Parisien un jour…

… parisien toujours.

Je suis donc arrivé vendredi soir à Paris après une escale à Dubaï qui m’a semblé interminable cette fois-ci. L’effet dépaysant n’a pas joué comme les deux autres fois, on s’habitue à tout. Et puis la qualité entre Tokyo et Dubai n’est pas extraordinaire, l’avion est un peu ancien. Le personnel est toutefois très gentil. La qualité entre Dubaï et Paris est, elle, en revanche, exemplaire.
Arrivé à Paris vers 19 heures 30, il a d’abord fallu passer les contrôles et récupérer les bagages en constatant encore une fois que ceux qui ont décidé de l’agencement du lieu se sont fait plaisir car, non, vraiment, c’est incroyablement mal conçu. Cet aéroport est fait au delà du bon sens.
Dans la longue queue à l’embarquement de l’Airbus A380 à Dubaï, il y avait derrière moi des français. Je me suis amusé de leur conversation. Une fille se plaignait (ça en frisait le stéréotype), elle expliquait qu’elle avait du rebooker son vol pour je ne sais trop quelle raison, et patati et patata, à voix haute, mais qu’en gros elle avait loupé de son fait sa correspondance, donc elle n’était pas contente, et pourtant le rebooking ne lui avait été facturé que 150 euros, ce qu’elle co;;entait d’un « ça va », et puis au fur et à mesure, elle se vantait d’avoir pris un siège qui n’était pas le siens dans un autre avion, ce qu’une hôtesse lui avait fait remarquer en lui demandant d’attendre que l’avion parte pour prendre ce siège, ce à quoi elle avait refusé d’obéir. Elle en riait, et puis elle enchaina avec une autre plainte sur au sujet d’un truc qui n’avait pas marché.
L’écoutant, dans toute cette indiscipline, cette autosuffisance et ce manque de respect qui caractérise le caractère français, je ne pouvais m’empêcher de penser à une conversation type entre japonais, faite de sourires, de rires, fussent-ils totalement artificiels et superficiels, et qui donnent aux rencontres de hasards dans des espaces publics cette texture sucrée si reposante. Et puis, je me suis amusé de moi-même, sachant pertinemment que bien que tempéré par mon long séjour au Japon, je n’en restais pas moins fait de la même pâte que cette cruche vantarde et râleuse de l’avion, et je me suis fait sourire de moi-même. Le simple fait de ne pas m’agacer de cette insupportable conversation montre à quel point l’âge et le Japon ont tempéré mes capacités à me plaindre pour un rien.

Mon hôtel est vraiment très bien, très bien situé. Je vous en parlerai quand je le quitterai, mais pour tout dire, si vous parvenez à bénéficier des tarifs spéciaux qui parfois sont valables sur booking.com, alors c’est un incroyable bon rapport qualité-location-prix. Je suis près du cimetière du Montparnasse, et cela m’a permis samedi matin une promenade d’une qualité rare sous la belle lumière de cette mâtinée ensoleillée. Une très légère brume irisait les rayons du soleils en les rendant presque coupant sur les branches des arbres dénudées, c’était vraiment une journée pour flâner et savourer les rues quasi-désertes de ce quartier que je ne connais guère.
Samedi, Paris n’attendait que moi pour exister. Et quelle existence…

Car bien sûr quand j’écris que c’est un quartier que je connais peu, cela reste très relatif. Je connais quand même très bien le 14ème, je l’ai sillonné tant de fois, à pieds ou à vélo. Disons simplement que je suis un enfant de la rive droite plus que de la rive gauche. La rive gauche, c’étaient les bourgeois et les vieilles familles.
Il n’en demeure pas moins que Raspail, Vavin et Denferre sont chargés d’histoire et de mémoire et ce quartier, c’est aussi le quartier de Simone de Beauvoir, c’est son enfance racontée avec force détails, elle s’y cache. Sartre, lui, c’est un peu plus bas, ou plus haut, plus central disons.
J’ai traversé le cimetière, j’ai remonté jusque vers Denfers puis repris jusque Raspail et bifurqué sur Edgar Quinet, il y avait le marché. Là encore, les couleurs et les formes des fruits, des légumes, les fromages et les jusque les marchants n’attendaient que moi pour exister. Les prix étaient effroyablement chers mais la qualité était aussi visible, le choix unique. C’est si pauvre, faire les courses, au Japon.

