Un billet en décembre

Nous parlions de notre âge, de ce que nous avons manqué, des occasions qui ne se représenteront plus, de nos erreurs, et du temps qui a passé et du temps qui passe.

Vous savez quoi? C’est bientôt les vacances. Oui oui, et cette années, trois semaines d’affilée, en France et en Grande-Bretagne, rien que ça. Je suis excité, vraiment, et en même temps je n’ai pas trop idée de ce à quoi vont ressembler ces congés. Ce que je sais est que je vais rester assez longtemps à Paris, seul, et puis que je vais filer voir ma mère, un moment que je redoute car chez elle c’est totalement invivable (syndrome de Diogène) et qu’il n’y a en réalité aucune place pour moi. Et puis je vais aller à Lille chez des amis, et puis Londres, enfin, pour une semaine, avant d’atterrir à Dubaï puis retourner à Tôkyô. Ce seront mes plus longues vacances en 11 ans, hormis le chômage.

Écrire sur ce blog est un exercice très très difficile, pas que je ne parvienne pas à écrire ni que je n’écrive rien, non, ce n’est pas cela. Sachez juste que quand je vais recommencer à y écrire, eh bien, ce sera pour ne plus m’arrêter d’écrire. Avant de partir pour la France, je vais apporter quelques changements ici. Pour tout dire, je suis lassé par ce thème, beaucoup trop « volumineux ». Je suis las d’avoir à mettre une photo à chaque fois. Pas que ce ne soit pas intéressant, mais alors je passe d’un travail d’écriture à un travail d’édition de photo, de mise en page qui n’est pas ce que je veux faire quand je poste un simple billet de blog. Je dois donc revoir ma façon de poster des billets pour retrouver en spontanéité. En un mot, j’ai passé le stade du « joli site » pour ne plus me vouloir me concentrer que sur le travail d’écriture proprement dit. Cela ne me dispensera pas de poster des photographies, mais ce sera alors ce que je voudrai faire, ce sera un choix. Je vais donc poster ce billet sans photographie, et je verrai ce que ça donne, si ce template « absorbe bien » de n’avoir que du texte.

Pour ce qui est des photographies, j’avoue que la disparition de iPhoto, toute souhaitable qu’elle fut, m’a privé de l’outil très simple qui me permettait de créer un album photo en quelques minutes pour l’uploader sur Flickr automatiquement afin d’éditer ces albums que vous pouvez visiter. Mais là encore, ces albums sont ils vraiment nécessaires? Beaucoup de ces photos, je les aie publiées telles qu’elles, sans retouche ni recadrage, et vous pouvez tout autant aller directement sur Flickr pour les regarder sans que je m’encombre ici de pages de blog avec album photo. Là encore, c’est un peu comme un stade qui a été franchi, celui du « site qui en jette ».

Il faut avouer que WordPress, la plateforme que j’utilise, est incroyablement souple et permet de développer des sites extrêmement facilement à l’aide de modèles que l’on achète (ou pas) et qui permettent une personnalisation plus ou moins poussée, et exactement comme avec Blogger autrefois, cette très grande simplicité permet de progressivement apprendre quelques commandes pour aller plus loin dans la personnalisation du site en bidouillant le « child » du template (que j’utilise ici, le child étant un clone du template que l’on peut corriger sans toucher au template original, fondamental si on veut éviter de faire des bêtises).

Mais je ne suis pas programmeur, je ne suis qu’un mec qui pense, qui cogite, et qui n’a pas la patience de passer les jours et les jours que nécessiterait une personnalisation poussée. Et puis, avec le temps, et bien que je trouve ce template très bien, il n’est pas fait pour moi, il est trop volumineux. J’ai trouvé finalement le moyen de me disperser en me rassemblant. C’est un progrès, rappelez-vous, à l’époque de Blogger, quand je collectionnais deux ou trois sites différents pour pouvoir ici mettre tel truc et là mettre tel autre truc. Ici, tout est rassemblé dans un même site, ce n’est plus du tout un blog, c’est un site à part entière et sur lequel j’ai passé des jours et des jours à construire les liens et les menus nécessaires à une bonne circulation. Mais dans quel but, exactement. Une simple indexation de chaque post en quelques mots clefs auraient tout aussi bien pu faire l’affaire.
On verra.

