Un billet ordinaire

Autoportrait. Boutique Serge Lutens, jardin du Palais-Royal, Paris. 1er janvier 2019.

Il faut savoir varier les genres, rien n’est pire que s’enfermer et oublier l’essentiel, la vie qui continue, cette vie qui donne du sens à nos colères, à nos espoirs, à nos rêves les plus fous, à nos résignations, à nos envies.

Je voulais d’abord et avant tout vous remercier pour les messages que vous m’avez envoyé après mon billet d’il y a deux jours. Comme vous les savez, je pars du principe que j’écris solitairement et même si cela me fait plaisir quand je reçois un petit mot de votre part, je ne vous y oblige en rien. Un auteur, un artiste qui attend la reconnaissance à tout prix à tout faux parce que cela veut dire qu’il ne produit que pour plaire, et ce n’est pas le but de l’art, de l’écriture. Plaire, être aimé, c’est bon pour les vlogueurs, les influencers, c’est leur gagne pain, c’est l’instantané, l’incessante reproduction du même, c’est ce qui les fait sortir de leur insignifiance, ils créent leur propre contingence.

Je ne cherche pas à plaire, je raconte et je partage.

Aussi, quand vous m’écrivez, cela me touche bien plus fort, et ces messages que j’ai reçus depuis deux jours, des messages d’amour au sens réel du terme, ils me vont droit au cœur et je devais partager cela avec vous pour la simple et bonne raison que ce n’est pas à moi qu’ils sont adressés, mais à nous. Si si. Et j’y tiens, à ce nous, je nous aime et je nous ai toujours aimé.

Et voilà le quotidien qui reprend sa place. Hier, j’ai écrit un billet sur le générique de Fréquence Gaie, ça faisait longtemps que je voulais l’écrire aussi, ce sont ces billets de mémoire accrochés à une musique particulière, des notes que je prends pour moi-même et que je partage. En l’écrivant m’est venu l’idée d’un second article sur l’ère Heisei qui s’achève cette année, après le billet sur Ayumi Hamasaki de l’automne dernier, un billet qui a été très lu, partagé, et qui continue à l’être, à mon grand étonnement.

Le deuxième billet sera sur l’opposé de Hamasaki Ayumi, pour mettre en lumière des caractéristiques propres à la culture de l’ère Heisei. J’ai bien avancé ce matin mais il faut avouer, un tel article ne peut pas s’écrire d’un jet même si je sais de quoi je veux parler et comment je veux en parler ainsi que l’angle sous lequel j’entends le faire.

Parce qu’exactement comme pour le précédent sur Ayu, ce type d’article ne vaut que pour les liens, les références, les vidéos choisies et, dans ce cas, j’ai décidé de faire une sélection de vidéos sur YouTube.

Parlons un peu de blog, d’Internet et d’écriture, tiens!

Pour commencer, j’en profite pour dire que la loi sur les fake news ainsi que la loi sur les droits d’auteurs sur les grandes plateformes de partage sont les pires crétineries jamais produites.

Indépendamment de l’incroyable régression anti-démocratique qu’elle représente, mais qui n’est pas si surprenante dans notre république autoritaire et désormais autocratique, la loi sur les fake news alimentera l’idée qu’on nous cache des choses.

La loi sur le partage d’information, elle, tarira la manne publicitaire des grands médias qui au moins pouvaient toujours se partager ça à défaut d’abonnements. Franchement, qui voudrait d’un abonnement à Libération ou au Monde quand la plupart des types qui y écrivent, de prétendus journalistes tout juste bons à délayer les dépêches d’agence, absolument dénués de tout style et de personnalité, tous coulés dans le même moule, sont absolument incapables de créer le désir de payer pour leur prose insipide et leurs informations déjà publiées ailleurs. Franchement…

Les plus jeunes de mes lecteurs ne le savent peut-être pas, mais il y a encore 30 ans, Le Monde n’avait pas de photo, les articles étaient écrits tout petit, ils étaient souvent deux ou trois fois plus longs, ils recoupaient souvent divers types d’informations, de sources différentes, envisageaient des hypothèses diverses et étayées par des sources, lire était au moins aussi fastidieux pour le lecteur qu’écrire l’avait été pour le journaliste qui, ainsi, méritait son nom. On disait alors que certains journalistes étaient des « plumes », c’est à dire que la qualité de leurs articles n’avait rien à envier à celle des écrivains. On attendait leurs articles, on connaissait leur nom sans qu’ils passent à la télévision et parfois, certains redoutaient cette fameuse « plume ». Quel plaisir il y avait à lire Le Monde, ce journal qui paraissait à 12h pour la première édition, puis à 16 heures pour l’édition définitive. Moi, je commençais par l’ouvrir page par page histoire de m’approprier l’objet, d’avoir une idée de ce qui pourrais rapidement m’intéresser. Et puis je revenais en arrière et je le pliais, je le tortillais dans tous les sens pour isoler les quelques articles que je lirais. Certains, pourtant très longs, étaient passionnant, on pouvait être d’accord ou pas d’accord, on avait appris quelque chose. Je crois que j’ai gardé de ces lectures mon goût pour les grands développements.

