Le temps de commencer est venu

Je n’adhère pas au consensus politique de la république autoritaire, et ce moment où j’ai « refusé d’être Charlie » a été le moyen de le vivre, de le ressentir, fusse au prix de la solitude et des insultes. Ce moment m’a rendu optimiste, j’y ai puisé une force très particulière. En réalité, nous ne devons rien, ni au PS, ni à François Hollande. Et avec une abstention de près de 50%, nous sommes une masse silencieuse qui ne demande qu’à exister.

Je suis candidat à l’élection présidentielle et à l’élection législative de 2017.

Le 10 janvier 2015 j’avais écrit un article au sujet de la grande manifestation du dimanche 11 janvier, « Va pas au truc de dimanche ». Depuis, il y a eu ces attentats du 13 novembre, et à leur suite la pire dérive sécuritaire jamais connue depuis Guy Mollet et le Front Républicain en 1956. Un dérive autoritaire, déjà bien engagée idéologiquement depuis des années au travers de ces obsessions « républicaines », « anti-communautaristes », « laïques » et un discours incroyablement pessimiste d’où est absente l’idée même de démocratie. Une dérive bien utile pour masquer 5,7 millions de chômeurs et 15 millions de pauvres.

Cet article, je vous invite à le lire ou à le relire. Il m’a valu beaucoup d’inimitiés, une belle volée d’insultes, un sentiment de solitude profond, mais aujourd’hui plus encore j’en mesure la force, celle qui me conduit à me tenir prêt à être candidat à l’élections présidentielle.

En refusant la fantastique récupération de cette marche, je me suis libéré du « 21 avril permanent », cette manière de gouverner avec lequel on abuse les électeurs de gauche en les appelant à « faire barrage au FN » le dimanche pour mieux en reprendre la politique le lundi.

Regardez-les, tout juste sommes nous sortis des régionales, ils protègent les entreprises plaçant dans des paradis fiscaux, rétablissent une imposition inique contre la presse en ligne contre l’avis même des instances européennes dont se réclame le gouvernement quand il s’agit de faire de l’austérité, ré-instaurent une nationalité conditionnelle au rabais avec cette mesure raciste qu’est la déchéance de citoyenneté, tout cela pendant que continuent les violences à l’égard des musulmans sous couvert de lutte contre le terrorisme et que l’état d’urgence, lui, s’installe pour durer en limitant au passage le droit de manifester librement.

On ne sait plus trop si Marine Le Pen n’a pas pris le pouvoir par François Hollande interposé, comme le suggère très justement un quotidien italien.

Je n’adhère pas au consensus politique de la république autoritaire, et ce moment où j’ai « refusé d’être Charlie » a été le moyen de le vivre, de le ressentir, fusse au prix de la solitude et des insultes. Ce moment m’a rendu optimiste, j’y ai puisé une force très particulière. En réalité, nous ne devons rien, ni au PS, ni à François Hollande. Et avec une abstention de près de 50%, nous sommes une masse silencieuse qui ne demande qu’à exister.

Je suis dans l’opposition démocratique et sociale. J’ai 50 ans, je suis homosexuel, séropositif, mon père était algérien, ma mère est française, je suis né à Paris et j’ai grandi à Épinay-sur-Seine et Bondy avant de revenir à Paris quand j’ai eu 18 ans. Je suis du 10ème. Les attentats de novembre ont été très douloureux, paysages familiers… Je vis à Tôkyô depuis 2006, j’y enseigne le français et l’anglais. J’ai dans ma vie plusieurs fois connu le chômage, j’ai également été RMiste. J’ai étudié l’histoire à Paris I. J’aime la musique baroque, Sartre, Gide, Dib, Kawabata, Beauvoir et Balzac. J’écris ici, ou , je photographie tout et n’importe quoi. J’adore Paris, Londres et Kyôto. Alger me fait rêver.

