Pride? Vous avez dit fierté…?

Pour tout dire, je n’ai jamais bien compris le truc de la fierté. Je ne suis pas « fier ». Peut-être mes anciens camarades de classe emplacardisés sont ils désormais fiers. Moi, non. Quelle idée, être fier de sa sexualité… Je suis homosexuel, et puis c’est tout. Je laisse leur fierté aux hétérosexuels si fiers de leurs exploits quand ils engrossent une pauvre fille, quand ils vannent une fille dans la rue, la traitent de salope ou de boudin.

 

(photo de moi avant d’aller au Palace, Tim Joanny-Madesclaire, 1987)
Il y a en moi quelque chose qui me distingue fondamentalement de beaucoup d’entre vous.
Je suis homosexuel.
Aussi loin que je remonte dans ma mémoire, je l’ai toujours été. Je ne l’ai pas choisi, c’est comme ça. Ce que j’ai choisi en revanche, c’est de l’être ouvertement, et cela quand j’avais environ 14 ans, en classe de troisième.

Cette année là, la question me travaillait, je ne me comprenais plus très bien. Mes autres camarades de classes, les mâles, commençaient à parler de filles, l’un d’eux en mît même une enceinte et ce secret se répandit dans la classe, dans l’école, mi-secret, mi-exploit. Personne ne fut vraiment étonné, il était un vrai mec et ce genre d’histoire entrait dans l’ordre des choses. À la télévision, la série Pause Café avec Véronique Jeannot racontait ce genre d’histoire d’adolescents. Ce qui fut assez exceptionnel par rapport à bien des histoires de ce genre que j’ai entendues, c’est qu’il a été correct, gentil avec la fille. Cela renforça son image d’homme et jusqu’une certaine sympathie. Elle, elle manqua la classe et plusieurs fois lors des conseils de classes je surpris les conversations à voix basse des professeurs.

Ce que l’insipide série giscardienne Pause café ne nous enseigna pas, pourtant, c’est l’homosexualité. Le suicide, les grossesses, la pilule, le divorce, le chômage, tout y passait mais l’homosexualité, non.
Bondy, 1980. C’est donc seul et à tâtons qu’à l’âge de 14 ans j’entrepris ma sortie du placard. À cette époque là, l’homosexualité était punie par la loi et surtout, interdite en dessous de 18 ans, reste des lois du gouvernement de Vichy. Quand j’entends dire que l’homosexualité est un truc de blancs, je pense qu’il faut vraiment avoir peu de mémoire ou peu de courage politique pour se oublier les lobotomies, les camps et toutes les lois en l’Europe ou aux Etats-Unis…
Depuis le temps que je me masturbais en pensant à des acteurs de télévision (le pantalon moulant de Robert Conrad dans Les mystères de l’ouest, les amants de Véronique Jeannot, tiens, encore elle, dans la très pompidolienne adaptation de la Vie de Marianne de Mariveau quand j’avais 6 ou 7 ans…), il me fallut bien en arriver à l’évidence que je n’étais pas comme les autres.

J’étais un pré-adolescent assez ingrat, introverti et boutonneux, mal habillé puisque mes parents nous habillaient avec des vêtements d’occasion achetés trois fois rien au marché de Bondy où nous habitions, j’étais un peu gros, un bavard maladif, un débit intarissable destiné certainement à ne pas parler de moi pour mieux meubler cette increvable solitude en dedans.

photo023(auto-portrait, Pelleport, 1997)
Ma sortie du placard fut donc assez brutale, je dirais même assez punk, puisque c’est lors de la présentation d’un exposé devant la classe que je me mis à lire des extraits d’un livre de Jean-Louis Bory et Guy Hocquenghem. J’avais choisi les extraits les plus incompréhensibles pour mes camarades, je pense. Prostitution, pénétration anale… La professeur de français, une femme très catholique mais de ce catholicisme social et généreux issu de la résistance, me dévisageait, sans oser me couper la parole, elle savait très bien que je ne faisais pas un exposé, mais que je parlais de moi.

