Pimprenelle et pomme d’Api. Muer.

S’il y a bien un secret dans la nature, c’est bien là qu’il réside : la nature n’abandonne pas, elle possède une énergie incroyable. Et si vous apprenez à poser votre regard sur elle, alors, elle possède l’incroyable pouvoir de savoir partager…

Ne me demandez pas d’explication pour ce titre, je n’en ai aucune, c’est une combinaison que j’ai en tête depuis des années, depuis l’enfance, un bout de phrase que j’entends dans un des mouvements des concertos pour flûte Opus X de Vivaldi, une sorte de phrase mélodique tarabiscotée, avec plein de dissonances, et qui dans ma tête forma cette phrase, qu’elle idée. Eh bien ce matin, elle a ressurgi, et je le suis dit que ce serait un titre parfait pour un billet, hein.
Il fait incroyablement beau sur Tôkyô, vraiment très beau. Le soleil brille, le ciel est bleu et nous avons même des températures incroyablement douces, supérieures à 10 degrés. Seule la nuit est fraîche, avec des chutes dans des territoires négatifs. Mais vraiment, l’hiver à Tôkyô est quelque chose de très agréable quand ça ne souffle pas trop. D’ailleurs, dimanche, c’est setsubun, 節分, survivance de l’ancien calendrier et de son nouvel an. Nous allons commencer à partir à la chasse aux fleurs de pruniers et admirer la floraison des camélias, pas la variété dont les pétales tombent un par un et qui est depuis une semaine en pleine floraison, mais celle dont c’est la fleur qui tombe. Celle-ci, parfois incroyablement grosse, avec une très grande variété de teintes allant du blanc le plus pure au rouge le plus soutenu et dans des combinaisons parfois très étonnantes, illumine les jardins encore dépourvus de feuillages vifs. En effet, le feuillage du camélia est terne comme les mousses jaunies de l’hiver sec qui touche à sa fin et comme ces branches squelettiques des arbres en hibernation. La très grande variété des fleurs de pruniers, en bouquets parfois, de leurs couleurs illumine le regard quand il se pose sur le ciel, les camélias colorent la vue au niveau du sol. Au hasard des promenades, on croise de ces statues de Jizô que les passants honorent en déposant quelque fleur de camélia tombée par terre. C’est ravissant. Pour le japonais, ce moment est synonyme de printemps, c’est pour moi le paroxysme de l’hiver car il peut encore neiger et il n’est pas rare qu’il pleuve. C’est une sorte de long tunnel triste gris, parfois illuminé, que viennent colorer les premières fleurs. Le jaune des pruniers odorants rôbai, le jaune oranger odorant des matsumata. Quand le tunnel s’éclaircit, que la pluie devient plus fréquente et que le vent vient à se calmer, alors, l’impatience comme la sève monte en nous, et c’est le printemps qui vient : les cerisiers fleurissent. S’il y a bien un moment que je vous recommande ici, c’est bien le printemps. Et croyez moi, c’est vraiment un moment magique. Ces arbres dépouillés se couvrent de grappes blanches et roses, c’est lumineux sous le ciel bleu. Et puis soudain, vous ne prenez pas gardent, ce sont les feuillent qui sortent à une vitesse incroyablement rapide, quelques jours, et voilà que vous remarquez que dans ce court laps de temps, ce sont tous les arbres qui se sont couverts de feuillages, et pas seulement les cerisiers. Tout est vert, soudain, d’un vert incroyablement lumineux. Et alors il se met à fleurir des fleurs un peu partout, les jours sont plus longs, et vous vous dites que finalement, la vie vaut bien d’être vécue.
S’il y a bien un secret dans la nature, c’est bien là qu’il réside : la nature n’abandonne pas, elle possède une énergie incroyable. Et si vous apprenez à poser votre regard sur elle, alors, elle possède l’incroyable pouvoir de savoir partager.
En attendant, tout est sec, desséché, et les nuits sont froides. Mais je sais…
Mon visa est donc étendu pour cinq ans, comme je m’y attendais.
Je vous écrivais que l’an dernier était placé sous le signe d’une transition. Et que celle ci touchait à sa fin. Oui. Et non. Car il me faut maintenant muer.
Enfant, tout le monde s’accordait à dire que j’avais une voix magnifique. Et puis j’ai mué, et on me l’a dit et répété, je perdais un trésor. Personne ne m’a dit que j’allais trouver autre chose. J’ai même découvert tout seul, mi-honteux, mi-étonné, ma première éjaculation.
J’aime beaucoup, comme je vous l’ai déjà dit, les symboles, et pour un « serpent », muer est un besoin vitale, particulièrement quand vient l’année du serpent. Eh bien je suis finalement assez synchro, cette fois-ci, et je suis bien décidé à jouer avec la symbolique, ne rien en attendre mais prendre plaisir à l’utiliser pour définir mes objectifs.
Muer, c’est par exemple perdre les derniers kilos qu’il me reste à perdre. Je suis incroyablement stable, ma perte se situe entre 21 et 22 kilos, je pense qu’il est temps de casser cette barrière et en finir une bonne fois pour toute. Encore cinq, comme je me l’étais fixé il y a un an et demi. Ce sera toujours ça de fait.
Muer, c’est retrouver le plaisir de m’habiller, de mon apparence. Et je vous avoue que jamais de ma vie je ne me suis senti aussi beau qu’en ce moment, sans aucune honte ni de le dire ni de l’écrire ni de le penser. Et pour tout vous dire, cela n’a pas été une route facile, j’ai longtemps traîné toutes sortes de complexes. Plus aucun.
Muer, c’est accepter que je suis, ou que je serai prochainement, en train d’entrer dans mon andropause. Je pense que c’est déjà en cours, la peau de mon cou me le signale à sa façon. Et muer, c’est accepter la vieillesse comme une offrande. J’ai toujours rêver d’être vieux, quelque part au fond de moi. Le moment approche, et cela ne m’effraie pas. Avoir 47 ans en 2013, c’est un peu comme avoir 37 ans dans les années 30.
Muer, c’est cesser de me prendre le choux sur ce que je pourrais faire, ce que je pourrais vivre, ce que je dois faire et ce que ne pourrais achever, et tout simplement me contenter de ce que je fais. L’essentiel est de prendre au sérieux ce que je fais, d’y croire, et encore plus de croire celles et ceux qui croient en moi. Et pour tout vous dire, c’est certainement la mue la plus difficile, une de celle dont je peux vous dire qu’elle est du type once ni a lifetime.
Je crois que cette histoire de mue est quelque chose que j’ai appris à force de regarder les fleurs et observer la nature, depuis que je suis venu vivre au Japon. Parce qu’en fait la nature est une gigantesque mue permanente, et qu’elle ne se pose pas la question de son devenir, elle se contente de faire ce qu’elle a à faire en fonction de ce qu’elle reçoit. Un grand et beau soleil, et la voilà généreuse avec elle même. Qu’il se mette à pleuvoir et elle sera blessée ici, tout en donnant leur chance aux mousses ou aux escargots.
J’aimerais bien avoir la gratuité de la nature, son inutilité.
C’est cela, la vraie mue. Je crois que le séisme il y a deux ans est en train de produire maintenant ses meilleurs effets, les plus durables. Plus envie de garder quoi que ce soit pour moi, mais de tout donner. Et advienne que pourra.
Ce dernier billet de janvier est mon premier vrai billet de l’année, il est mon billet programme. Cette année, vous allez me découvrir : je vais me découvrir.

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