Le trois déjà

Fenêtre, Kôdai-ji

Moi, ce sont les arbres réparés qui souvent forcent mon regard.

Les jours passent, le temps passe, j’aime bien. Sur mon vélo, le temps de mes grands trajets dans Kyôto, je pense, à plein de trucs. Et par moments je ne pense pas, je regarde. Kyôto est à l’image du Japon, c’est pas super beau parce que les japonais ont délaissé l’urbanisme et construisent des maisons toutes plus moches les unes que les autres, et puis il y a ces parkings qui éventrent la ville et ces centres commerciaux hideux ou des supermarchés vraiment d’un autre âge, des drugstores avec du PQ en solde en devanture.

Mais quand on s’habitue à tout ça, alors on voit tout le reste, des paysages adorables avec ces montagnes qui entourent la ville, les nuages bas qui les caressent ou semblent même parfois en sortir, de vieilles maisons en bois encore debout, fières et parfois rénovées par des propriétaires conscients de ce que ces maisons valent, je veux dire par là en terme de beauté et de patrimoine, on surprend même de nouvelles maisons construites dans le respect de normes anciennes mais alliant des techniques plus moderne, du béton par exemple, et donc à même de ne pas être voraces en énergie quand vient l’hiver. On voit aussi parfois des maisons ou des résidences résolument modernes mais où on devine aussi ce que les formes anciennes ont apporté.

Et puis il y a les patrimoine que cette ville a non seulement conservé jalousement mais que ses habitants de plus en plus nombreux apprennent à mettre en valeur.

Les jardins à Kyôto sont simplement magnifiques, pierres, mousse, eau, pins soigneusement taillés et même parfois rafistolés quand sous le poids et les années ils ont plié, ils ont cassé voire se sont brisés qu’importe, de la corde soigneusement serrée et quelques pilotis et le tour est joué l’arbre reprend vie. On voit souvent des abricotiers japonais, « ume », qu’on appelle avec erreur pruniers, qui fleurissent en février et sentent si bon le printemps qui commence, cassé, brisés, le tronc creusé et recouvert de ce lichen grisâtre craquelé que les peintres japonais aiment à dessiner, parfois d’autres plantes se sont nichées dans le creux et se nourrissent de l’arbre, et puis aussi ces cordes nouées qui soutiennent le tout et le réparent, et voilà un arbre peut être centenaire encore là, nous, en France, on l’aurait coupé.

Réparer, mettre en valeur la réparation, ne pas la masquer est tout un art au Japon, et une réparation bien faite est appréciée en tant qu’oeuvre. Bols et assiettes recollées à l’or « kintsugi », soudain ce qui est brisé trouve une seconde vie où la fêlure se fait précieuse, retient l’attention. Moi, ce sont les arbres réparés qui souvent forcent mon regard.

Et pourtant ce pays jette, sur-emballages, boites, on jette beaucoup on répare peu…

On récupère beaucoup les pots fêlés pour faire pousser des fleurs, des plantes. Et la mousse, je veux dire les mousses tant ici elles sont cultivées comme des plantes à part entière pour dessiner les paysages, en France on les arrache. Et que dire en été de ces étangs verts de ces sortes de plantes qui sont à la surface de l’eau, toutes petites feuilles comme des mousses d’eau, et là où il n’y en a pas on voit que ça grouille de vie en dessous.

Ah Kyôto… Encore deux jours.

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