Montparnasse est toujours aussi moche, je suis passé sans trop m’attarder, et puis j’ai descendu la rue de Rennes. Envie de pisser. Comment font donc les touristes, il n’y a nulle part où aller en dehors des cafés où il faut alors débourser plus de deux euros pour accomplir ce qui ne devrait être qu’une halte gratuite commandée par la nature. La première destination touristique du monde brille par son infinie saleté (les métros sont d’une crasse sans nom, la vétusté et la crasse du RER est une honte que je préfère ne pas évoquer) et par une absence incompréhensible de lieux où se soulager. Venez à Tôkyô. Hormis la propreté impeccable de tout, les chromes et les parois des trains et métros sont VISIBLEMENT lavés chaque jour, il y a des toilettes absolument partout, et ce sont des lieux « naturels », évidents, visibles et, of course, très propres.
J’ai bifurqué de nouveau près de Saint-Germain, je me suis revu, plus jeune, m’y promenant avec mon ami Olivier. Il aimait bien, par là. J’ai acheté le clavier français avec lequel j’écris en ce moment à l’Apple Store du Marché Saint-Germain. Partout, je faisais des pauses wifi. Et puis j’ai continué, je voulais acheter quelques livres chez Joseph Gibert, et là, ça a été redoutable, une grosse noyade. Je ne suis plus habitué aux librairies, je me suis retrouvé transporté des années et des années en arrière, mais il y en avait trop, des livres, j’ai étouffé. Il va me falloir du temps, et je le prendrai, peut-être demain.
Je suis retourné à l’hôtel, j’ai déposé le clavier, dérangeant la femme de chambre qui travaillait. Je suis ressorti, et j’ai marché, bifurquant vers le Luxembourg que j’ai traversé, prenant des photos, le ciel était magnifique. J’ai revu Tarnier, et puis je suis arrivé vers le Panthéon, j’ai traversé Saint-Michel. Je suis rentré dans l’église je ne sais plus quoi, il y avait un baptême dans un rite chrétien d’orient, le prêtre chantait en arabe, j’en ai eu presque les larmes aux yeux.

Et puis marchant de ci de là est arrivé l’heure de retrouver Nicolas. Longues conversations, c’est ce qui me manque le plus, au Japon. L’amitié, la confiance, l’échange, la confidence. J’aime beaucoup Nicolas.
Le soir, je suis allé retrouver Tarika et Frédérique, et là encore ça a été un moment rare puisque tous les trois, cela faisait bien une quinzaine d’années que nous ne nous étions pas retrouvés ensembles. Je suis rentré à deux heures du matin.
Autant la nuit de vendredi à samedi avait été douce, autant celle de samedi soir a été difficile. Dimanche matin, je me suis assoupi sitôt après avoir déjeuné. Le midi, j’ai retrouvé Tim, mon Tim.
En soirée, ça a été Thomas. Je suis rentré en métro, le temps est glacial. Sur TF1, il y avait Titanic, j’en ai regardé 15 minutes en rangeant des trucs, et puis j’ai éteint, et je me suis couché, il était onze heures. C’était hier soir, j’ai beaucoup de mal avec le temps, cela me semble il y a une éternité…

Ce matin, levé très tôt. Et une surprise, le téléphone qui sonne vers 9 heures alors que j’écrivais ce billet, c’était Houria Bouteldja qui passait me dire bonjour en coup de vent. En matinée, longues conversations avec Mehdi, qui travaille dans cet hôtel. Ce séjour est un ravissement. Cet après-midi je me suis promené encore, j’ai fait une longue série d’auto-portraits dans un lieu de mémoire, je vous montrerai cela plus tard.
Il est 19 heures, je dois filer, je suis attendu. Ce séjour est à mi-chemin de vacances et d’un quotidien qui me manque dans cette ville qui m’est chère. Parisien d’un jour…

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