Comme beaucoup dans ma génération, en 1984 je suis entré au Parti Socialiste, pour aider, le FN venait de faire le même score que le PCF, le PS s’était effondré et la droite et l’extrème-droite venait de faire une manifestation monstre pour l’école privée. On parlait du Chili… Je n’ai toutefois jamais été à SOS Racisme, dont je constatais les dégâts sur les associations de quartier, à Bondy. J’ai eu quelques responsabilités, j’ai rencontré des gens très bien et parmi eux Gilles Martinet, fondateur de France-Observateur, pour lequel j’ai eu l’honneur de co-organiser la campagne électorale dans le 10ème arrondissement de Paris en 1988. J’ai quitté le PS peu après, écoeuré, comme tant d’autres, par la dérive bureaucratique. J’ai aidé Act Up, j’ai fait parti de ces foules des manifestations de sans-papiers, contre la guerre du Golfe, le Droit au Logement, et j’ai créé un groupe politique assez étonnant à l’Université de Paris I en 1993, Spont’Ex. En 1995 j’ai redonné sa chance au Parti Socialiste, comme d’autres à ce moment là, et créé une section originale, à la Sorbonne. Ecoeuré par la morgue de l’appareil, son conservatisme et son manque d’ambitions politiques, je suis parti pour de bon en 1998. En 2002, j’ai voté pour Christiane Taubira.

J’ai longtemps regretté de m’être fait avoir après le 21 avril 2002, comme des millions d’entre nous. Regretté de n’avoir pas entendu une voix forte pour me dire de ne pas voter Jacques Chirac.

En écrivant cet article en janvier 2015, j’ai pris le pouvoir d’être cette voix. J’ai refusé le piège d’un unanimisme de façade sur lequel se bâtit une politique autoritaire. En me déclarant candidat, j’ai décidé d’ouvrir une voie, démocratique et sociale, venant de « ma gauche », celle que l’on avait appelé « deuxième gauche » parce qu’elle refusait la guerre d’Algérie quand la « vieille gauche » SFIO pratiquait une politique faite de racisme, de violences et de limitation des libertés.

Alors, j’ai décidé « d’y aller ».

Je suis seul. Comme vous. Nous sommes tous seuls, mais peut-être pouvons nous joindre à ce travail immense qui nous attend. Je vous offre une opportunité, il n’appartient qu’à vous de savoir vous en saisir.

Oubliez cette déchéance de nationalité, ce joujou qui va occuper tout ce petit monde durant des semaines jusqu’à une énième défaite. L’accepter? Non… Mais il y a une façon bien plus forte de nous opposer à la politique de la république autoritaire. Travailler ensemble à définir autre chose. Je vous propose donc un contrat. Que voici.

Deux réformes et un horizon.

J’entends être président pour démocratiser la république avec une constitution qui sépare les pouvoirs en restaurant l’indépendance de l’assemblée nationale élue à la proportionnelle et rompe le lien entre la justice et le gouvernement, et qui fasse aussi des médias un pouvoir à part entière en protégeant leur liberté, qui rende plus d’autonomie aux régions, aux collectivités locales, qui leur donne le droit à l’expérimentation et reconnaisse leurs langues, leurs histoires, qui cesse de regarder les DOM comme des colonies, qui reconnaisse l’histoire et la contribution de tous les peuples qui font la France, leurs religions, leurs cultures et leur diversité dans une société pluri-culturelle et cosmopolite qu’organise un état neutre, authentiquement laïque. Pas seulement une 6ème république, mais avant tout une authentique république démocratique et, pourquoi pas, fédéraliste, comme cela a été longtemps rêvé depuis 1789.

J’entends être président pour réformer la fiscalité, en fiscalisant les prélèvements sociaux afin de rendre l’impôts plus simple, plus efficace économiquement car plus léger pour les créateurs de richesse, les artisans notamment, et plus juste aussi, avec des tranches plus nombreuses et des tranches hautes plus hautes, pour réduire les inégalités et parce que l’état n’a pas à subventionner les rentiers.

Après trente ans d’un libéralisme de marché qui a ruiné l’économie et produit un chômage de masse et creusé les inégalités, nous avons besoin d’une économie locale, d’artisans, de savoir-faire manuels, d’agriculteurs-paysans indépendants car c’est ainsi que nous créeront une économie riche en emplois, qui permettra la promotion du travail partagé grâce à une fiscalité qui décourage la rentre et protège l’activité économique. La fiscalité a un rôle central dans la renaissance d’un tissu économique de proximité et la réduction des inégalités, et cela aussi, renforcera la démocratie.

