Tourisme et développement

Savez-vous que la seule activité de « Duty free » à Dubaï a rapporté 1,7 milliards de dollars en 2012, et que désormais les activités liées au ciel et au tourisme y représentent plus de 30% de l’activité économique?

Article publié sur Al Huffington Post Algérie. On parle beaucoup du développement du tourisme en Algérie, et s’il est bien un domaine qui mérite une vision à long terme.

Je vous le dis, vue du Japon, l’image de l’Algérie est déplorable. Aucun de mes étudiants ne voudrait y mettre les pieds. Violence, saleté, terrorisme. Le Maroc les inspire, Dubaï commence à les fasciner.

Ce que les clans qui s’accrochent au pouvoir ainsi que leurs sous-produits n’ont pas compris du haut de leur inculture, c’est que le tourisme est une des activités économique les plus concurrentielle et que son développement ne se décrète pas en construisant trois hôtels par-ci par-là.

En 2005, le premier ministre japonais Koizumi avait fixé l’objectif de passer de 5 à 10 millions de touristes par an à l’horizon 2010. Malgré des infrastructures irréprochables, une image du pays extrêmement favorable dans le monde ainsi qu’un patrimoine riche et accessible sur tout son territoire, ce chiffre n’a finalement été atteint que l’an dernier, ce qui démontre à quel point la tâche n’est pas aisée.

De par certaines ambitions héritées de l’époque de la lutte de libération, l’Algérie devrait avoir l’ambition d’un tourisme de découverte et de culture, comme la Turquie ou le Japon.

La valorisation (restauration) et l’accès (routes, chemins de fer) aux sites historiques et naturels devrait donc devenir une priorité nationale dont le coût, important à court terme, serait couvert par les retombées économiques à long terme. Il faudrait également veiller à leur classement sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. La rénovation de la Casbah d’Alger devrait être prioritaire en raison de son importance architecturale mais aussi pour la place particulière qu’elle a tenu durant la guerre de libération.

Nous pourrions également nous inspirer de la politique de « patrimoine culturel vivant » développé par le Japon pour sauver et remettre en valeur les savoir faire, de la musique savante à la musique populaire, de l’architecture traditionnelle et des différents artisanats.

Voilà pour le rôle de l’état. À noter que les premiers bénéficiaires de cette politique seraient les algériens eux-mêmes, en termes d’emplois comme en termes culturels.

Parallèlement, une réelle libéralisation du secteur du tourisme et notamment de la construction d’infrastructures hôtelières permettraient d’accompagner le développement de ce secteur. Une libéralisation, certes, mais qui devrait être supervisée et régulée par une Agence Algérienne du Tourisme, indépendante, dotée de pouvoirs étendus, notamment judiciaires, afin de veiller à la qualité des projets et à la promotion du tourisme en Algérie et dans le monde. Une loi de protection du littoral et des parcs naturels limiterait les excès tout en faisant du tourisme en Algérie un tourisme d’excellence.

Cette stratégie posée, il faut poser la question d’Air Algérie, certainement l’un des plus grands gâchis des 30 dernières années.

Car voilà une compagnie dont le professionnalisme des pilotes est reconnu au delà des frontières, qui aurait pu, qui aurait du devenir un acteur majeur du secteur aérien et qui, par l’incurie des équipes dirigeantes, traîne aujourd’hui une image déplorable qui n’a d’égal que l’image lamentable du pays.

Quel touriste, honnêtement, voudrait voyager avec Air Algérie?

Or, de nos jours, l’image que donne une compagnie aérienne est un élément central de l’attractivité d’un pays. Du Golfe à l’Asie, on a bien compris que pour attirer les touristes, la guerre commence dans le ciel.

Pour poser la question d’une ambition dans le secteur aérien comme clé du développement touristique, il faut avant tout regarder une carte, pour décider de la façon dont on le développera.

Pour le tourisme et les affaires en Algérie, ou comme une activité économique à part entière? Regardons l’Algérie comme un carrefour. Au nord la Méditerranée, puis l’Europe et la Turquie… Au sud le Sahara, puis tout le continent africain… Plus loin à l’est, les pays du Golfe et l’Asie, et vers l’ouest, l’Amérique latine… Très peu de pays possèdent et les ressources, et la place pour développer un hub. En Méditerranée, la Turquie est dores et déjà engagée dans cette voie.

Savez-vous que la seule activité de « Duty free » à Dubaï a rapporté 1,7 milliards de dollars en 2012, et que désormais les activités liées au ciel et au tourisme y représentent plus de 30% de l’activité économique? Dubaï est parvenu à ce résultat en développant sa stratégie de hub, transportant les passagers du monde entier d’une destination à une autre en les faisant transiter par son aéroport, en multipliant au passage les opportunités de visiter la ville.

En Algérie, un tel projet, mené dans le cadre d’une vision de développement à très long terme aurait un impact majeur. C’est, au passage, une opportunité que le Japon n’a pas su saisir, et que Séoul et Singapour ont su, elles, saisir.

Alors, pourquoi pas un tel hub près de la future ville nouvelle de Boughzoul, relié à Oran et Alger par ligne ferroviaire à très grande vitesse?

Se doter d’un aéroport international conçu depuis le départ comme un hub veut dire que le site doit être pensé pour pouvoir accompagner le développement du trafic aérien, et donc qu’un terminal doit être spécifiquement conçu pour Air Algérie. Et donc qu’il faut totalement repenser la compagnie nationale en en faisant la clé du développement du tourisme, car dans l’incroyable compétition internationale que les destinations touristiques se livrent, la compagnie aérienne joue un rôle central, elle façonne l’image même du pays. Costume des hôtesses de Singapour Airlines, salle de bain des A380 Emirates…

La question de la flotte devrait donc être abordée sur le long terme, tout en changeant, à très court terme, et l’accueil, et la qualité du service de bord.

L’Algérie regorge des talents et de la jeunesse nécessaires pour trouver ce quelque chose en plus qui permettrait à Air Algérie de se différencier. Des hôtesses en hayekaccueillant les passagers (mais qui bien sûr le retireraient en bord), des stewarts portant le serouel

Dotée d’une compagnie aérienne de dimension internationale, d’infrastructures hôtelières et de sites culturels valorisés et protégés se développant aux côtés d’un artisanat encouragé dans le cadre d’une politique du patrimoine, l’Algérie serait à même, sur une période d’une génération, d’avoir créé un secteur économique riche, dynamique, l’ouvrant au monde et valorisant sa propre culture en bénéficiant avant tout à sa propre population.

Avec 200 milliards de dollars de réserves qui dorment, une dette publique inférieure à 10% et un sous-sol encore riche, il serait aberrant de ne pas investir massivement dans ce type de projet à long terme.

Un secteur où, comme tant d’autres, le verrouillage du pays gâche le présent en sacrifiant l’avenir.

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