Minorités 156 | Hep, toi, là, le p’tit pédé

Paru dans la revue Minorités.org Dimanche 10 février 2013.
Oui, toi, là, toi qui as tout juste quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus, c’est à toi que je m’adresse. J’ai quelques petites choses à te dire, des secrets à partager au sujet de ton homosexualité, enfin, la nôtre. Parce que même si je ne te connais pas en vrai, toi et moi, nous sommes liés par les fils secrets de ce qui nous fait différents et par un apprentissage à tâtons dont personne ne s’est soucié. J’en suis tellement désolé, de te savoir jeté dans le monde sans qu’à aucun moment on ne t’ai dit ce qui t’attendait. Si tu as atterri ici, c’est que tu cherchais quelque chose. Tu l’as trouvé. Je vais TOUT te raconter.

Tu en as de la chance, mon joli petit pédé de quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus. Si, je t’assure.

Tu vas pouvoir te marier. C’est pas fantastique ?

Peut être tu ne mesures pas vraiment tout le chemin parcouru pour en arriver là. Savais-tu que jusqu’en 1982, l’homosexualité était un crime ? Bien sûr, la loi n’était plus vraiment appliquée, mais elle pesait lourdement sur notre visibilité, à nous, les gays, les pédés quoi. C’était toujours un peu comme une menace.

À cette époque là, pour les plus riches, ça allait comme Bettencourt ou Cocteau, ils vivaient discrètement, mais pour les autres, c’était vraiment risqué. Tiens, d’ailleurs, si tu en as encore un peu, de la honte, eh bien, c’est à cause de cette histoire.

Ce n’était pas drôle.

Rencontrer d’autres garçons, ce n’était pas facile, c’était souvent en secret, par hasard. Dans les toilettes publiques, par exemple. Ça sentait pas bon, mais pendant longtemps, beaucoup d’entre nous n’avions que cela pour, en cachette, furtivement, nous rencontrer. Ça ne te dérange pas, que je dise nous, hein. On est un peu de la même famille.

Nous n’avions le droit à rien, ce n’était même pas une question d’inégalité, c’était l’invisibilité, un peu comme les maîtresses à qui les riches hétéros payaient une chambre en ville, en cachette de leurs femmes. Une vie de mensonge dont nous étions les victimes. Et quand à tout hasard l’un d’entre nous parlait un peu plus fort, on lui renvoyait la décadence et la saleté de ses mœurs. C’était dur, et tu en as un peu eu le goût, la haine que certains ont de nous n’a aucune limite.

Mais bon, progressivement, le nombre de ceux qui ont relevé la tête s’est accru et nous avons fini par avoir le courage de faire des associations, et des journaux, et même mieux, de manifester. Je ne te parle pas de maintenant, hein, pas la Gay Pride ©, ou Têtu, non. Mais de la marche de 1981, ou du Gai Pied à la fin des années 70. Tu as entendu parler du FHAR ? Renseigne toi un peu là dessus, tiens. Et puis pendant qu’on en est à ceux qui ont eu du courage, cherche Jean-Louis Bory. Imagine, c’était interdit, à cette époque là, vers 1973, eh ben le type, à la télé, il a lu une lettre d’ouvriers homosexuels. Le choc, t’imagines? Les couilles qu’il a fallu pour faire ça, parce qu’avant, ben, c’était un écrivain plutôt normal et qu’en plus, tout le monde pensait que les homos, c’étaient des riches. Mais tu vois, tout pédé qu’il était, c’était pas une pédale, hehehe.

C’est vieux, tu penses, hein.

Mais je te raconte ça parce que les salopards qui nous insultent à longueur de tribunes et de manifestations, eh bien, c’était eux qui faisaient la loi, et nous n’avions que le droit de nous taire. Tu me promets, hein, que tu ne te tairas pas, hein? Parce que les types de mon âge, ben, on commence à se faire vieux, et on ne sera pas toujours là pour être sûrs que tout va bien pour les gamins de ton âge. Ça te gêne pas, que je dise gamin ?