Avant cet exposé, on m’avait parfois traité de pédé, car je ne me battais pas et je n’aimais pas le football. À partir de ce jour, je n’ai plus jamais entendu cette insulte. J’étais un pédé, mais un pédé avec des couilles, visiblement. Lors de la longue procession des signatures sur le dictionnaire offert par l’école à la fin de l’année, beaucoup de mes camarades écrivirent des messages d’une incroyable gentillesse. J’étais pourtant l’homo de la classe. Peut être ce qui me distinguait de tous les autres, c’est que l’étiquette, c’était moi qui me l’étais mise et visiblement, ça força le respect de plus d’un.
24679_1382879004784_1016236264_31110722_4840602_n(photomaton, Paris, 1984)
Quand j’entrai au lycée, tout fut très différent. J’avais passé mon « été Radio7 » et alors que je fêtais mes 15 ans, allégé de plusieurs kilos, piquant les vieux costumes de mon père en essayant de ressembler à William Sheller dont j’étais très amoureux sans vraiment m’en apercevoir, j’était devenu un nouveau Madjid prêt à croquer la vie à pleine dent. J’eu alors une période baba-cool. Ma Seconde fut ainsi une année de changement de peau. Je rencontrai de nouveaux amis, la politique entra dans ma vie, et quand l’élection présidentielle de 1981 arriva, je fis de grands posters pour défendre le droit des homosexuels et appeler à voter Mitterrand. Du pédé de la classe, j’étais désormais le pédé du lycée. Il y en avait d’autres, mais ils étaient tous dans le placard, pensez donc. Et puis, dans l’hiver, je me fis un mec. Et puis un autre. Et encore un autre…

Tout, dans ma personnalité, est trempé dans cette expérience. Je pense intimement que je suis ce que je suis parce que mon homosexualité m’a permis une évasion. Elle a été une chance. Hétérosexuel, j’aurais été laissé dans le monde dans lequel j’avais grandi. J’ai au contraire attrapé ma différence comme un tremplin, j’en ai fait un étendard. Aucune fierté, mais juste une incroyable solidité.

Pour tout dire, je n’ai jamais bien compris le truc de la fierté. Je ne suis pas « fier ». Peut-être mes anciens camarades de classe emplacardisés sont ils désormais fiers. Moi, non. Quelle idée, être fier de sa sexualité… Je suis homosexuel, et puis c’est tout. Je laisse leur fierté aux hétérosexuels si fiers de leurs exploits quand ils engrossent une pauvre fille, quand ils vannent une fille dans la rue, la traitent de salope ou de boudin. Je n’ai pas besoin de singer, de « retourner » la bêtise, et en tout cas, pas celle là.
Je suis un homosexuel hors placard qui a grandit dans l’une des villes les plus pauvres de France, Bondy, dans le 93. J’aime bien, cette origine, cette racine solide. Ça m’en a donné, du courage.

Pourtant, très vite j’ai commencé à fuir. Je le devais. Ce que je fuyais était multiple. L’atmosphère lourde à la maison, le chômage qui rendait mon père silencieux, ma mère qui s’enfermait dans la cuisine, leurs disputes pour des riens, ces riens qui cachaient les mots qu’ils ne pouvaient pas se dire, mais que moi je peux écrire parce que je les entends au fond de leur silence. Être pauvre. Avoir peur de l’être plus encore,peur d’être à la rue, peur de l’assistante sociale qui pouvait décider de nous séparer. Ça, je l’ai entendu plus d’une fois. Ramasser les fruits et les légumes au marché, les vêtements aussi. Faire durer le peu d’argent. On se parle comment, quand on vit comme ça?

Moi, j’étais l’aîné, et j’avais été fils unique pendant plus de quatre ans. À partir de l’âge de 7 ou 8 ans, je m’étais inventé des mondes intérieurs, des histoires dont j’étais le héros. Plus tard, l’adolescent que j’étais devenu développait sa schizophrénie douce entre cette vie intérieure, secrète, et l’école ou la maison, la vie sociale. Une façade normale. Et des bouton et 15 kilos pour bien séparer le dedans du dehors.

Moi (par Julien)(auto-portrait, Pelleport 1997)
Je n’ai jamais non plus fui mes origines, mon nom. Je n’ai jamais arrangé mon nom. Et quand je suis parvenu à enfin fair voler en éclat certaines de mes inhibitions, et dire mon homosexualité l’a permis, je me suis mis à tenir tête aux réacs et autres racistes. Bavard, j’étais parfois brillant dans mes réparties.
Non, ce que j’ai fui, c’est la tristesse d’une maison pauvre. Je me suis mis à sécher l’école. Je me suis mis à sortir.
Être homo, c’était forcément aller à Paris. Désormais, la dualité que j’avais vécu entre l’en-dedans et le dehors prenait un tour géographique, entre Bondy et Paris. Cette seconde vie a été un incroyable échappatoire, la vie homo était alors en pleine éclosion, c’était mélanger le goût des premières clopes et des premiers joints, des premières cuites et des premières queues avec des soirées en discothèques à rencontrer plein d’autres comme moi. C’était une aventure. Et puis le jeune rocker que j’étais devenu commençait aussi à sortir. Premiers concerts, premiers looks. La maison, désormais, je ne faisais qu’y passer, le lycée, je ne faisais qu’y aller par nécessité, « pour le bac ».
Je l’ai eu, le bac, d’ailleurs.