Vous savez, il y a une semaine, je discutais avec mon amie Tarika. Nous parlions de notre âge, de ce que nous avons manqué, des occasions qui ne se représenteront plus, de nos erreurs, et du temps qui a passé et du temps qui passe. Et soudain, c’est venu tout seul, comme une évidence, et je crois même avoir étonné Tarika en même temps que je m’étonnais moi-même. Ce que j’ai loupé, ce que j’ai manqué, c’est fini, et cela, je le sais. Et j’avoue que ces trois dernières années ont été certainement les années les plus pauvres de ces trente dernières années en terme de travail concret. Je n’ai rien fait, je n’ai quasiment plus écrit, et je me suis noyé dans les réseaux sociaux. Et alors que je lui disais que jamais nous ne retrouverions ces opportunités, je réalise en même temps que je lui parle que nous avons elle et moi une autoroute devant nous, non pas pour faire ce que nous n’avons pas fait, mais pour faire à partir de là où nous sommes, et sans cette contrainte d’un milieu social contraire qui nous rappellerait, parfois inconsciemment, que nous ne serions pas à notre place. Bref, que nous étions infiniment libre de nos vies, qu’il nous avait fallu tout ce temps, et que ce que nous n’avions pas fait n’avait été en réalité que la condition de notre émancipation, de notre affranchissement, de notre liberté de créer.

Cette pensée a été en moi tout au long de novembre, elle a émergée alors que je préparais cette campagne électorale dans laquelle je suis décidé à rentrer…

Je me prépare, je la repousse, cette candidature aux élections législatives à laquelle je me limite puisque personne, je dis bien personne, ne m’a réellement offert la moindre aide pour être éventuellement candidat à l’élections présidentielle. J’écris cela sans animosité, avec juste un peu de déception car je pensais quand même que quatre, cinq personnes répondraient présents. J’avais en cours de route renoncé à la primaire organisée par Laprimaire, parce qu’il n’y avait aucune clarté idéologique, tout simplement. Je me suis retrouvé bien seul, avec cette promesse faite d’être candidat. Je les vois tous se donner déjà Mélenchon, regarder Macron, loucher sur Hamon. La délégation de pouvoir à des spécialistes, déjà des « professionels ».

Comment a-t-on pu me croire assez naïf pour ne pas mesurer l’ampleur des barrières, à commencer par ces 500 signatures… Comment a-t-on pu attendre de moi d’avoir des solutions clé en main pour tout quand je me méfie comme d’une guigne des effets de manche à la Mélenchon dont la principale contradiction est de vouloir « rendre le pouvoir « au peuple » » avant de déclamer la liste à la Prévert de tout ce qu’il entend faire une fois élu président. Comme si le pouvoir se rendait… Sartre a réglé cette question dans Le diable et le Bon Dieu: on ne libère pas autrui, on se libère soi-même.

J’ai été déçu de ne trouver personne pour me suivre dans cette aventure. Nous aurions pu créer une communauté politique virtuelle, une sorte de minorites.org mais articulée comme un Parti sur le net, avançant un agenda dans le cadre très strict d’un projet présidentiel minimum (ça, je l’admets, c’était de mon ressort), permettant ainsi de ne pas s’écheveler inutilement sur cela, pour donner la priorité à ce qui compte vraiment: la définition d’un programme législatif. Pluraliste, à l’image de cette communauté politique. J’avais proposé cette aventure à des personnes de qualité, croyez-moi.

Mon but a toujours été la législative. La présidentielle, c’est ce qui donne le corps, la vision à 20 ou trente ans, surtout dans un monde où les idéologies et les partis qui ont structuré le 20ème siècle sont en crise ou bien n’existent plus. C’est cette démarche que j’appelle réinventer la France, partir de principes clairs et non d’un programme, exactement comme on écrit avant tout devant une feuille blanche, les idées claires mais prêt, aussi, pour un saut dans l’inconnu. Ce qui me sépare de cette gauche qui se donne à Mélenchon, c’est ma profonde pratique démocratique. J’aime animer, j’aime stimuler, je n’aime pas dominer, je n’attend pas qu’on se donne, j’aime qu’on construise.