Bon, bref, à force de bouger, on va finir par pouvoir se marier. Tu ne mesures pas encore, mais je te fais confiance pour savoir t’en servir. Tu vas pouvoir te marier, si tu en as envie. Et ne pas te marier si tu n’en as pas envie.

La liberté, quoi.

Cela étant, tu en as encore le temps. Après tout, ça ne fait pas très longtemps que tu as eu tes premières éjaculations, et encore moins longtemps que tu te dis que, bon, ben, peut-être, finalement, ce sont les garçons que tu préfères.

C’est sympa non, être homo, tu ne trouves pas? Non? Quel est le problème? Ah, les autres? Ben oui, c’est pour ça que je t’ai raconté tout ce machin sur Bory, la dépénalisation en 1982 et tous ces bâtards qui passent leur temps à nous insulter.

Parce que oui, vraiment, c’est sympa, être un garçon qui aime les garçons. C’est beau, un garçon. Tu as encore un peu de mal à t’en rendre compte, après tout, tu n’es qu’un petit pédé de quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus. Tu as des érections en béton, tu bandes parfois sans trop contrôler et tu n’as pas encore appris toute la beauté qu’il y a dans la chute de rein d’un autre garçon, les coups de regards fragiles quand il te regarde, les grands sourires qui sentent la complicité, les longues caresses à se regarder les yeux dans les yeux, l’émoi quand, alors qu’il frôle de sa langue tes tétons, tu le regardes et tu découvres son cou, ses oreilles, comme tu ne les avais jamais vus. Oui, c’est beau, un garçon. C’est dommage que tu te contentes encore de la facilité de collectionner des photos de bites volées sur le net, sur Tumblr ou ailleurs, que tu en produises toi même en cachette sur Vine… Bof, allez, tu en as bien le droit, hein, de bander, de te branler et d’éjaculer en regardant les autres. Il faut bien t’en servir, de ton sexe.

Mais je vais te donner un secret, un vrai.

Il va falloir, vite, que tu mettes en pratique, et que tu rencontres ton premier amant, pour de vrai. Et si c’est déjà fait, t’évertuer à ne pas t’enfermer dans le monde virtuel. Une bite, crois moi, c’est bien meilleur en vrai. Parce qu’on peut bavarder avec son propriétaire.

Hélas, suite à des circonstances qui ont trait aussi à notre histoire, tu vas voir, ça te concerne aussi, c’est devenu plus problématique de se rencontrer, même pour bavarder. Pour un rien, ça coûte de l’argent, et ça, ce n’est pas juste, parce que tu n’es qu’un petit pédé de quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus, et que de l’argent, tu n’en as pas.

Je vais te raconter un truc, là, maintenant. Parce que si tout ça, ça coûte de l’argent, c’est qu’il s’est passé des trucs, tu sais, depuis qu’on a eu le droit de s’embrasser sans courir le risque d’aller en prison, comme c’était le cas avant 1982. Et ce que je vais te raconter, ben, c’est pas facile, tu sais, mais il faut que tu le saches, parce qu’il va falloir que tu fasses des choix. Je préfère te balancer ça maintenant, tu seras prévenu.

Tu zappes pas, hein?

Il y a des vieilles de mon âge qui ne vont pas être contentes de ce que je vais dire, ni de comment je vais le dire, mais bon, c’est que des vieilles comme moi, tu peux pas t’imaginer comme je m’en fiche. Tiens, au fait, toi aussi, tu vas apprendre à parler au féminin. Des fois c’est gentil, des fois c’est vache. Des fois c’est pour dire un truc grave. On laisse le masculin à ceux qui ont à tout pris besoin de parler au masculin pour se prouver des trucs, du genre les casseurs de gueules ou les députés homophobes.

Voilà, en 1982, on a eu le droit d’être gay.

Pédé, quoi. Homo. C’était génial. On a commencé à avoir des bars, et tout. À Paris, ça draguait le jour aux Tuileries à côté de l’Orangerie, depuis des siècles d’ailleurs, on draguait l’été en journée au bord de la Seine en se faisant bronzer, si si, et des centaines, je t’assure. Aux Buttes Chaumont aussi. C’était difficile, de rencontrer quelqu’un, bien sûr, mais comme on avait plein de lieux en plein air, on finissait toujours par rencontrer quelqu’un. Et puis on se faisait plein de copains.