Je suis composite, nourrit d’origines pauvres, avec un fort fond de culture ouvrière, nourri de mes voyages en Algérie où j’ai aussi compris quelque chose sur moi, nourri des cours d’arabe de l’amicale des algériens, nourri d’un père croyant et cultivé, nourri de l’école qui m’a appris la musique et la littérature, nourri d’une mère incroyablement solide et courageuse, nourri de ces nuits passées avec des mecs que je ne connaissais pas mais qui m’ont ouvert les yeux sur l’incroyable variété des milieux sociaux et de leurs codes. Celui qui vit en banlieue dans un F2. Celui qui vit dans un hôtel particulier du Marais. Celui qui a un grand piano dans un appartement petit mais sur deux étages sur l’île Saint-Louis. Le charcutier. Le coiffeur. Le cadre qui vient de s’acheter un micro-onde. Le chanteur d’opéra SM qui habite dans le premier dans un appartement minuscule. Le travailleur turc gentil, le portrait de sa femme et de ses enfants à côté du lit.
Vivre, c’est savoir d’où je viens, mesurer le parcours et ne jamais me considéré « arrivé ».
Je vous parlais de plateau, hier, c’est cela. La route continue, je n’arriverai qu’avec mon dernier souffle.

photo003(auto-portrait « ultra-stone », peu de temps avant que je ne commence mon analyse, 1992)
Être homosexuel, c’est presqu’en soit un projet politique. Pas que je me définisse comme homosexuel. Ce serait trop réducteur. Mais être ouvertement homosexuel, avoir en moi ce parcours, mon courage à une époque où ce n’était pas si évident, l’avoir été ouvertement dans un milieu et un environnement qui ne prédisposait pas à l’affirmer aussi franchement, en avoir rapidement tiré l’obligation de militer, c’est profondément politique.

Il y a un mois, je suis tombé sur cette News, un turc qui avait tué un co-détenu dans la prison où il était parce que ce dernier le traitait d’homosexuel. Ce turc, lors du procès, a reconnu qu’il avait eu des rapports avec des hommes dans des saunas ou des lieux publics, mais lors de toutes les audiences, il a finalement profondément refusé de reconnaître son homosexualité. Son père, lui, a affirmé que si son fils était homosexuel, alors, il fallait le condamner.
Ce turc a persévéré dans son refus de reconnaître son homosexualité, alors que les psychologues affirmaient que son acte était le fait d’une frustration et d’un refoulement de sa sexualité. Il a donc été condamné à de la prison puis à être expulsé.
J’ai lu cette information sur Facebook, postée sur le mur d’une de mes connaissances homosexuelle FB, et les commentaires de ses amis homosexuels étaient affligeants. Moqueries, remarques méchantes.
Ça m’a révolté et, pour tout dire, ce statut illustre parfaitement où Houria Bouteldja et le PIR se plantent. Car finalement, ce turc n’a été défendu NI par les militants homosexuels blancs, NI par les militants décoloniaux. Il a été livré à lui-même, aux préjugés de son père et à ses propres préjugés. Et son refus de reconnaître son homosexualité ne le protégera pas, une fois expulsé en Turquie, du déshonneur d’avoir du reconnaître avoir eu des relations sexuelles avec des hommes.

