Parce qu’il faut bien poster tous ses messages…

J’ai ecrit ces lignes vendredi dernier. Je les publie telles quelles. La, c’est vraiment mon journal…

J’attends le métro, c’est le soir. Ce week-end, la météo s’annonce bof-bof, avec de la pluie vraisemblablement dimanche. C’est l’hiver qui arrive par petites touches successives, avec à chaque fois le degré en moins. Je comptais piocher une citation de Nicolas Bouvier pour l’article que j’ai écrit, mais Nicolas Bouvier, c’est comme le Japon, quel vaste sujet. C’est marrant, toujours ce doute, et comme une impression de dégoût quand je finis de corriger. Je suis incapable de dire si ce que j’ai écrit est bien, ou pas bien. Je n’en sais fichtre rien. Je l’ai lu, relu, et puis mince, à l’arrivée, déception. J’étais parvenu à « tenir » une certaine longueur, et puis voilà que ça a dépassé. De pas beaucoup, juste le truc qui file la rage, « j’ai pas réussi ». Parler du Japon, mais comment peut-on faire ? Peut-être les bloggers fous ont une idée, avec des lolitas, le karaoke qui est génial et les salariman qui picolent comme pas deux, et que même c’est trop délirent. Vous voyez, je suis super mal à l’aise. J’aurais aimé écrire autre chose, une promenade, oui, ce matin, c’est ça, j’avais pensé à raconter une ballade, ici on voit ci, et là on voit ça, ça m’a pris comme toujours quand je devais finir la correction de ce que j’avais écrit. Ça m’a paralysé, j’ai donc fait d’autres trucs, comme mon visuel pour la journée de lutte contre le SIDA, j’ai lu des messages sur Facebook, et puis à un moment, je me suis dit que je devais m’y mettre à ma « promenade à Tôkyô », et puis, plus réaliste, je suis revenu à ce que j’avais écrit, parce que je n’avais plus le temps. Ça me semble pas mal, en fait, et la fin m’a surpris, je ne me souvenais avoir écrit cette fin – ça remonte pourtant à deux jours. Je crois que la fin reflète bien mon côté promeneur. Il y a dans le récit des passages qui me plaisent bien, et j’ai repris en main la structure qui était un peu décousue. J’en suis assez content, mais il m’a manqué une relecture, à froid, c’est-à-dire, avec une semaine de recul. C’est marrant, quand j’écrivais, pardon, quand je bâclais mes articles pour Illico, ou mes devoirs à la Fac, ça ne me faisait pas autant, mais je crois que l’expérience de ma pièce de théâtre m’a traumatisé. Je n’en ai jamais ressenti le bonheur légitime. Parce que quand on s’appelle Madjid, ce n’est pas gratifiant d’être publié par une maison d’édition spécialisée dans les auteurs Maghrébins. Je ne suis pas Maghrébin. Je suis Français.
J’ai pourtant de la reconnaissance envers l’éditeur, Marie Virole. Mais pour tout dire, je ne sais pas ce que je vaux, quand j’écris, et ça me terrorise, quand quelqu’un me lit. Le blog, c’est différent, parce qu’en fait, je me fiche un peu du style, ou de la qualité. C’est un journal. Mais écrire pour quelqu’un d’autre, pour de vrai… Ce n’est pas tant écrire, c’est être lu et être jugé. C’est extrêmement personnel, tout ça. C’est intime. Je regardais l’autre jour une vidéo d’Yves Simon des années 70, et à un moment, je l’ai trouvé ridicule, il en fait, une tête, que j’ai pensé. Et d’un seul coup, j’ai trouvé ça drôlement culotté, chanter, en public.
Des fois, j’ai envie de supprimer l’option des commentaires. Personne ne m’écrit, jamais. J’ai des lecteurs, anonymes.
« …mes mots, quand je les lance, et que tu ne les attrapes pas, je pèse le poids de l’absence, avec la rage, au bout des doigts ». Mama Béa, 48 kilos.
Mais je n’en veux à personne, c’est juste plutôt un sentiment de vertige quand je réalise.
Et puis, pour revenir à cet article, c’est quand même Didier Lestrade qui me l’a demandé. Et ça, ça fait partie des trucs qui me filent les jetons. Ça m’empêche pas de dormir, je dors même très bien en ce moment, mais bon, vous savez, je suis un vrai rebelle au fond de moi. Pas le rebelle « anti-système », un rebelle. Je n’ai jamais admis l’autorité facilement. Il faut que la personne ait quelque chose de spécial pour que je reconnaisse une forme d’autorité. Mon professeur d’histoire en seconde et première, madame Bourbon. Joël Cornette ou, mieux encore, cette femme remarquable que j’ai flairé en 2 secondes, Claude Gauvard, brillante comme Cornette mais avec l’humour en plus. Elle me faisait penser à Valérie Lemercier. Et alors, ses préoccupations : la violence entre le 13e et le 15e siècle. Prostitution, viols, vols, homosexualité, rapts, saccages et sorcellerie.