C’était gratuit. La plupart d’entre nous débarquait à quatorze / quinze ans, on apprenait à devenir homo en bavardant avec les autres. Pour de vrai, et à l’œil. On passait tous plus une moins par une crise de follitude, histoire de se débarrasser de l’obligation d’être viril.

Et puis, il y a eu cette saloperie de merde

Le sida, ça, je suis sûr que tu en a entendu parler. Ça a été horrible, on a eu nos copains qui sont morts, ceux qui sont tombés malades, on ne savait pas quoi faire, il y en a eu qui ont arrêté de baiser. Tu te rends compte, on avait le même âge que toi… Ceux qui vivaient avec leur copain, ben, quand leur copain mourait, ils perdaient tout, la maison, les meubles, tout. Ben oui, il n’y avait pas de mariage, et les familles, des fois, se vengeaient. Celui qui restait se retrouvait sans rien, plus un souvenir, et pourtant des fois il avait accompagné son copain pendant des mois, des années, dans la maladie. Je ne sais pas si on te l’a dit, mais avec le sida, tu chopes toutes les maladies qui traînent, elles deviennent pire. Tu te rappelles, ta varicelle? Ben imagine, c’est pareil, mais ça dure, et tu ne peux plus manger, tu maigris, et tu attrapes un truc comme une grippe par dessus. Et il n’y avait pas de médicament. Alors, tu meurs.

On avait ton âge, tu sais…

Mais heureusement, comme on avait l’habitude de se rencontrer, je t’ai dit, les Tuileries, la Seine, ou ailleurs, on n’a pas tardé à réagir collectivement. Une vraie communauté. Aux USA aussi, ils ont fait ça. À San Francisco. À la télé, on te parle de héros pour des trucs nuls, mais nous, comme par hasard, nos héros, la télé, elle les a oubliés. Ben ouais, tu imagines, ils sont incapables de t’avoir fait ton éducation sexuelle, alors te parler de pédés qui ont lutté, dégommé trois ministres et fait faire caca dans leur culotte à plein d’autres, hein… Quelques dizaines d’entre nous ont informé tous les autres.

Mettez des capotes, mettez des capotes, qu’ils disaient.

La plupart d’entre eux sont morts. Ce sont nos héros, à nous les pédés. Si tu veux être libre, tu devras un jour penser à leur rendre un culte. Je sais pas, le premier décembre, par exemple. Ils en avaient, des couilles, c’étaient pas des PD.

Alors comme ça, pour ne pas choper cette saloperie, il suffisait de mettre une capote à chaque fois qu’on pénétrait un autre mec par l’anus. Je te choque pas, j’espère. Mais bon, hein, sur le net, tu en as vu d’autres, je suppose. A ce sujet, c’est à toi de voir si tu veux faire ça, et quand tu le feras, ou si tu veux recommencer, c’est ton histoire, c’est ta bite, et c’est ton cul. Ce que je peux te dire, c’est que d’un côté ou de l’autre, quand c’est bien fait, c’est super cool. Ben ouais, on est des pédés, et on n’a pas honte de se faire pénétrer. D’ailleurs, même les hétéros aiment se faire mettre un doigt par leur copine, he he he. En fait, on a une glande et c’est agréable quand on la masse : la prostate. Et quand tu te fais pénétrer, si c’est bien fait, je te raconte pas le massage. Je dis bien si c’est bien fait…

Il y en a, ils ne te respectent pas, ça fait mal, et puis c’est tout.

Tiens, voilà un autre secret, un truc qu’on ne te dira jamais nul part.

Il te faudra bien choisir tes amants.

C’est important pour toi, parce que tu apprendras à te respecter toi même. Et puis c’est important pour que tes amants apprennent à se respecter les uns les autres.