Moi, 1999 (self)(auto-portrait, période « Goethe », Asnieres, 1999)
Moi, je reconnais mon frère en ce lui. 
Il y a juste qu’il n’a pas eu le courage de casser l’homophobie en lui qui s’est murée dans le mépris de soi, il a commis un crime parce que l’autre le révélait à lui même à travers des insultes au demeurant homophobes, il a préféré expier le crime dans la posture d’une fausse virilité hétérosexuelle.
Personne n’a non plus été là pour accompagner ce père seul, perdu dans ses certitudes et ses préjugés, mais livré à jamais dans la révélation d’un secret indicible sur la réalité de son fils.
S’il y avait eu une vraie pensée homosexuelle, alors, il y en aurait eu qui, dans la tradition de Genet et de Baldwin, auraient reconnu en ce turc une victime de plus d’une homophobie qu’il a fini par intégrer en lui (une haine de soi qui conduit au passage beaucoup de jeunes homosexuels à se suicider, lui, à tuer) et d’un milieu militant gay blanc et/ou antiraciste totalement à la masse sur l’homosexualité.
Il y en aurait eu pour voir dans ce crime un geste de désespoir et de solitude doublé d’un instinct de protection destiné à ne pas se reconnaître pour ce qu’il est. Il y en aurait eu pour parler à ce père, pour ne pas le laisser seul. Je reste persuadé que 99% des homosexuels blancs sont incapables de regarder les choses sous cet angle car ils sont désormais embourgeoisés, « intégrés » et qu’un turc, pour eux, forcément, c’est un macho homophobe mais « qui se tape des mecs ou des chèvres, ha ha ha ha » (entendu une fois au sujet des algériens au Quetzal pour ceux qui pensent que je raconte n’importe quoi)
Je n’ai pas besoin d' »articulation des luttes » ni « d’intersectionnalité » pour reconnaître dans la vie gâchée de ce garçon une part de la vie à laquelle j’ai échappé en affirmant ma sexualité, même si ce ne fut pas facile. Et je vois dans l’indifférence qui a entouré cette affaire ou les blagues potaches que j’ai lues, une marque de racisme caractéristique des milieux homosexuels. La même marque de mépris que j’entendais naguère dans les douces blagues sur « celle-là, elle se tape les arabes à Barbés, ha ha ha ». Et la même indifférence à la réalité de l’homosexualité of color, c’est à dire ici des musulmans, des africains, des asiatiques, des maghrébins, de la part des militants décoloniaux.
Je parle ici des homosexuels masculins, étant l’un d’eux, mais qu’en est-il des lesbiennes et, plus encore, des trans de couleur?
De par mon histoire personnelle, je suis l’un d’eux. Quand on sait que la précarité, le chômage et les problèmes de logements nous frappent plus encore du fait des discriminations licites, tacites et structurelles, que dire, alors, de l’incroyable fragilité sociale, affective, morale, de celles et ceux dont l’homosexualité ou la transexualité s’ajoute à ces discriminations de toutes sortes érigées et construites par une société inégalitaire économiquement et racialement?

Moi, 1999 (self), Londres(auto-portrait au béret, Londres, Lewisham, 2000)
Si j’avais à définir un projet littéraire, le miens, ce serait celui-là. Ce serait d’être, de par ma propre histoire, une confluence. Quand j’écris, nous sommes une armée. Triplement disciminés. Par une homosexualité blanche bodybuildée consumériste qui ne nous aime que jeunes et exotiques. Par une société qui ne nous accorde pas la place légitime qui nous revient. Par un ordre économique qui après avoir colonisés nos ancêtres et déstructuré les tissus sociaux, réduits nos pères à la mendicité d’un travail dévalorisé et mal payé dans une société ne leur reconnaissant pas la moindre valeur. Et par des milieux décoloniaux qui refusent obstinément de voire émerger notre revendication à l’existence autrement que comme une influence de l’Occident et donc, comme une revendication annexe. Et j’ajouterais que nous sommes une histoire mondiale de la discrimination, nous sommes les victimes du tourisme sexuel dans les pays où nous n’avons pas d’autre recours que vendre notre cul pour pouvoir manger et nourrir les nôtres, nous sommes victimes de l’occupant israélien qui vante sa tolérance à notre égard en bombardant nos familles et déportant les nôtres, nous sommes victimes des bouleversements géostratégiques entre puissances impérialistes anciennes et émergentes qui utilisent les religions musulmanes, protestantes ou catholiques, en Syrie ou en Ouganda, shiites nous sommes aux côtés des nôtres sous les missiles saoudiens vendus par la France au Yémen… Que notre revendication ait fini par émerger voire triompher dans les pays du Nord ne doit pas masquer que nous sommes une réalité mondiale. Et que notre histoire, même en Occident, est avant tout l’histoire de silence et d’oppression que nous sommes quelques uns à avoir progressivement cassés là où les conditions le permettaient. Et il n’y a pas de hasard que parmi les phares de cette résistance il y ait James Baldwin ou Jean Genet. Ils étaient en eux, dans la conscience de leur propre histoire, des confluences.