Je suis dans le métro. Pour la deuxième fois cette semaine, je vois un SDF, sale, dormant sur une banquette. Il a un de ces sacs rouges et blancs comme à Paris. Le phénomène se développe, quoi qu’en disent les Japonais…
Un de mes rares maîtres, dans la vie, a été Simone de Beauvoir. Je lui dois la lecture de Faulkner, Fitzgerald, Hemmingway, Dos Passos, Gide, Proust, Nizan et bien d’autres ainsi qu’une période romans policiers. Grâce à elle, en découvrant Gide, j’ai découvert Balzac. La liste n’est pas exhaustive, mais je rajouterais également que je lui dois d’avoir commencé à écrire un journal, et finalement, ce blog. Quand j’ai lu, je crois que c’est en parcourant La domination masculine de Bourdieu – que je m’apprêtais à acheter, le portrait de Beauvoir en représentante de sa classe, élevée de façon classique et représentant un certain type de femme bourgeoise etc, je me suis dis que pour un rat de laboratoire subventionné – sans qu’il le sache -par la CIA, comme tous les chercheurs en sciences sociales de sa génération (ce sont les sciences sociales en général, et le structuralisme en particulier qui, en déconstruisant, ont assassiné le marxisme, lire Les intellectuels et la CIA) ayant découvert la contestation après avoir écrit des rapports pour François Mitterrand, j’ai trouvé le truc vraiment gonflé. Mon père était un Algérien en usine, mais je peux vous dire un truc, Beauvoir et Sartres, il les a vu pour de vrai, parce que le vieux et le castor se déplaçaient. Dans les usines, dans les manifestations. Bourdieu, je ne sais pas…
Bref, pour que je « respecte » une personnalité, il faut que celle-ci réponde à certains critères que j’aurais bien du mal à définir tant ils peuvent être variés. J’ai beaucoup de respect pour William Sheller, par exemple. Les militants de Lutte Ouvrière, c’est presque de l’admiration, malgré de lourds désaccords. J’aime chez eux la mise en œuvre de leurs principes. Ils veulent une révolution, ils se lèvent donc le matin de bonne heure pour vendre le journal, rencontrer des salariés là où ils sont puis, ils enchaînent leur journée de travail où chacun sait qu’ils sont des militants révolutionnaires. Ils sont là, ils ne font chier personne. Mais si un jour éclate une grève, chacun sait qu’il peut compter sur eux. J’ai un vrai respect pour ça, et pour un autre truc aussi. Je sais bien qu’ils sont un peu partout regardés comme des frustrés, qui ne baisent pas. Je pense qu’il y a du vrai, et c’est un des trucs qui me gène chez les militants (ce n’est pas une exclusivité LO).
Bon, bref, j’ai un réel respect pour Didier Lestrade. Créer Act-Up, diriger Act-Up, mener Act-Up en refusant des concessions que beaucoup d’autres, dans d’autres associations, finissent toujours par faire, notamment la permanentisation, est déjà en soi une belle gageure. Mais plus profondément, c’est la transformation de la personne qui force le respect. Certains ont été modifiés par la vie, le chômage, la maladie. Didier, à mon avis, mais peut-être je me trompe car je ne le connais pas, me contentant de la lire depuis 20 ans, c’est le militantisme. Bien sûr, le VIH a certainement orienté sa vie dans une direction inattendue, porte-parole d’une cause. Mais il est une des meilleurs illustrations de ce qu’écrivait Beauvoir, dans La Force des Choses, quand elle explique la différence entre Camus et Sartre, entre la révolte et la révolution, entre le repli narcissique dans la contemplation de sa propre souffrance et l’ouverture au monde, la « conversion existentialiste » : mon expérience est universelle, elle appartient au monde comme l’expérience du monde me définit. Je ne suis pas seul. Didier Lestrade a progressivement étendu ses propos à d’autres sujets, et il n’est pas rare qu’on l’interroge désormais sur la politique, le racisme. Il est un des meilleurs représentant de la deuxième gauche, la gauche qui tente la transformation du réel à partir de la société, indépendamment des politiques. Nous sommes nombreux, orphelins du lointain PSU, pas du ramassis de babas des années 70, mais du laboratoire à idées, le catalyseur d’expériences militantes nouvelles, prêt pour mai 68.
Au moment où j’écris ces lignes, j’ai dors et déjà reçu une réponse, et je suis super heureux de pouvoir être lu dans Minorités.
Madjid

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