Sans titre, en photos

Vous l’aurez constate, je ne suis pas tres assidu sur ce blog ce mois-ci. J’ai perdu le gout a tout, je n’ai le gout a rien. je deprime. Je me sens vain, seul. Un gros passage a vide, quoi.
D’ailleurs, vendredi, essayant d’écrire un peu, j’ai commis ces quelques lignes.
(début) « Vendredi 24 juin 2011
Il fait chaud. 31 degré à l’ombre, peut être plus. Soleil qui tape, qui me rappelle que le soleil, ici, tape comme en Algérie. Je n’ai pas encore utilisé l’air conditionné, comme beaucoup de monde : partout, c’est « économies ». Avant goût du monde de dans 20 ans. Je me dis qu’on est condamné à être vraiment la génération la plus malheureuse de toute l’humanité. Pas parce que notre malheur sera plus grand, mais parce que dans notre enfance notre futur était plus brillant. Nous visiterions les galaxies lointaines, mangerions des gélules qui nous permettraient de toujours être en bonne santé, nous ferions des tours du monde en Boeing jet et en Concorde supersonique, New York à trois heures, tu te rends compte. Nous nous habillerions au travail en combinaisons plastiques dessinées par Courrèges et le week end nous revêtirions des tenues métal d’inspiration romaine. C’était l’avenir quand j’étais enfant. Au Japon, ça l’appelle l’Expo Osaka 70. Conservateurs dans l’âme, les Japonais essaient de ranimer leur économie exsangue bien avant le séisme à coup de publicités revivalisant les tenues Courrèges et les coupes de cheveux années 60. Même moi, nostalgique des paradis futurs de mon enfance, je ne suis pas dupe, et plus j’en vois, de ces publicités, plus je me dis que la faillite du Japon est proche. Comment faire face aux problèmes en regardant vers le passé ? Toujours est il que moi, par moments, je regarde sur YouTube des vidéos d’il y a longtemps, quand l’histoire avait encore un sens, à l’époque du « futur ». Je ressens un vague répit. Et puis le monde revient. C’est plus fort que moi, tiens, c’est de la faute à Claude Gauvard, mais rien de penser aux vingt prochaines années, il me vient parfois de furieuses envies de pleurer. J’ai beau me dire que les survivants réinventeront le futur et qu’ils auront peut être même compris des choses que nous ne voulons pas comprendre. Mais bon, il faut l’avouer, tout ce qui nous entoure : dans la forme où nous le connaissons, c’est cuit. »
(fin de citation)
J’ai ecrit deux articles pour Minorites, meme cela me semble terriblement vain, inutile. J’ai realise que je suis tombe assez bas dans la deprime, et que je ne peux pas entierement incriminer mon traitement. Je suis moi-meme totalement responsable. Je travaille, certes, et meme je travaille bien, mais cela ne me suffit pas. Je cherche autre chose, et tant que je ne l’aurai pas trouve, rien n’y fera. J’ai beau me dire que l’ecriture est certainement une clef, une piste serieuse, plus j’y pense, plus je trouve l’exercice inutile, vain. Mon roman est en vrac, a l’abandon. J’avais envoye une moitie a deux amis qui ne m’ont fait aucun retour. Je n’y avais pas prete plus d’attention mais je m’apercois desormais que cette absence de moindre retour est ravageuse. Peut-etre n’ont ils pas aime, peut etre n’est ce pas interessant, peut etre est-ce mal ecrit ? Peut etre, et ce serait pire, pensent t’ils que l’utilisation de la premiere personne traduit elle quelque confession, puisque j’utilise le mode souvenir, alors que ce n’est ni mon but, ni encore moins la verite. Je recompose mes souvenirs, j’y incorpore des visages et des personnes que j’ai vu mais que je n’ai pas connu, des situations que j’aurais pu vivre avec celles que j’ai vecu, tout cela dans des lieux que j’ai connu. Ou que j’aurais pu connaitre. Je n’en veux à personne, et surtout pas à mes amis. Je sais qu’ils sont très pris, et puis peut etre ce n’est pas facile de dire ce que l’on pense d’un travail en cours de réalisation. Toujours est-il que j’ai donc décidé de ne pas envoyer la suite car je me suis aperçu qu’attendre un retour qui ne venait pas instillait du doute dans mon écriture. Et je suis quelqu’un qui doute énormément de lui.
