Time to let it grow

J’ai semé une double candidature cet hiver. Il est temps, désormais, de la laisser produire ses premières fleurs et sortir ses premières pousses… 

Le printemps est une fleur qu’il faut savoir regarder croître et fleurir, un instant fugace et fragile dont il faut savoir profiter, la jeunesse de la nature sans cesse renouvelée. Cette année plus qu’aucune autre, je ne sais pas pourquoi, je le sens en moi avec une force rare, c’est peut être cela, avoir cinquante ans.

Durant un mois, j’ai souffert du rhume des foins, ces pollens des cèdres qui ont été plantés à la va-vite après la guerre pour reboiser les forêts ravagées pour les besoins de la reconstruction du pays, dévasté. J’observais les boutons, les bourgeons et les fleurs avec une certaine impatience mais aussi avec cet inconfort dû à l’allergie, et puis il y a 2 semaines, j’ai été terriblement malade, je ne pouvais plus respirer tellement le nez était congestionné. Quelques jours plus tard, l’allergie était partie. Je continue parfois à porter le masque, une précaution plus qu’une nécessité. Parfois, je l’oublie, je sens l’inconfort dans le métro mais cela n’a rien de comparable.

Débarrassé de cette sensation, le printemps n’en est que plus lumineux et agréable. Je le sens qui irrigue l’énergie en moi. Le matin, je me lève plus fort, je n’ai plus ce corps lourd de l’hiver, je me sens plus entreprenant, plus décidé.

Cette année est une bonne année, je le sais, je le sens.
Les cerisiers sont en fleur absolument partout depuis la fin de la semaine dernière, et dans une semaine, sous la lumière vive du soleil, tout sera vert de nouveau pour quelques mois fugaces dont il faudra savoir profiter.

Des fois, une tristesse profonde me saisit à la vue du spectacle de ces fleurs, de ces nuages orangés au couchant, de ces feuilles dans un arbre ou quelqu’oiseau chante et picore ce qu’il y trouve au dedans des fleurs dont je me contente de sentir l’odeur, prunier, magnolia, de ces enfants qui jouent insouciants dans la ville, de l’infini de l’océan et du bruit de ses vagues, de ce vent qui me caresse.

Sentiment de l’absurdité de tout ceci, de nos villes, de nos voitures, de ce que nous appelons le bonheur, la belle vie, le confort quand tout autours de nous dans la nature s’offre dans sa puissante beauté gratuite. Nous oublions que nous ne sommes rien, que notre passage ici ne dure que le temps d’un battement de cils, mais c’est plus fort que nous, pour dire j’existe, nous avons besoin de faire de cette éternité individuelle une éternité absolue pour laquelle nous seront prêts à tout, jusqu’à la guerre, jusqu’au meurtre, afin de construire, de bâtir et de fabriquer plus de choses qui, l’espace d’un instant, calmeront cette horloge biologique profondément ancrée dans notre cerveau, cette conscience du réelle qui nous rappelle, comme le jeu des saisons chaque année renouvelé, que nous sommes mortels, que nous mourrons, que nous ne seront plus rien, que tout cela aura été vain, inutile.

Le printemps, c’est cette chance qu’a la nature de continuer avant nous, pendant nous et après nous, de se réinventer, c’est une invitation à la modestie, au sourire gratuit, à l’entr’aide, à l’amour, à la gentillesse, pour que ce geste, ce sourire, cette main s’inscrive dans l’éternité de l’autre en d’autres gestes et d’autres sourire, c’est comprendre qu’il n’y a pas d’universel mais simplement une humanité, que cette humanité ne repose pas sur les fondements d’une morale, mais sur notre simple existence, et qu’en reconnaitre l’unicité, c’est se tourner vers l’autre comme une continuation de soi.

J’aime le printemps, et cette année plus encore je le goute pour ce qu’il est, pour ce qu’il offre, et je m’amuse d’y voir cette petite créature appelée « humain », et dont je fais partie, tenter d’y puiser quelque distraction simple, loin des choses qui habituellement l’en distraient.

Puissions nous mesurer notre chance, notre chance infinie, de pouvoir admirer les fleurs de cerisiers afin d’en dédier la couleur, les différentes formes et l’éclat éphémères à d’autres petites créatures qui cette année encore seront privées de ces bonheurs fugaces qui font la vie, en Palestine occupée, en Syrie et en Iraq ravagées, au Tibet dominé, en Afrique sub-saharienne où des puissances poussent leurs pions laissant derrière elles des milliers de morts chaque mois, et jusque dans ces mornes quartiers de relégation sociale ou règnent le chômage et l’ennui en bordure de nos grandes villes de France.

Du Japon et du séisme de 2011, je garde tout au fond de moi la conscience que tout peut s’arrêter, s’écrouler, disparaître, en m’emportant moi-même, que ce soit la force de cette nature pourtant parfois si généreuse et belle, que ce soit la guerre, que ce soit la folie pure (comment penser l’avenir du monde après Hiroshima et Auschwitz et la conscience de ce que furent l’esclavage et les massacre des Amériques) ou plus communément la dévastation économique, celle, précisément, qui alimente notre soif de choses. Tout, dans notre quotidien, n’est que répit. Le jour où on le comprend, vraiment, au fond, le coeur se fait un peu plus triste, mais il se fait aussi plus léger car le présent prend toute sa force. Il n’y a alors plus ni passé, ni avenir, seulement un présent révolu, maillage délicat de souvenirs bons ou mauvais, et devant moi le présent à venir sans cesse recommencé, ouvert, toujours ouvert.

Et toutes les possibilités, à l’image de cette force de la nature au printemps, de tout recommencer, de se réinventer pour faire un peu mieux.

Alors que timidement je tourne autours de ces deux candidatures avec le sentiment de devoir le faire, parce que si pas moi, ben qui?, que cette idée m’est venue en 2012 et qu’elle a mûri depuis, que mes idées sont au clair, produite par tant et tant d’années de politique, je respire l’air de ce printemps en sachant qu’il y aura un été, et puis viendra l’automne, et qu’il faudra traverser encore l’hiver, et qu’en disant ceci je ne parle pas que des saisons, mais bel et bien de politique.

C’est assez facile pour moi de produire un programme. Ce programme est prêt depuis des années, il repose sur une logique et une conviction profonde. C’est plus difficile de créer la temporalité collective, et c’est encore plus difficile de tenir une course qui s’annonce longue. Je n’ai ni la fortune, ni la situation professionnelle, ni une localisation facile…

J’ai semé une double candidature cet hiver. Il est temps, désormais, de la laisser produire ses premières fleurs et sortir ses premières pousses…

De Tokyo,

Madjid

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