On est entre hommes, il n’y a aucune pondération, aucune sorte d’éducation pour nous freiner comme c’est le cas entre hommes et femmes. En fait, l’éducation des hommes est une éducation de dominants. Tiens, ce sont, par exemple, ces crétins qui te traitent de PD, te menacent de te casser la gueule, espèce de pédale, comme ils disent. Eh bien, il faut que tu comprennes que tout gentil que tu es, tu as cela en toi. Le plus tôt tu le sauras, le plus tôt tu apprendras à te freiner, à écouter l’autre, à sentir quand ton partenaire éprouve du plaisir, et quand il n’en éprouve pas. Tu deviendras un amant très apprécié, et c’est bien ce que tu cherches, non, hein?

Certains, tu auras l’occasion d’en rencontrer, peut être as tu vu de ces vidéos à ce sujet, s’amusent à contrôler leur violence. On appelle cela le sado-masochisme. Je suis mal placé pour te raconter, moi, ça m’a toujours fait rire, quand un gars essayait ce genre de truc avec moi, on arrêtait tout. Mais qui sait, peut être que toi tu aimeras ça ou tu aimes déjà ça, et c’est ton droit. Mais rappelle-toi bien, jamais il ne faut faire vraiment du mal, et encore moins haïr son partenaire.

Quand un homme exerce une violence sur un autre homme, tu sais comment cela s’appelle ?

Cela s’appelle un viol.

Si tu sens ce type de violence en toi, n’hésite pas à en parler à un spécialiste avant de l’exercer. Si un homme te viole, ou te fait du mal, dénonce-le, ne rentre pas ta peur, n’apprend pas à te taire ni à te faire du mal. On n’a pas lutté contre les homophobes pour ça, non, hein? Bon, je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire. Gère au mieux. Les hommes sont parfois violents sans s’en rendre compte, et ce n’est pas toujours méchant, tu sauras faire la part, maintenant que je t’en ai parlé.

Comme je te disais, le sida a décimé Paris.

Nos clubs, nos bars, nos habitudes, presque tout a disparu. Et puis certaines associations et les politiques ont décidé que pour « contrôler les risques » et « faire de la prévention », il faudrait limiter la drague dans les jardins. Finies, les Tuileries, adieu, Tata Beach, déserts Les Buttes Chaumont. Je ne sais pas trop comment c’est par chez toi si tu es en province.

Maintenant, il faut de l’argent, pour draguer.

Ou un ordinateur, ou un téléphone portable. Et encore, on se branle beaucoup, on rencontre peu. En tout cas à ton âge. C’est dommage. Combien de fois, tu te retrouves à jouir tout seul devant ton ordinateur, si c’est pas malheureux.

Bref, voilà, je t’ai expliqué. Cette saloperie appelée sida a changé beaucoup de choses, nos lieux, beaucoup sont morts. Et puis ceux qui sont restés ont vieilli. Et puis il y a eu enfin des médicaments de plus en plus efficaces. Pour ceux qui n’avaient pas attrapé le virus, c’était la délivrance. C’étaient des tonnes de pilules, mais ils étaient de moins en moins malades. Et puis les médecins ont de mieux en mieux contrôlé. Maintenant, c’est souvent qu’une pilule par jour quand on a le virus, le VIH. On revient de loin, hein. Ceux qui n’avaient pas attrapé le virus, eux, ont eu moins peur de tomber malade.

Pendant des années, nous avons couché avec des types sans poser de question, on utilisait la capote, on faisait très attention. De temps en temps, une capote lâchait. Pas de chance.

Mais comme je t’ai dit, on était un groupe.

On s’entraidait, on se sentait moins seul. À force, et ça c’est le monde dans lequel tu vas débarquer, certains se sont lassés de mettre des capotes, et les contaminations par VIH ont recommencé. Bon, ok, il y a des médicaments, mais ce n’est pas marrant. Il y en a plein, ils te diront que c’est pas grave, mais c’est pas vrai. Ne les crois jamais, hein, tu m’écoutes, t’es trop mimi pour avoir à te taper un médoc qui va te bouffer les os, te donner des cauchemars ou des vertiges.

