Quand Paris me manque…

Paris me manque. Je n’y pense jamais, mais qu’elle apparaisse dans une vidéo, et le manque est très vif, l’espace d’un instant je ne suis plus ici, et je ressens à quel point je n’y suis pas, à Paris.

Je vais vous faire une confidence. Il y a des moments où Paris me manque cruellement. Pas la France, non, je me suis habitué à vivre ici. Mais Paris. Les rues de Paris, la nuit. L’incroyable sentiment de liberté que j’y ai toujours ressenti. Pas une liberté de mini-jupes ou de je ne sais pas quoi. Non, une liberté de terrasses jusqu’à plus d’heures, une liberté de cafés où l’on reste autant qu’on veut, une liberté de rues la nuit dans ces rues magnifiques à la lumière qui scintille quand il a un peu plu. Paris est belle le jour, elle est superbe la nuit.

Le joyeux vacarme et les humeurs ronchons des parisiens me manquent. Ici, tout est ordonné, policé, et quand les gens traversent, des fois, cela me fait l’effet d’une mécanique de Lemings. C’est agréable, mais lors de mon dernier séjour, j’ai pour la première fois éprouvé un manque, et j’ai même compris que c’était aussi ma nature, ce caractère ronchon et léger à la fois, et que j’aimais traverser en dehors des clous, « la rue nous appartient », hein!

Et puis quand je retrouve en images les rues qui me sont familières de ce dixième arrondissement, de Strasbourg Saint Denis, mon chez moi, là où j’ai vécu mes premiers jours et là où j’ai passé deux dizaines d’années, avant que ce ne soit à la mode, depuis ce soir novembre 2015 où je me suis senti mourir à l’une de ces terrasses qui naguère m’accueillaient, Paris me manque encore plus et il m’est même arrivé de penser que j’eu préférer mourir là bas que d’être si loin, séparé, impuissant devant ces rues qui sont miennes, sans pouvoir les attraper, les embrasser.
Il y a trois ans, j’avais fait visiter ce quartier à Jun, la République, le Canal Saint Martin, l’incroyable petite taille de cette ville où en quelques rues c’est déjà le Palais Royal, ça l’avait étonné, toutes ces saveurs urbaines.
Quand la vie s’est arrêté le 13 novembre, j’y étais presque, je voyais les rues, cette lumière du soir dans la fin d’un vendredi de novembre. Mon premier voyage cet hiver depuis cette attaque a ouvert une sorte de blessure, un manque de cette ville et de sa lumière quand vient le soir, et puis le son de ces voitures vertes qui aspergent les rues au petit matin, quand c’est l’heure des croissants chauds.

Paris me manque. Je n’y pense jamais, mais qu’elle apparaisse dans une vidéo, et le manque est très vif, l’espace d’un instant je ne suis plus ici, et je ressens à quel point je n’y suis pas, à Paris.
Après les attentats, on n’a pas échappé au « Je suis Paris » à la con, il fallait « être Paris ». Ben, je n’étais pas Paris, parce que je suis parisien. Marine Le Pen et ses sbires pourront toujours m’enlever ma nationalité si ça leur chante, je serai toujours parisien. Je suis de Paris, du dixième, là où les balles ont fauché quelques terrasses. Et me promener dans Paris en décembre, ça a été un sentiment étrange, et j’ai évité la République, inconsciemment, sans y penser. C’était mon deuil à ma façon. Cet hiver, c’est vers Montparnasse que j’étais, et c’était comme une nouvelle communion avec la ville.

Le deuxième soir, après avoir quitté Tarika et Freddie, je suis rentré à pied, il faisait frais, mais qu’est-ce que j’étais bien. Les rues étaient désertes, ici et là j’entendais le bruit d’une fête dans un appartement, et je me serais bien invité s’il n’y avait pas eu de codes… Je suis rentré tranquillement, et c’était tout simplement magique. J’étais à Paris pour de vrai, et j’y étais comme si je ne l’avais jamais quitté.

Paris me manque et c’est un manque cruel car ici je me sens seul, amputé dans mes possibilités, je n’ai ici qu’un quotidien quotidien. Je sais bien que ma vie à Paris serait elle aussi très quotidienne, mais ses librairies et ses cafés, et retrouver Nicolas. Cette campagne électorales aurait bien plus de sens et je n’aurais pas eu cette hésitation à tenter la présidentielle, même pour rire, car j’aurais alors eu du monde avec qui en parler.

Voilà, j’avais vu ce clip il y a un ou deux ans je crois, et puis en retombant dessus cette semaine, une petite douleur dans un coin vide du côté de ma mémoire s’est réveillée. J’aime Paris, et je crois même que finalement j’aime les parisiens, ce qui est finalement pas si mal puisque j’en suis un moi même.

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