Mon père me disait toujours de penser avant tout à moi, et de ne faire de la politique qu’après. Ma mère, elle, me disait que j’aurais tout le temps de m’amuser une fois que j’aurais construit quelque chose. L’un et l’autre connaissaient la dureté de ce qui m’attendait, je ne suis pas d’une fortune riche, ni même moyenne, ni même pas riche. Je suis d’une famille très pauvre. Ils savaient que j’étais le chanceux, le béni, celui qui est passé à travers les gouttes. Et que le moindre faux pas, je le paierais cher. Les petits bourgeois, surtout s’ils sont « blancs », peuvent toujours se relever, eux.

Je suis un artiste, et quand on est d’une famille pauvre, très pauvre, c’est presqu’inconcevable, non, vraiment, à moins de rencontrer les bonnes personnes, et surtout à condition de ne pas avoir été amoché en cour de route (je repense à Aicha, elle fuguait à partir de la sixième, son père la violait, il la frappait, et puis elle a fait le tapin, et puis elle a eu un enfant, et puis elle a eu le SIDA, peut être elle est morte, c’était dans les années 80, tout ça… Elle était jolie, Aicha, elle était gentille, aussi, je la revois, un jour, place de l’église, à Bondy (je suis de Bondy), elle avait son tailleur vert, elle m’a souri, on a bavardé après tant d’années, c’est la dernière fois que je l’ai vue, Aicha… Combien de mes camarades de classe, les pauvres, les arabes, les cambodgiens parachutés après l’exil, ont été balayés avant même d’être adultes?).

Moi, j’étais un sauvage, trop de blessures, je vous l’ai dit, et ces blessures, celles qui naissent d’un racisme vécu et refoulé, celles de la pauvreté, le décalage qu’à l’université je sentais entre ces enfants de petits bourgeois « blancs » et moi (comment pouvaient ils comprendre que pour ma mère, Purcell évoquait un chef d’orchestre et se prononçait Franck Pourcel? Que pouvait ils comprendre à ma scolarité quand dans mon école on me demandait de faire signer les documents par ma mère parce que « ton père ne sait pas lire »; eux, ils avaient des bibliothèques avec des livres, ils avaient lu Proust, ou Balzac, leurs parents lisaient Télérama…).

Mon parcours a été un parcours long, très long. C’est au Japon que j’ai finalement posé mes bagages. J’écrivais seul dans mon coin, sur ce blog, respirant enfin le calme d’une vie que j’étais parvenu à maîtriser, et je suis incroyablement fortuné car en chemin j’ai croisé Didier Lestrade, une de ces rares personnes que je regarde avec respect, et qui m’a fait confiance pour que je fasse ce que je voulais comme je le voulais. J’ai soudain mesuré mes possibilités. Toutes mes années de militantisme, de lectures, d’errance passée à se construire et à se reconstruire, la psychanalyse, Vivaldi, les dragues nocturnes, mon travail intérimaire à BNP Paribas, le VIH, tout a enfin trouvé sa place.

C’est alors que pour la première fois, il y a deux ans, j’ai finalement pensé « pourquoi pas moi ? ». C’est vrai, non? Devant moi, c’était pour la première fois le sentiment d’avoir une autoroute. De voir clair dans un avenir qui émerge à 50 ans. Histoire de vous suggérer que peut-être, vous aussi, nous tous, c’est une autoroute que nous avons devant nous.

Je n’ai jamais eu la grosse tête, jamais, je parle beaucoup, j’ai des idées très tranchées, mais je garde de mes origines et de mon parcours une totale incapacité à me mettre en avant si je ne suis pas entouré. C’est une forme de modestie que je cultive et qui fais de moi un réel démocrate, puisqu’il est question ici de politique. J’accepte la diversité des parcours, des opinions.

Ce que j’ai compris de cette année passée à me dire que je devais bien la commencer, cette campagne électorale, cela dépasse tout ce que je pourrais écrire dans ce billet. Mais j’ai compris que c’était un chemin, et que c’était un chemin que je devrais commencer seul, sans avoir peur ni du ridicule, ni des autres, ni du résultats. Et que finalement, cela réconcilierait l’artiste en moi, et le politique. Et que ce serait la première fois dans ma vie que je devrais construire ma route tout seul, et que c’était la solution.