Le VIH, c’est ton histoire en tant que pédé, tout comme la déportation, tu sais, quand Hitler nous envoyait en camps avec une étoile rose , ou comme quand on nous brûlait en place publique, ou comme dans certains pays quand on nous emprisonne. C’est ton histoire en tant que pédé, mais c’est pas ton histoire individuelle. Ne laisse jamais un type te contaminer, ne cède jamais aux sirènes du c’est pas grave. Et même si tu bandes comme un malade quand tu vois des films ou des photos sur le net avec des types qui ne se protègent pas, ne le fais jamais.

C’est un ordre.

Tu vois, je ne suis pas un mec cool. Tu sais pourquoi? Parce que je t’aime trop pour ça, petit pédé de quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus, je ne te connais pas, mais nous avons la même histoire. Moi aussi, j’ai été un petit pédé de quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus.

Je sais que dans les mois, les années qui viennent, ça va enfler, la tentation de laisser tomber la capote. Parce qu’en soit, c’est vrai que c’est pas rigolo.

Mais si je peux me permettre…

Je te donnerai un conseil, un truc qui vient de l’époque d’avant cette saloperie. On peut s’embrasser beaucoup, et je t’assure, quand t’emballes un type qui te plait, ta pine, elle est super dure, si si. Tu peux lui lécher le nez, derrière tes oreilles, et pour tout te dire, il y a des mecs, ça les fait presque jouir, si si. Ensuite, tu peux le caresser, lui lécher les flancs, le nombril, il y a des mecs, ça les tord en deux, si si. Tu peux lui lécher les tétons, les lui caresser, je t’assure, il adorera ça. Et tu sais quoi, tout ça, c’est risque zéro. Vous pouvez vous branler, vous regarder vous branler, et c’est sans aucun risque, aucun, c’est safe. Tu peux lui lécher les couilles, idem, aucun risque… Et si enfin tu en arrives à une pénétration, c’est préservatif, et ça, tu ne le négocieras pas.

Et je vais te dire pourquoi.

Simplement parce qu’un jour, tu vas en faire jouir un davantage et il te fera jouir un peu plus, vous aurez plein de trucs en commun et vous voudrez vous marier. Et si l’un des deux, à votre âge, était séropositif, on dit comme ça, ben tout d’abord il faudrait le dire à l’autre, et si ça ne changeait rien à votre relation, tu te rends compte comment il serait inquiet à chaque fois que tu seras malade, je sais pas, une grippe, pas le sida. À ton âge, si tu fais ce que tu peux, ce truc, je te dis, ça ne t’atteindra pas. Si tu rencontres un gentil garçon séropositif, s’il prend bien son traitement, si vous faites ce que je t’ai expliqué plus haut, tu n’as aucun risque. Tu seras juste inquiet quand il sera malade, je ne sais pas, une grippe.

Ça s’appelle l’amour.

Et puis à ton âge, à priori, tu le verras arriver, le traitement, celui qui te permettra vraiment de relâcher un peu ton attention, même s’il y a d’autres maladies, comme l’hépatite, une saloperie, ça aussi.

En fait, tu vois, tu arrives à un moment important. Ta vie s’ouvre sur l’horizon. Le Prince Charmant a décidé de laisser tomber cette idiote de Blanche Neige, l’autre a décidé de laisser cette gourde de Belle au Bois Dormant pioncer forever, ils se sont rencontrés tous les deux et ils sont tombés incroyablement amoureux.

De tes choix, de cette vie devant toi, de ta capacité à décider pour ta vie, joli petit pédé de quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus, tu vas appartenir à la première génération de pédés vraiment libres. Libres de tout foirer, de se retrouver à enchaîner les rencontres, pas faire trop attention à toi et aux autres et peut être même te choper une saloperie au passage.

Ou libre d’être un peu plus fort, de vraiment redresser la tête et d’envoyer ces gueules de cons d’homophobes. Tu seras peut être au chômage, tu seras certainement un peu fauché, mais si tu mets de la volonté dans ta vie, si tu aimes les autres petits pédés de quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus, alors tu seras un homme, mon petit pédé de quinze, seize, dix-sept ans ou un peu plus. Nous, les vieux, on emmènera notre époque avec nous dans la tombe.

Je te demande juste, alors, de ne pas nous oublier.

Madjid Ben Chikh

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