Sagesse

Kamakura, Hase Dera. Sigma DP1, Lightroom.
J’aime les bouddhas de pierre qui bordent les cimetières dont ils protègent les morts. Les Jizô (地蔵様), puisqu’il s’agit d’eux en général, avec leur face sereine et, très souvent, leur bavette rouge, gardiens des âmes et enfants morts et protecteurs des vivants. Il y en a de petits, de plus grands. Comme je prévois de totalement revoir mes stockages, je pense de plus en plus réaliser des albums thématiques dont un, par exemple, pourrait être mes bouddhas et, parmi eux, les Jizô. Bien sûr, rien ne vaut Kannon, le belle (on ne sait pas vraiment si c’est un homme ou une femme, mais la divinité qui a inspiré Kannon, d’origine indienne, est d’essence féminine. Kannon, avec ses bras nombreux, parfois jusque 1000, tous munis d’outils et d’instruments destinés à aider les malheureuses âmes égarées pour les guider dans la voie du Bouddha. Kannon, qui a renoncé à devenir un Bouddha elle même par amour des humains qu’elle s’emploie à aider jusqu’au dernier. Kannon, avec ses 12 têtes qui trompent les démons, tous les démons. Kannon qui, malgré cette force incroyable offre toujours aux humains son visage rassurant. Kannon (観音様), reine en Shikoku et aux deux temples Hase (長谷寺), celui de Nara (奈良) et celui de Kamakura (鎌倉). Et puis des statues d’Amida, cette sorte de Jésus du Grand Véhicule de bouddhisme, celui vous a prié pour vous bien avant votre naissance et vous assure d’une renaissance en son Paradis de l’Ouest, la Terre Pure (浄土). C’est Amida (阿弥陀), le grand Bouddha de Nara. Que l’on prononce trois fois namuamidabutsu (南無阿弥陀仏), du fond du coeur, et on sera alors transporté après cette vie dans son royaume où, entouré des Saints, des Bouddhas, du son de la flûte, du Biwa et du tambourin…
J’aime les religions. Pas les institutions, mais les histoires qu’elles racontent. La Torah est un des livres les plus passionnant que j’ai lu. Les Évangiles narrent une histoire qui se déroule comme un drame Hollywoodien dont le héros, avant de partir, vous prépare pour le « 2 » en vous disant qu’il reviendra. Je n’ai lu que partiellement le Coran, et je me demande parfois s’il ne vaudrait pas mieux, quitte à lire une traduction, lire une de celle réalisée au 18e siècle : au moins ils savaient écrire le français, les Jésuites, et ils avaient de la culture. La traduction des Milles et une nuit, de Galland, est magnifique. Toutes les autres sont à chier. La seule traduction potable est celle de Chouraqui, critiquée par beacoup car Chouraqui est Juif, une traduction honnête, avec une volonté de restituer son caractère poétique qui est plus louable : elle est essentielle et manque à toutes les autres traductions. On chantait le Coran. J’ai souvent entendu mon père, lire en silence, et puis petit à petit commencer à chanter, se laisser bercer par une rythmique intérieure qui le libérait du chômage et de la leucémie. C’est certainement l’aspect de sa pratique qui m’intriguait le plus. Des chansons répétées à l’identique depuis 1400 ans et dont je recevais l’écho lointain à la maison sans même mesurer à quel point j’étais privilégié. Il pouvait le réciter en entier, du début à la fin. Me voyant évoluer comme j’évoluais – j’ai refusé de prendre la nationalité Algérienne, je ne crois pas en Dieu -, il ne se résignait pas. Je sais qu’il fit des jours de jeûnes pour moi. Une Foi profonde et modeste à la fois. Le fait que je me sois intéressé au Bouddhisme l’avait rassuré. Il avait même trouvé un passage évoquant le Bouddha historique dans la Coran. Je pris pour lui quand je vais dans certains Temples
J’aime les religions, car elles racontent l’histoire des hommes. Je les déteste quand elles s’institutionnalisent. Et puis, quand les gens les prennent trop au sérieux, elles deviennent un truc imbuvable, desséché, inhumain et invivable.
La polémique autours de Laurence Ferrari m’a fait rire. Le mari d’Arielle Domballe se choisi toujours des ennemis à sa porté. On le sait, pourtant, depuis Poivre d’Arvor et l’interview de Saddam Hussein, ou celle, truquée, de Fidèle Castro, que TF1 n’en manque pas une. J’en ai vu 2 minutes, et qu’elle soit voilée ne m’a pas choqué : c’est comme ça, en Iran. Et puis il n’avait pas besoin de sortir un mensonge aussi gros au sujet de la condition des femmes en Iran : elles ont le droit de sortir, elles étudient et vont à l’Université. Il faudra lui dire que cette condition radicale, c’est chez les Arabes du désert.
Je viens d’effacer un grand truc sur le Proche-Orient. Je n’ai pas envie de poster sur ce sujet, parce que j’en ai assez du temps médiatique. Ce que j’en pense vraiment se synthétise en des questions : quand condamnera t’on les vrais responsables de l’assassinat d’Itzrak Rabbin, dont l’un est (comme le disait l’épouse de Itzrak Rabbin) l’actuel premier Ministre d’Israël ? Quand donc désignerons nous enfin de Sharon pour ce qu’il fut, le véritable propulseur du Hamas, l’homme qui a humilié Arafat ? Comment pourrons-nous nous rapprocher des Séfarades, étant persuadé que de la relation des Musulmans maghrébins et des Séfarades dépend une réelle évolution au Proche-Orient ?
Je m’appelle Madjid. Normalement, c’est Adbel Madjid, mais ma mère ne voulait pas d’Abdel. Je suis donc, par la grâce de ma mère, Le Magnanime, mais n’en être qu’un des serviteurs me suffit amplement. Parfois, je m’imagine, vieux, vivant dans le Sud Algérien, perché sur une montagne, loin du monde sur lequel même les mots n’ont plus de pouvoir tant les passions des hommes, excitées par les images, ont pris le dessus. C’est beau, le Sud. La terre est ocre, et les hommes sont fiers. Y contempler la Grâce du Créateur dans la première lumière du jour (il y a une Sourate très courte, dans le Coran, qui dit cela, et elle est gravée dans un coin de mon cerveau, elle se rappelle à moi parfois, et je ne peux m’empêcher d’être reconnaissant). Sagesse.
Dehors le temps s’est couvert. Depuis quelques jours, nous avons un nouveau premier ministre, et aujourd’hui, le ministre Kamei, en charge du secteur financier, vient de démissionner. Ce qui est la meilleure nouvelle que j’aie entendu depuis longtemps, c’était un vrai crétin, de droite et interventionniste.
Le tsuyu commence ce week end… C’est comme ça… Sagesse.
De Tôkyô,
Madjid