Ce journalisme rendait caduque par sa qualité toute fake-news, parce que pour ce journalisme, toute hypothèse était envisageable et devait se frotter aux sources, à l’enquête. Dans les années 60, aucun doute que même le 11 septembre et les théories les plus délirantes auraient donné lieu à des articles contradictoires, libre au lecteur après de se faire son opinion. L’assassinat de Kennedy a été traité sous différents angles, et aucun grand journal n’a interdit les hypothèses variées qu’inspiraient les contradictions de la version officielle.

Maintenant nous avons droit à des vérités officielles, parfois démenties dans les faits par la suite, comme les « armes de destruction massives ». Ce serait maintenant, aucun journal ne viendrait parler de la torture et des déportations de masse en Algérie entre 1956 et 1960 comme ont su le faire, courageusement et malgré les accusations du pouvoir et les menaces de censure, Le Monde, Libération, L’Express, France-Observateur.

À chaque élection, on se débarrasse d’hommes politiques insipides, formés au même moule, mais les scribouillards restent et nous les regardons vieillir sur les plateaux télé où ils s’opposent ou se congratulent en échangeant leur avis du jour sans jamais aucune autocritique, aucune remise en cause.

Ils sont incompétents, fades, ils sont de véritables moulins à fake news tant plus personne ne les croit et tant on voudrait les voir dégager, avec leurs grands airs de « vous menacez la liberté de la presse ». Comme si on avait voté pour eux! Personne ne lit plus leurs journaux médiocres qui ne survivent que grâce à des subventions payées par le contribuable permettant de payer leurs salaires, ils viennent faire la morale sur les hommes politiques, sur les impôts qui sont trop forts, et ils jouent les effarouchés quand on veut les voir dégager alors qu’ils ne bouffent que grâce aux impôts. C’est culotté, non?

En trente ans, Le Monde est devenu un torche cul de 20 pages bourré de publicité quand il en faisait 60 et avec peu de publicité il y a trente ans, il ne survit que grâce à des millions d’euros et aux quelques millionnaires qui ont mis la main dessus (les pertes sont déductibles des impôts), il se contente de délayer des dépêches et, parfois, de produire un article afin d’auto-justifier sa réputation de « journal de référence ».

On pourra avoir toutes les lois inimaginables, les plus répressives, rien n’empêchera jamais les rumeurs relayées sur la toile, et rien ne sauvera un non-modèle économique subventionné par l’état et basé sur le délayage à bas coût des informations d’agence dont absolument personne ne veut.

Le plus rigolo, c’est que Médiapart, journal internet qui a pourtant encore beaucoup à améliorer, est en train de devenir le nouveau média de référence, qu’il gagne de l’argent, qu’il ne reçoit pas de subvention et n’a aucune publicité. Je suis moi-même abonné à Médiapart. C’est pas super super, on dira que c’est un média qui est avant tout un pari sur l’avenir.

En attendant, comme vous le savez, ce blog est en Creativ Commons. Vous avez le droit de partager pourvu que vous citiez et ne modifiez pas. Pour mes photos, mes vidéos, vous pouvez les partager et même les utiliser pourvu que vous me citiez, que vous m’en informiez, que vous ne les modifiez pas et que vous n’en fassiez pas un usage commercial.

Les règles du Creativ Commons sont celles de l’échange juste. C’est reconnaître la valeur de mon travail par la citation et les respects de critères que j’ai décidés, et dans le cadre de ces conditions, c’est gratuit.

En revanche, si je venais à trouver mon travail dans un livre vendu, si je venais à lire mes propres écrits dans le travail de quiconque, je rappelle que dans ces cas là les règles des droits d’auteurs priment sur le Fair Use car le Creativ Common est une autorisation contractuelle et les droits d’auteurs obéissent à des règles légales et à des traités internationaux. Just saying…

En réalité, les lois débiles que la France et l’Europe sont en train de faire voter risquent bien d’avantager les auteurs et producteurs indépendants comme moi: moi, je ne réclame pas un centime. Je pense même publier mon premier roman de cette façon, pour tout dire. En feuilleton gratuit, comme Balzac, et avec juste un bouton PayPal pour celles et ceux qui voudront être généreux.

Je ne serai jamais trop reconnaissant envers ce lecteur qui il y a 7 ans m’a versé quelques dizaines d’Euros et m’ont ainsi encouragé à m’occuper du design de ce site, à quitter Blogspot et à tenter l’aventure sous WordPress.