Si je peux écrire cela aujourd’hui, c’est parce que j’ai écrit le (très long) texte sur lequel je commencerai ma campagne, et qu’enfin, pour la première fois, les idées se sont agencées avec logique, détachées de tout, de toute envie de plaire, de toute envie même d’être élu. À la relecture (les deux tiers sont publiables, le dernier tiers est encore un peu confus, je n’ai personne pour me relire, personne pour discuter ce que j’écris puisque personne ne s’est proposé – j’avoue, j’ai jalousé Macron relu par sa femme dans la jolie maison achetée avec l’argent de Rothschild; et puis les effets de manche de Mélenchon m’ont semblé très pauvres pour quelqu’un qui vit confortablement sa vie d’apparatchik sénateur, ministre et député européen depuis quarante ans…), j’ai été surpris que ce soit venu ainsi, comme vous le lirez prochainement. Je suis parvenu à ce que je cherchais politiquement depuis, disons, une quinzaine d’années, et même bien plus en réalité. Pour ceux qui me suivent, disons… non, vous verrez, et ma réelle référence, je la garde pour moi, vous ne comprendriez pas.

Écrire, c’est un acte de création, et je ne vois pas en quoi la politique ne serait pas une forme de l’art. C’est aussi cela, s’inscrire dans son temps, et nos hommes politiques sont d’incroyables dinosaures surgis du passé.

Je me suis filmé aussi, durant des jours, et j’y ai pris goût. J’ai décidé de la façon dont je commencerai cette campagne et, pour tout dire, je me suis surpris à me faire rire. Il faut être timbré pour faire ce que je me prépare à faire, surtout sans personne. Mais après tout, le musicien, le danseur, le peintre, l’écrivain, tous ont la même boule dans le ventre, la même peur. Je me suis fait rire car je suis parvenu à faire quelque chose d’impossible, quelque chose qui ne se fait pas, en politique. Ça m’a pris des jours et des jours pour parvenir à un résultat qui soit moi, tel que je suis, comme je peux parvenir avec l’écriture. Libre. Vous allez voir, je suis assez different en dedans et en dehors, c’est aussi cela, la sincérité, ce contrat à la base même de ce blog. La boucle se boucle tranquillement.

J’ai mis des années et des années à faire que le flux se déroule avec naturel, non pas le flux de l’écriture, mais bel et bien le flux de la pensée. Et c’était exactement cela, cette conversation avec Tarika. J’ai une autoroute devant moi, tout comme elle. Des possibilités infinies, et ce n’est pas de la démagogie, c’est juste le sens que je donne à mon avenir.

J’aime revenir sur ce blog, pour tout vous dire, et ça me manquait. Il y a tellement de choses, petites et grandes à raconter. Ce matin, je me suis fait arracher une dent de sagesse, ça s’est très bien passé, et à la pharmacie où je suis allé acheter mes médicaments, je suis tombé sur une pharmacienne ayant habité trois ans en France il y a très longtemps, ça a illuminé ma fin de matinée tout comme je pense avoir illuminé sa journée. C’était très agréable.

Le week end dernier, Jun et moi avons visité Kamakura, les feuillages d’automne étaient absolument magnifiques, nous avons vraiment beaucoup marché, c’était la dernière grande promenade de l’année. Éventuellement, dimanche, nous irons nous promener à Sankeien mais je ne sais pas trop encore, une dent de sagesse, peut être je dois me reposer. Bientôt, je serai à Paris…

Il y a deux jours, en y pensant, j’ai profondément souhaité revenir vivre à Paris. Mais comme je vous ai dit, être au chômage et vivre sous les ponts, puisque c’est la seule perspective, non. Je préfère continuer mon chemin. Nous reviendrons tous à Paris, mais il y a un prix pour cela. Paris ne s’achète ni ne se prend. Paris de mérite.

Allez, je m’arrête ici. Comme vous le voyez, ce blog est toujours là.

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