2 Comments

  • Tiens, pour une fois j'ai un commentaire pertinent à faire, et en tous points lié au sujet.

    J'aime aussi les religions. Principalement la manière dont elles ont pu façonner autant qu'elles se sont nourries des régles d'une société, culture, écosystème. En ça, oui, il y a des histoires et aussi de l'Histoire riches d'enseignements.

    J'ai eu l'occasion de participer à Ojizo-bon, la fête de Ojizo-san fin août, dans le Kansaï. C'est une manifestation qui, au delà du contexte « marchand », reflète pour moi la vigueur des traditions issues du religieux au Japon, dans les classes populaires.
    En fin de journée, j'ai été invité à réciter des « sutras » avec quelques vieux voisins. Une chance pour moi : le texte, à l'occasion de cette fête pour enfants, était en hiraganas.

    C'est fort de cette expérience que je considère que les mots « prière », « croyance », « Dieu(x) », voire même « religion(s) » sont éminemment casse-gueule lorsqu'il s'agit de parler du Japon, tant ces termes sont chargés d'un sens, en Français, à une distance certaine de leur pendant japonais.

    J'ai du mal à appréhender finement la nature de la ferveur qui entoure cette divinité Bouddhiste autant que Kami Shinto, qu'est Ojizo-sama. J'ai bien conscience que, pour la majorité des Japonais, Jizo, avec sa bonne bouille et son lien à l'enfance, doit être une sorte de « Anpanman » de pierre. Mais au delà de ça, j'ai aussi l'intuition d'une relation sincère d'une partie (peut-être seulement la plus vieille) de la population.

    Merci d'avance pour les clés et réflexions que tu sauras partager avec tes fidèles lecteurs !!!

  • « J’ai bien conscience que, pour la majorité des Japonais, Jizo, avec sa bonne bouille et son lien à l’enfance, doit être une sorte de « Anpanman » de pierre.  » Oui, il y a de ca… La bonne bouille fait beaucoup. Et puis des fois, quand meme, il y a un truc qui vient du fond du coeur. Regarder les religions, quelles qu'elles soient, c'est regarder la souffrance et les espoirs des hommes. C'est peut-etre ce que j'aime dans la Kannon, avec ses milles bras pour les sauver par tous les moyens. C'est vraiment gentil…
    Merci pour ce commentaire et ce partage d'un moment dans le Kansai.
    Madjid

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