Petits papiers des jours de triste

Ecrit mais pas publie. Alors, je publie…
Mardi midi 15 decembre
Métro, 14 heures 10. Ce matin, j’ai donné une leçon à Marie. J’ai du sortir assez tôt, vers 10 heures trente, je ne rentrerai pas avant 23 heures. J’attends les vacances avec impatience.
J’entre dans ma période « nervosité ». J’ai beau savoir qu’il n’y aura pas de problème, renouveler mon visa est une expérience éreintante, car je revis ce que mon père, mais aussi ma mère, a vécu. C’est humiliant, on a le sentiment que tout ce qui a été bâti peut être remis en cause, comme ça, sur la simple décision d’une personne. C’est profondément déstabilisant. Ne vous étonnez pas si je disparais de mon blog, si j’arrête d’écrire. C’est comme ça que je suis. Soudain je me sens vide, vidé. On verra bien cette fois. Il y a trois ans, j’avais traversé une période de cauchemars. Il n’y avait pourtant aucune raison.
Mon nouveau permis de séjour mettra un point final à mes aventures de ces deux dernières années. Pour tout dire, j’ai pas mal de pain sur la planche, indépendamment de ce visa. Des choses que je désire faire, des choses que je dois faire. Ma situation médicale est des plus précaire et je devrai m’en occuper. On prête aux aventuriers de qualités pas possibles, je crois pour ma part que ce sont d’abord des types qui prennent des risques incroyables avec eux-mêmes.
Après avoir quitté Marie ce midi, je suis passé par la gare de Tôkyô. L’ancien bâtiment Daimaru a désormais entièrement disparu. La grande tour adjacente, plutôt élégante, révèle désormais un grand mur blanc, laid, vide. Je trouve hallucinant que la destruction du bâtiment n’ai pas été prévue alors que cette tour était sensée le remplacé. C’est vraiment très laid, absurde.

Vendredi soir 11 decembre
Dehors, ça sent l’hiver à plein nez… Il fait froid, il pleut et il vente. Ça devait arriver…Je suis installé dans le métro, il fait bon.
Ce matin, j’ai fait le ménage, la lessive, hier soir je suis allé à Donki hote (Don Quichotte), ドンキホーテ. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un immense bazar où on trouve de tout, pour pas cher. Moi, j’y achète mon beurre, des plaquettes de Kiri, des packs de jus de pamplemousse. En gros, c’est un Lidl ou ED, mais qui vendrait aussi de la hifi, des cosmétiques, des vêtements, des disques, des abonnements téléphoniques, de la nourriture, de la vaisselle et des meubles. Dans ces magasins, tout s’entasse. A tous les coins, il y a des magnétophones ou des mini TV qui diffusent des publicités pour un des produits en rayon. Donki hote, c’est l’anti achat plaisir. Les allées sont étroites et encombrées, les étalages trop hauts. Mais il y a de tout, et c’est vraiment moins cher. Et c’est ouvert 24 heures sur 24. Moi, je vous dis, c’est le Kiri. En France, je n’en mangeais pas. Moi, je suis plutôt Carré Frais Gervais, tartiné copieusement sur du pain allemand longuement toasté. Pour le petit déjeuné. Au Japon, le fromage blanc est inconnu, il n’y en a que pour les yaourts… Je ne suis pas très yaourt. Et c’est très « fromage fondu », entendez par la, toutes les variantes possibles de Vache qui rit et de Bonbel. Il y a aussi des « camembert », au goût de Président, c’est à dire pas bon. Moi, c’est lait cru uniquement. Que du dégueu. Mais il y a du Kiri. Et ce goût de crème fraîche, ça fait la différence. Enfin, à Donki Hote, c’est seulement 290 yens (2,10 euros) la boîte de 10 carrés. Ailleurs, souvent 300 yens pour la boîte de 6… Parfois, dans ce magasin, j’imagine qu’il y a un tremblement de terre. Tout en continuant mes courses. On s’habitue à tout.
En ce moment, c’est la saison des bônen kai (repas de fin d’année des entreprises), 忘年会. On peut croiser des hommes en soirée, le visage écrevisse, en bande, tombant par terre ou mort de rire sur les quais de métros, ou alors seuls et ronflant très fort sur une banquette désertée. Impossible à éviter, en général. On doit se farcir ses collègues dans un izakaya dégueulasse, en fait un restaurant appartenant à une chaîne, on doit boire, on doit rire aux blagues du chef, si on est gay, on doit essayer de trouver une réponse acceptable aux blagues concernant le célibat. Plus tard, on doit se farcir le karaoke où on doit applaudir son chef dégoulinant sa vie pourrie sur de l’enka. Et après, on doit essayer de ne pas vomir dans le métro bondé. Il n’y a pas longtemps, mon voisin avait des rots suspects, mais j’ai fait comme tout le monde. Je n’ai rien dit, j’ai regardé ailleurs en espérant qu’il se vide une fois sur le quai, mais pas avant. À la fin de l’année, il n’est pas rare d’en voir, de ces flaques d’izakaya dans leur bière… Une étudiante m’a dit qu’elle détestait ça, mais qu’il fallait y aller. Une autre qu’elle adorait parce qu’elle aimait boire. Les hommes en parlent en riant. C’est la société qui paie.
Tiens, celle qui aime boire, je lui ai appris il y a deux semaines que les épaulettes étaient de retour. Elle a halluciné, elle m’a regardé, マジ?マジ? C’est intéressant, avec toute cette presse fashion partout, il n’y a pas un seul titre sur le retour des épaulettes années 80. On a pas mal causé, ce devait être une sacrée noceuse, à l’époque ! Elle m’a raconté les plateaux de sushis, à l’époque de la bulle. C’est marrant, tous les récits sur la bulle, c’est toujours les montagnes de sushis… La bulle…
Le métro est archi plein. J’ai envie d’écouter de la musique.
Madjid

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