Moi, par Sascal, je pense(avant le Studio, photo Pascal Abel Basque, 1987)
Je n’ai aucune fierté d’être homosexuel. Je le suis. Mes histoires de bite, de cul ou de tétons ne regardent que moi, je n’ai absolument pas l’intention de vous en parler, ou en tout cas cela ne peut en aucun cas être un sujet central.
Il y a en moi l’armée des homosexuels banals, ordinaires, outés ou non, au delà des périphériques des villes où se définit la normalité qui nous échappe, au delà des frontières et des océans, là où la peau se fait plus sombre et l’obligation des luttes plus urgentes. Nos médias aiment à pointer la barbarie des mœurs en pays musulmans, c’est oublier que dans ces pays les homosexuels sont musulmans, et bien souvent croyants et pratiquants, et que ce n’est pas l’islam leur problème, mais les mêmes préjugés que ceux qui ont conduit les occidentaux à nous mettre des électrodes sur la tête et balancer 2000 volts pour nous « corriger ».
Notre liberté, en France, en Europe, et depuis quelques jours aux USA, nous l’avons arrachée. Nous avons lutté contre l’ordre hétérocrate, et parfois avec violence. Les transexuelles ont parfois été les plus extrêmes dans la revendication et dans l’action. Cette semaine, c’est l’une d’elle qui s’est distinguée en interrompant Barack Obama qui célébrait les fiertés homosexuelles pour rappeler les arrestations des transexuelles sans papiers, les viols en prisons, leurs expulsions et une vie misérable réduite à la seule prostitution, en lui demandant si finalement il y avait lieu d’être vraiment fier. Le président n’a pas apprécié. Cette transexuelle est une confluence, elle porte en elle un destin à plusieurs facettes dont elle fait sa force, elle est une vraie combattante, et c’est de personnalités comme elle qu’est venue notre liberté actuelle. Elle n’est pas fière, elle est elle-même et elle ne transige pas.
Je ne suis pas fier moi même. Ici, je ne milite pas, je me contente d’écrire. Ma vie, mon histoire personnelle sont un écho à l’existence et à la vie d’une multitude qui n’ont ni le talent d’écrire, ni l’opportunité ni la possibilité de le faire.

photo022(manifestation Act-Up, 1991, photographie Madjid Ben Chikh)
S’il y a une chose dont nous avons à être fiers, c’est d’avoir eu parmi nous des combattants et des combattantes de grand courage, violents parfois, intransigeants. C’est d’avoir eu des pionniers qui ont pris les coups, ouvert la voie, d’avoir su nous entraîner à avoir le courage de dire ce que nous étions. C’est à nous de relayer aujourd’hui les luttes de celles et ceux d’entre nous qui subissent encore l’oppression, celles et ceux qui ont du courage pour briser le silence, l’oppression et la répression. C’est à nous d’aider ceux qui, comme ce turc sur notre sol, ont encore beaucoup à faire pour sortir de la souffrance dans laquelle l’homophobie les enferme. Ce sera, dans le futur et quand les choses auront un peu avancé, un beau motif de fierté.

Tout cela dit, en sans fierté aucune mais avec beaucoup de tendresse, en ce week-end de Pride, et alors que les USA, ce pays de bigots protestants, viennent enfin de faire un grand pas, fruit de luttes à la base, je vous le dis tout simplement. Bonne Pride à toutes et à tous.

2 Comments

  • Tout ce que tu as dis je le pense depuis toujours , la fierté est sous jacente à une frustration , je ne suis fier que de ceux que j aime pour ma part la fierté est un sentiment qui m empecherais d avancer et comme je suis parfaitement imparfait je n ai a etre fier de rien , je laisse ça à ceux qui se contente de la suffisance , j en ai jamais assez à vrais dire , quand j aurais trouvé la vérité en moi dans mon cheminement personnel interieur , tous ces qualificatifs n auront déjà plus de sens ( ils n en ont déjà presque aucun ) Soyons fiers de nos parents et de tous ceux qui se sont battus pour les libertés et contre les discriminations , etre fier d etre né homo ? Je ne vois pas nan

  • Tu connais probablement cette adresse d’une star irlandaise faites alors qu’il se faisait harcelé par des cathos intégristes https://youtu.be/WXayhUzWnl0

    C’est un peu à la suite de ce discours que le référendum en Irlande a été organisé. Une bonne illustration pour cet article, en tout cas c’est à cela que je pense en le lisant.

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