlent de videurs, donc, ne savent pas de quoi ils parlent : à cette époque là, ce n’était pas une question d’argent, c’était une question de look.
Pour moi, c’était le rêve… C’est que j’en avais fichtrement besoin, de rêve. C’est que j’avais ma propre dépression à gérer. On en parle bien peu, mais les enfants aussi sont dépressifs ! Moi, comme tous les dépressifs « analysés », j’ai appris à vivre avec ma dépression, à en reconnaître les symptomes quand ils se manifestent, à relativiser mes sensations. Ca marche ! Je sais pourquoi j’ai tel ou tel symptome, et ça aide !
Je ne m’en plains pas : c’est justement ce profils dépressif qui m’a aidé à sortir de cette coquille fermée qu’était la maison où notre mère nous avait enfermé. Avec l’assentiment, passif, de notre père. Moi, ça a été Disco ! Si j’ose écrire que le Disco m’a conduit à lire (de moi même, sans obligation scolaire) Sartre, Balzac, Madame de Scudérie ou Crébillon, à écouter des musiques anciennes sur instrument d’époque (dès 85/86 : oh, le choc, le premier truc écouté : instruments qui grincent, rythmes accélérés, vite, jeter ce disque, une vraie merde, mais qu’est-ce que c’est que ce truc, et puis, réécoute et là, torrent de larmes, merci monsieur Trevor Pinnock). Si j’osais même aller jusqu’à dire que si je suis au Japon aujourd’hui, c’est parce que j’ai été Disco… ! La tête de ma mère quand j’écoutais Donna Summer, celle de mon père devant ma fascination pour Travolta. Mes parents nourrissaient pour moi de grandes ambitions, à la hauteur de leur représentation de la société et du monde : mon père me rêvait cadre, ma mère se vivait à travers moi, écoutant Frank Pourcel et Maurice Jouvin ou Luis Mariano : je devais en faire autant, forcément… Alors Disco… La politique m’a rapproché de mon père mais la vie m’en éloignait. Quel rupture, donc, Disco ! C’est que moi je ne fais jamais les choses à moitié. Tenez, mon deuxième séjour au Japon : 7 semaines ! Quand je dis ça à mes étudiants, ils hallucinent. 7 semaines, c’est si cher. Ben ouais ! Disco ! que j’ai envie de leur dire ….
J’ai, enfin, réussi à trouver sur le net THE le morceau qui pour moi incarne le mieux cette époque. Et vous savez quoi ? J’ai décidé de vous en faire cadeau : bref, regardez la vidéo…. Peut être 99% d’entre vous ne comprendront pas ce que j’entends dans ce morceau, extrèmement mauvais. Mais je vais encore oser écrire un truc : le jour où on saura refaire un truc pareil comme à l’époque, sans se la pêter dans une époque de videurs à oreillettes, de jetsetteux en jeans, mais, comme à l’époque, avec l’esprit de la fête gratuite, en faisant un effort, c’est à dire, en s’habillant en princes et en princesses d’une nuit, pour rire, Africaines superbes en cheveux blonds, Norvégiennes tout droit sorties d’un Conte des Milles et Une Nuits…, et qu’on ne me dise pas que c’est une question de fric, hein, non, c’est qu’une question de goût, hein, bref, ce jour là, ben, la France sera guérie ! Parce que cet état d’esprit, c’est constructif, ça fait du bien. Aujourd’hui, en France, soit tout est grave, soit tout est cher. Même vos jeans « de d’la night » (Angela, Le Loft) sont chers. Dans ma fête, comme à l’époque « ne me dis pas d’où tu viens, montre moi plutôt ce que tu en fais »… Alors, le dit morceau, c’est çà. C’est mauvais, ça m’a fait rire, de le retrouver, avec ses craquements d’origine… Marcher sur de la musique… Faut vraiment n’avoir que ça à faire…
Bon, je vous laisse… Faut quand même que j’aille bosser… Pour le coup, Disco !!!! Il fait beau !!!!
De Kagurazaka prêt pour aller à Ginza,
Complètement Disco,
Suppaiku

2 Comments

  • Bonsoir,
    J’ai découvert ton blog il y a 1 semaine exactement, simplement en recherchant des podcasts sur le japon via itunes. J’y ai pu lire quasi la totalité des articles mis en ligne, voir les photos et vidéos(pour les vidéocasts, ne t’inquiètes pas ça passe très bien 😉 )Je tenais tout simplement à te dire un grand merci pour ton blog intéressant et très enrichissant. En attendant tes prochaines aventures dans ce beau pays que j’admire énormément.

    Bonne continuation et prends surtout bien soin de toi Suppaiku.

    Mohamed.B 26 ans alias Puppet Master from Dijon, sur un fond de DISCO!!! (WALKING ON MUSIC ! terrible, ça tourne en boucle tellement c’est bon!!!) (^_^)

  • J’aime bien quand t’es comme ca.
    Si je souviens bien dans cette emision du 31, il y avait Cloclo, Mireille Mathieu, Sheila qui reprenaient leurs titres en disco. J'a pas eu le meme declic et j'ai continue a ecouter du Deep Purple, Led Zep & Magma.

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