Je veux enfermer le monde dans l’ecriture. Oui, je sais, c’est trop ambitieux, c’est un pecher d’orgueil. Et alors ? Pour ecrire, faudrait-il que je me contente de pondre des lignes ? Mon blog me suffit largement pour cela. Mais un roman, ce ne sont pas des lignes, ce sont des mots. Et comme le disent les vieux sages Juifs et les Marabouts de mes montagnes, les mots sont source de vie. Quand Dieu a cree la terre, la premiere chose que Dieu a faite est lui donner un nom. Sans les mots, il n’y a pas de vie. Et un roman est une source de vie. On a celebre la « mort du roman », le « depassement du roman », mais il est impossible de « tuer » le roman. Il faut juste lui rendre ses ambitions, qui est partir de soi et recreer un universel, un « media » comme nous disons maintenant, qui fasse echo dans la vie du lecteur. Ma rencontre avec Balzac fut de cet ordre la. La pere Goriot ne commence pas pas une histoire, mais par la poussiere sur la chaussee dans le quartier de la Sorbonne et du Pantheon.
Et si je n’en ai pas la capacité, tant pis. Cela ne change rien à mon intuition, à mon désir. Je garderai pour moi, comme des rêves que l’on fait, et qui vous imprègnent et ne vous quittent moi. Dans mon cas, ce sont des fantômes.
Mon roman est donc en plan. Une partie dans la tete. Le dernier chapitre ecrit car je devais l’ecrire, mais entierement a reecrire, pour y enfermer le monde, justement, et l’elever jusqu’a l’abomination, puisque c’est ce a quoi il tend. Mais il est ecrit. Reecrire est une question de travail : le citron est, lui, pressé.
Quelqu’un m’a propose de me relire, mais le problème est qu’il m’est très difficile de montrer ce que j’ai dors et déjà écrit à cette personne, non seulement parce que ce « relecteur » me fait trop d’honneurs, mais aussi pour une raison évidente qu’il comprendra plus tard… Deuxième relecteur, peut être surmonterai-je ma timidité maladive. Quand j’ai commencé à écrire ce blog, ça a été un peu pareil, mais c’était tout de même un peu plus simple car je ne demandais pas l’avis de mes lecteurs ni de mes amis. Personne ne peut réécrire la vie que qui que ce soit. Mais un roman, fichtre, quelle ambition, quel orgueil. Moi, romancier, tu parles. Collectionneur de mots, bavard. Vide, je vous dis, je me sens vain, inutile, seul. Alors un roman, je t’en foutrais, moi, du roman.
J’ai écrit un long article où je règle ses comptes au Parti Socialiste. Un documentaire où on voit tous les affreux se choisir la Aubry comme meneuse m’a confirmé dans ce que j’ai écrit. Mais ce n’est pas important, l’article n’a visiblement intéressé personne. Je vous dis, je sers a rien. J’habite au Tôkyô, ma vie confine au néant. Vous me direz, la vie de tout le monde, confine au néant, mais la mienne ne possède même pas l’emballage pour faire joli, le truc qui jette, je ne sais pas moi, tiens, j’écris un roman, un truc comme ça. Mes étudiants mangent des légumes de Ibaraki totalement sûrs, comme nous le répètent les médias, et j’habite dans un quartier où le niveau de radiation au sol mesuré par des volontaires n’est pas supérieur à la normale, quelle chance! Je les inviterais bien chez moi, les volontaires, je suis qûr qu’il y en a eu partout, de ces saloperies…
Je suis dans le métro. Ma voisine porte un chapeau qui lui cache les visage et les cheveux, et un masque. Elle a un collant qui lui couvre les jambes. En France, on dénoncerait la prégnance de l’idéologie islamiste, mais ici, c’est juste une des nombreuses japonaises lisant les journaux où on lui dit que « les Japonais ne supportent pas le soleil », que « les occidentaux ont une meilleurs résistance » et que les « UV donnent le cancer ». Une Japonaise qui n’a pas les moyens de s’acheter une de ces crèmes hors de prix destinées à blanchir la peau, comme pour les africaines. Ça lui donne, avec cette espèce de robe patate « mori » bleu sans forme, une allure de paysanne, comme ma tante Simone, par exemple, quand elle allait traire les vaches en été…

