Page blanche

…puis confus s’est excusé de m’avoir posé la question tout en me faisant un grand sourire et en ajoutant que les branches étaient trop lourdes.

C’est toujours plus difficile d’écrire quand, comme aujourd’hui, je m’assoie devant mon clavier sans trop savoir de quoi je parlerai. Ce ne sont pas les sujets qui manquent, c’est la nécessité de se concentrer devant la page blanche et d’arriver à l’un d’eux.
Alors je butine, je cherche de nouveaux modèles de blogs, je regarde si je ne peux pas améliorer telle ou telle fonctionnalité, bref, je perds mon temps à ne pas essayer de percer ce mur entre moi et moi.
J’ai soudain pensé que je pourrais partager l’un de ces nombreux brouillons perdus dans le Nuage entre iCloud © et Page ©, j’ai vite regardé, feuilleté, et puis je les ai trouvés nuls.
Il y a des choses, comme ça, je pense que je n’y retournerai plus, il y a un avant, et un après cette angine, c’est net, c’est décidé. Il y a toutes ces choses qui me font l’effet de cette boisson au goût de miel que je me suis infligé durant trois jours et qui me donne presque la nausée rien que d’y penser, il y a dedans mon Olympus trop gros et trop lourd qui me fait mal au cou au fil des heures, il y a ces billets écrits et pas postés et que j’ai écrit pour vider je ne sais quel abcès… STOP, voilà, on y est.

Hier, alors que j’avais une pause entre deux classes, je suis sorti visiter le petit temple derrière l’école, et je me suis souvenu que j’aimais y aller, autrefois, et je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai arrêté d’y alors qu’à l’automne il est superbe avec ses grands ginkgos aux feuillages jaunes, alors qu’il est magnifique en février avec ses pruniers blancs qui sentent si bon, et qu’il est agréable au printemps sous le soleil et la lumière éclatante d’avant la saison des puits. C’est un temple Shingon, et toujours je me sens bien dans les temples Shingon, « la parole vraie ».
J’y suis allé, mon dp2 dans la poche, et j’ai mitraillé, j’ai fait joujou. Ce matin, et développant tout cela, j’ai souri en pensant que la taille des photographies, 4,6mégapixels, était vraiment petite, mais vous savez quoi: j’ai aimé ce que j’ai vu. Dans la grande allée qui va vers le temple, les fleurs de pruniers embaumaient et dépassaient un peu, et j’ai alors vu deux ouvriers qui taillaient les branches visiblement trop lourdes. L’un d’eux m’a appelé, m’a demandé d’où je venais (ah, ces japonais…), je lui ai répondu que j’étais français, il m’a fait un grand sourire, a répété « ah, la France », puis confus s’est excusé de m’avoir posé la question tout en me faisant un grand sourire et en ajoutant que les branches étaient trop lourdes. Son collègue s’est arrêté et m’a regardé, les yeux plissés par le soleil et son sourire, et puis est retourné à la coupe, je les ai salué, et j’ai repris ma promenade.
Ce temple est tout ce qu’il y a de plus banal, il n’a absolument aucun intérêt, mais il est un tout petit carré de nature, de calme. Au bout de l’allée bordée de nombreux pruniers sur sa gauche, il y a le petit escalier qui conduit à la « porte » de ce petit temple, puis encore quelques marches, et enfin le petit parvis au bout duquel il y a le bâtiment. C’est tout.
Moi, ça me suffit. J’ai pris quelques photos, regardé l’endroit avec le brin de nostalgie de celui qui n’est pas revenu depuis plusieurs années, et puis j’ai fait le chemin inverse, retranché la « porte », descendu les marches, le soleil me frappait les yeux, c’était vraiment très agréable. Nous nous sommes salués encore une fois, et puis je suis retourné au travail.
20 minutes? Quel plaisir…

Ma gorge continue de me gratter par intermittence, je tousse un peu, mais c’est comme une sorte de fatigue des tissus, je n’ai plus du tout mal, et sa couleur est désormais redevenue normale. Je suis vraiment remis, je dors très bien la nuit. Je fais des rêves, je le sais car j’en porte le goût au réveil, mais je ne m’en souviens pas. Ce n’est pas bien grave.

Comme je vous disais, il y a comme un avant et un après, l’abcès est vidé. Oui, tiens, par exemple, j’ai eu une conversation avec mon directeur jeudi dernier. Depuis, le bully ferme sa porte, il m’ignore. Moi, je ne l’ignore même pas. Comme je l’avais écrit, je m’en fiche vraiment. Je ne veux juste pas d’une ambiance empoisonnée au travail. Le reste, ce sont ses oignons, hein.
Cette année, pour la Saint-Valentin, バレンタインデー, j’ai reçu beaucoup de chocolats (c’est comme ça au Japon), quand je dis beaucoup, je veux dire, euh, vraiment beaucoup, quoi. Et puis pas des chocolats à 500 yens comme c’est souvent le cas, non, des trucs chers. Je suis un peu gêné, et hier, alors que j’attendais que l’employée finisse de moudre mon café, je regardais des paquets de chocolats, et je me demandais si je ne devrais pas avoir une sorte de petit saladier où je mettrais de petits bonbons et des petits chocolats. Une professeur faisait cela, et je trouve le geste gentil. Mes étudiants sont vraiment adorables, vous savez.

Autre « avant-après », l’eau gazeuse parfumée au citron. Alors ça, ça a été mon truc pendant au moins cinq ans, j’adore ça, j’achète ces bouteilles de un litre au Lawson100 pour 75 centimes d’euros et j’en bois, j’en bois, j’en bois. Eh bien depuis lundi, je n’y arrive pas. Il y a certainement l’arrière goût de l’antibiotique, mais aussi cette douceur du « goût citron », horrible réminiscence de cette boisson prise de force pour me maintenir à flot.
On ne se remet pas d’une forte fièvre accompagnée d’un tel degré de douleur physique, cela fut-il très bref (loin de moi l’idée de me faire passer pour un grand malade, comparé à beaucoup de monde, c’était rien, c’était curable et je savais que je n’allais pas mourir), sans que cela ne modifie la perception du réel. On peut accepter cette modification ou la refuser, dire qu’il s’agit des effets secondaires et qu’on ira mieux bientôt, mais pour ma part j’ai littéralement pris le parti de les embrasser pour la simple raison que je me suis ressouvenu, au cas où je l’avais oublié, que j’étais en vie. Un peu comme si j’avais quelque part aboli l’âge, les années, le temps, et que j’avais découvert l’éternité en moi.
Autant en profiter, car toute éternelle que soit cette éternité, l’éternité, c’est court.

Aujourd’hui encore il fait beau. C’est un vrai plaisir, sortir, par ce temps là. Je préfèrerais me promener, mais il reste le week-end pour cela, on est déjà jeudi, ça va venir très vite.

2 Comments

  • C’est toujours un plaisir de te lire. Chaque billet est touchant à sa façon, possède sa sensibilité du moment. Merci de nous laisser t’accompagner ainsi. Si je puis me permettre, en retour, de te faire partager le sentiment qui m’a envahie en lisant ton billet: j’ai entendu dans ma tête la chanson Gøta de Peder Karlsson. Amicalement.

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