Pour Pierre Geismar (oublie de poster le 6 novembre 09)

J’ai commencé à préparer la programmation de ma radio Radionomy, La Radio de Suppaiku. J’ai donc commencé par installer Windows XP sur mon iMac, parce que le « manager » ne fonctionne que sous cet environnement. L’installation a été très simple, encore une fois, Apple fait bien les choses. Très rapidement, j’ai retrouvé tout ce que je déteste dans Windows, à commencer par ces fenêtres bleues qui m’informe que
– l’installation a commencé
– le fichier « machin » est en cours d’extraction
– etc
Ensuite, comme toujours, en installant le manager, il m’a informé qu’il manquait un truc. Ce truc installé, il a fallu installer un bidule. Je n’aime pas Windows… Mais bon, j’ai mon manager.
Hier soir, j’ai donc commencé à préparer une sorte de « pré programme » avec une 20ne de titres pour « lancer la radio ». J’ai prévu le premier décembre. Donc, jusqu’à ce jour, je compte occuper en boucle, avec des messages promos… Ça m’amuse beaucoup ! Mais le revers, et c’est pour cela que j’ai besoin de temps, c’est que tout doit être en mp3-128 ; j’encode tout en aac-320. Je dois tout réencoder, et pour que ce soit propre, je dois donc d’abord tout « expandre » en aiff pour ensuite aller en mp3 ! En fait, je n’ai pas trouvé de logiciel qui transforme directement de acc à mp3. J’en avais un, je l’ai jeté car c’étais jusque-là une opération inutile. Généralement, je transfère de flac à acc…
Parmi les titres, une chanson de Mama Béa, « la maison sur Vénus ». Le rêve 68tard déçu à l’orée des années 80. C’est triste, tout simplement. La jeunesse et les espérances en déserrance.
« Alors on se fait un café, bien tassé, et on se le boit »

J’ai envoyé un mail à Nicolas, Stéphane et Alain. Alain car cette chanson nous évoque des souvenirs anciens, du temps où nous parlions de politique, de mai 68, du temps ou de Camarades nous sommes plus simplement devenus amis. Stéphane et Alain parce qu’Alain et moi avons souvent évoqué cette chanson, mi-riant, mi-sérieux. Pardonnez-moi ce que je vais dire, mais pour moi, un type de gauche qui n’a jamais été traversé par l’idéal révolutionnaire, même une semaine, à l’occasion d’une grève, par exemple, un type qui n’a jamais pensé « et finalement, et si… », pour moi, ce type-là manque un truc essentiel. Il y a des choses qu’il ne comprendra pas. Je me rappelle en 1994, lors de la grève pour le CIP, à Tolbiac, ces fils de bonne famille en loden, pris d’une rage car ils se sentaient floués, trompés par les syndicats étudiants, envahissant les étages et confectionnant des montagnes de chaises pour empêcher la police de prendre la fac. Moi, j’étais alors un « leader », je me rappelle avoir discuté avec 2 filles du SCALP, des anarchistes, des trotskystes, on n’en revenait pas. Une révolution, en fait, ça ne se prévoit pas. Ce sera quelque chose qui surgira de la nécessité, du besoin de la faire…
C’est justement une de ces filles du SCALP, une vraie militante, une pour qui je continue d’éprouver un réel respect, une fille intelligente. Je ne partageais pas sa façon de voir le « changement », mais j’aimais l’énergie qu’elle mettait à le provoquer. Je me souviens, donc, nous essayions de convaincre les étudiants à débrayer. Mon petit groupe à l’aide d’interventions étranges (nous sommes à l’origine de cette histoire de chaises, nous avions des spectateurs… je me rappelle le président de la fac, me convoquant et me suppliant, « s’il vous plait, plus les chaises… ». Je la revois, petit bout de jeune femme brune, extrêmement belle, les yeux vivants, lumineux, coupant un cours, les étudiants qui râlent, mi-lassés, mi-indifférents, et elle qui leur dit :
« juste une fois… ce n’est pas tous les jours que l’on voit ça, et ce n’est pas tous les jours qu’on le vit, parce que c’est vous seul qui êtes les acteurs de votre vie ; Juste une fois, décidez de votre vie ».
C’est de mémoire, je traduis la substance, je me trompe peut-être sur les mots… Ça a été très rapide. Je crois que Nicolas ni personne ne souvient comment ça s’est passé, pas même cette elle, mais 5 minutes après, ils étaient des milliers, la Fac allait fermer pour une semaine, la seule à Paris…Je ne sais pas si ce que ces jeunes sont devenus, mais ils ont vécu quelque chose qui, s’ils n’oublient pas leur histoire personnelle, peut les aider à comprendre les désordres du monde, et aussi ses désirs. Être de gauche sans avoir vécu cela, c’est être abstrait.
Ce matin au réveil, il y avait un mail d’Alain.
Lu dans Libération, en mémoire de Pierre Geismar (1973-2006)
On a bien connu Pierre Geismar. Tout d’abord parce que nous avons milité avec son frère, François. Et puis parce qu’après, nous nous sommes souvent rencontrés. J’ai picolé avec Pierre, fumé des pétards avec Pierre, parlé politique avec Pierre… Je me rappelle son colocataire, une virée chez PAB… Il était drôle, même s’il y avait quelque chose de grave dans son regard, quelque chose de sérieux avant l’âge. J’ai recherché sur le net, rien à propos de son décès. Seuls les films qu’il a produits. Et son père, son père, son père. Qu’est ce que ce doit être chiant d’être le fils d’Alain Geismar, ancien leader de la Gauche Prolétarienne aux côtés de Serge July. Enfants, c’étaient les déménagements en permanence à cause de la police et des RG, les communautés… François nous a raconté son enfance et je me dis que bien des 68tards aujourd’hui épris d’autorité feraient bien avant tout de se livrer à une analyse de leur propre rôle. Mais aussi Sartre ou Beauvoir à la maison, Mimi Perrin, les rescapés de la GP, paumés de la vie à qui paraît-il Alain n’a jamais fermé la porte (quand j’entends des saloperies sur Alain Geismar, je repense toujours à ça et je me dis que ceux qui causent sont parfois vraiment des cons…)…
RIP, Pierre. Cela fait 3 ans et on ne savait pas… Si quelqu’un le connaissait…

J’ai donc Windows sur mon ordinateur. J’ai nettoyé la souris –la mighty-mouse se salit très rapidement. J’avais acheté de la mémoire avant, il est très rapide et malgré la sortie des nouveaux iMac, je ne vois pas pour le moment de réel différence de performance : il est toujours aussi rapide. Il faut dire que j’avais pris le plus rapide.
Ce soir, je rentre un peu plus tôt, je vous ferai un album photo. J’ai une de ces envies d’écrire, en ce moment, que, ben j’ai commencé.

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