On n’est pas fin juin que déjà la saison des pluies touche à sa fin à Kyushu, l’île au sud de Honshu, l’île principale. Un peu précoce. Il n’y a pas eu de printemps proprement dit cette année, nous entrons de plein pied dans l’été. La semaine dernière, nous avons connu nos premières températures d’été les plus hautes de l’année : 39° à Saitama, et 34° à Tôkyô. Comme toujours durant la saison des pluies, nous alternons jours de beau temps et jours gris, mais même les jours de pluie ne décrochent pas des 26° ou 27°. Cette année s’annonce très chaude. J’ai donc attrapé mon premier rhume d’été 夏風邪, une toux super sèche, avec des quintes interminables qui vous font douter de l’efficacité de votre trithérapie. Mais pas de fièvre réelle (hier, je suis « monté » à 37,6° en soirée après un série de longues quintes). Aujourd’hui, ça va mieux, ça ressemble à une fin de rhume, avec des poumons fatigués et la gorge encore irritée. Plus de fièvre. La raison est simple. Il faisait très chaud jeudi, j’étais en retard, j’ai couru. Le train, lui était glacé. Mieux, il était plein, j’ai donc voyagé debout, juste sous une soufflerie. J’ai senti ma peau devenir glacée… Rhume garanti. Il y a toute une panoplie de médicaments contre ces rhumes d’été. Enfin, tant que ça ne tourne pas à la pneumonie…
Comme vous pouvez le voir sur ces deux albums de photos pris il y a 8 jours et le week end dernier, je continue de faire de belles promenades avec Jun. Ma douleur musculaire au pied gauche est persistante, mais je pratique des séries d’exercices qui la rendent pour le moins gérable. Dimanche, nous avons ainsi marché de une heure de l’après-midi à six heures passées.
Voilà. Ça faisait longtemps, me revoici parmi vous. Excusez moi pour l’orthographe. J’ai écrit une partie à la maison sur l’ordinateur pour glisser les inserts photo, clavier anglais, une autre sur mon iPad dans le métro.
Dehors, un soleil magnifique.
De Tôkyô,
Madjid

4 Comments

  • Il m'est aussi arrivé de demander l'avis de mes amis sur mes écrits. Je n'ai jamais eu de retour. Il me semble que l'écriture met en jeu une certaine pudeur. Difficile de dépasser celle-ci pour répondre à l'auteur.

  • Bonjour Madjid
    eh bien ça va pas fort le moral… oui la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ! cette formule est un peu simplette mais elle est vraie. Je ne vous connais que par ce blog et vous ne me connaissez pas mais j'aimerais vous persuader que votre existence n'est pas inutile, que vous avez votre place dans ce monde imparfait et que tout n'est pas foutu ! il y a une bonne étoile quelque part pour vous, accrochez-vous pendant ce passage à vide. C'est vrai, parfois les amis sont absents ou loin, mais il y a autour de vous des gens qui vous veulent du bien. Alors soyez bienveillant avec vous-même. Désolée pour le ton un peu niais de ce message, j'aimerais vraiment vous remonter le moral.
    Courage ! de tout coeur

  • Merci Chris et Yukiguni pour vos messages! La saison des pluies est épuisante, et comme le dit mon amie Irene, quelque chose s'est cassé avec le tremblement de terre qu'on essaie de réparer comme on peut. Mais par petites touches, peut être finira t'on recréer quelque chose d'autre…

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