Pour tout dire, sous WordPress, j’ai des coûts. Ce site me coûte environ 100 dollars par an pour l’hébergement, environ 20 dollars pour les options de backup, 15 euros pour madjidbenchikh.fr et 15 aussi pour suppaiku.com. 150 euros par an… C’est l’aspect le plus méconnu du blogging indépendant, le fait qu’un certain nombre d’entre nous payons à partir du moment où nous décidons de ne plus passer par les plateformes gratuites. Nous sommes les laborieux du net, notre business model remet en cause à lui tout seul toute l’idéologie libérale, car non seulement je passe du temps à écrire, donc à produire, et tout cela gratuitement, mais en plus je paie bref, je « perds de l’argent ».

Je considère qu’avec toutes celles et tous ceux qui participent à cette aventure, nous sommes le plus beau côté du net, et nous sommes de véritables auteurs, de véritables artistes, de véritables défricheurs de notre temps car, et j’y reviens, nous produisons sans attendre de reconnaissance, nous créons, isolés, parce que cela nous semble nécessaire, et qu’importe le coût, et quand, comme je le disais, l’un d’entre vous nous envoie un petit mot où il révèle qu’il ou elle a bien compris quelque chose, alors c’est un sentiment de bonheur rare.

Pour moi, une fois que ce que j’ai à dire a été dit, il ne reste que vous. Je me relis des fois, mais je me relis avec mes yeux de lecteur, je ne suis plus l’auteur des lignes, je suis détaché. Des fois, j’aime ce que je lis, des fois je me trouve incroyablement plat. Si je corrige quelque chose, ce sera ici ou là une grosse faute d’orthographe, mais je laisserai toujours le texte intact. J’ai écrit des trucs très cons, sur ce blog, mais je les assume. Ils racontent ma vie.

Un blog n’est pas un roman, il n’est pas un magazine. Il doit conserver sa spontanéité. Il est un de mes laboratoires de style.

Cette année, j’ai décidé de redonner libre court à ma spontanéité, à parler de tout, de n’importe quoi, de le faire n’importe comment pourvu que je le fasse quotidiennement.

Ce travail, car mon blog est un vrai travail, je vais l’améliorer. J’y crois désormais. Il va s’inscrire dans un projet plus large. Longtemps, j’ai écrit sur un cahier, et puis il y a eu le net et je suis passé au clavier. Depuis deux trois ans je regrettais de ne plus avoir ce contact charnel avec le papier, avec le stylo, alors j’ai acheté deux cahiers de trois cent pages petits carreaux et de l’encre bleu nuit pour mon Schaefer. Je vais tacher de cumuler les deux, le papier et le clavier, le journal et le blog.

Et puis à Paris, j’ai acheté plein de livres. Plein, c’est un grand mot. Une quinzaine, une vingtaine: la valise faisait 24 kilos… J’ai passé environ quatre heures chez Joseph Gibert, j’y ai retrouvé mes marques, l’odeur des livres, ceux attrapés au hasard… la cohue dans ce magasin incroyablement mal organisé, mais aussi ses vendeurs qui connaissent leurs rayons et le titre des livres, leur professionnalisme. Je vous dis, j’aime le papier, j’aime le savoir faire, jamais Amazon ne remplacera ça. Amazon, c’est juste pratique pour moi qui habite si loin, mais cette année, j’avais préparé une liste sur Amazon pour acheter mes bouquin à Paris.

Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j’aime écrire et comment les mots me viennent rapidement dans ce bavardage avec vous à travers moi. Ce n’est toujours pas « mon » journal, je réserve cela au papier – qu’est ce que ça me manquait… Ce n’est pas de la fiction, non, c’est un bavardage autours de sujets divers. Aucun de mes billets n’est à regarder de façon isolée même si bien sur chaque billet se suffit à lui-même. Mais c’est le tout qui donne du sens et qui compose ce qui m’apparaît être une œuvre littéraire originale, le « journal d’un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tôkyô et… »

Musique, politique et promenade, petits billets et billets fleuves, nouvelles, économie, je butine. Et puis oui, en m’y investissant plus, l’ambition d’être totalement dans mon temps, d’abolir la distance et si possible même d’influer, d’exprimer avec ces mots que j’aime et qui me viennent souvent si facilement quand j’écris.

J’ai encore d’autres projets cette année, ils ne concernent pas ce blog, mais chaque chose en son temps.

Voilà, cela faisait longtemps que je n’avais pas remis ce blog en forme, il aura fallu cet article il y a deux jours pour me souvenir que c’est ce fil délicat, pudique et discret, entre vous et moi, qui lui donne tout son sens. Et pour ces messages que j’ai reçus depuis deux jours, encore une fois, très modestement, de Tôkyô,

merci

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