J’entends être président pour que nous puissions donner à la France un horizon nouveau, s’enracinant dans tout ce qui fait la force et la créativité de toutes les populations de ce pays, ses jeunesses variées et bruyantes, vivantes et rayonnantes, ses terroirs et ses pays, ses savoir-faire anciens qui ne demandent qu’à être transmis, ses capacités à innover, à expérimenter pourvu que, sortant d’u imaginaire et d’institutions d’un autre âge, nous ayons enfin les institutions démocratiques que nous méritons, une fiscalité qui rétablit les chances de chacun et permette de rétablir le plein emploi. Une France ouverte au vents du monde, diverse, libre et créatrice.

Je suis prêt. Pour commencer, sur le site internet que j’ai créé, je vous donne tribune libre pour vous exprimer afin de créer notre communauté politique.

Je suis prêt. Ma décision, longuement mûrie, la force et la violence des évènements de l’année 2015 m’ont conforté dans ma décision. Je vis à Tôkyô, mais l’internet nous rend très proche. Et puis on vote aussi à Tôkyô, nous appartenons à la 11ème circonscription des français de l’étranger, une circonscription que j’entends bien arracher à l’homme de l’UMP, Thierry Mariani.

Je suis prêt. Si vous êtes d’accord avec l’esprit de ces deux réformes, fiscales et institutionnelles, entendues comme base d’un changement de grande ampleur et portées par un candidat à l’élection présidentielle, alors, je vous invite à participer, à dessiner les contours de cet horizon possible, à lui donner ses couleurs et à préciser ses formes. Non pas à créer un parti au sens classique, mais à impulser une communauté. Chacun d’entre vous, avec son expérience, son parcours, ses revendications et ses connaissances, peut donner à cet horizon quelque chose qui lui ressemble et nous rassemble au delà de bien des divergences, et c’est précisément cela, la force de la démocratie. Cette richesse, ce sera la force et la pluralité de celles et ceux qui se lanceront dans la bataille législative après l’élection présidentielle.

Je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’années, où vous puiserez, comme moi, la force de nos combats futurs, pour gagner. Pour réinventer la France.

Quelques lectures complémentaires:

Marc Trevidic sur la déchéance de nationalité

After neo-liberalism, the Killburn manifesto

3 Comments

  • Florian
    5 janvier 2016 at 3 h 50 min — Reply

    Contrairement à ce que j’avais prévu je ne voterai pas blanc aux prochaines élections.

    Ton courage me donne beaucoup d’espoir et si besoin, je suis prêt à faire tout mon possible pour aider dans cette campagne.

    • Madjid Ben Chikh
      Madjid Ben Chikh (Author)
      5 janvier 2016 at 9 h 19 min

      Merci beaucoup. Moi aussi, fortement tenté par le vote blanc, ou l’abstention. Mais ce n’est pas dans ma nature, alors j’ai décidé de faire quelque chose. La route sera longue, très longue…

  • purple rain
    6 janvier 2016 at 15 h 57 min — Reply

    en effet,elle sera très longue, la route, surtout sur une circonscription telle que la notre…
    Personnellement, je suis toujours un peu mal a l aise lorsque cette une du quotidien communiste italien est évoquée. C’est vrai que Francois le Pen, ca fait sourire sur le moment, mais une fois qu’on regarde la situation avec un peu de recul, quelle conclusion en tirer? Que l’extrême gauche italienne n’a même pas été foutue de faire évoluer le droit italien vers plus de droit du sol? Pour rappel, le droit du sol en Italie, c’est ça: »Un enfant né en Italie est italien de naissance si la loi nationale des parents ne prévoit pas l’attribution automatique de la nationalité en cas de naissance à l’étranger. » Si la déchéance de nationalité des binationaux convaincus de terrorisme vous choque, j’imagine qu’un système a l’italienne (ou a la polonaise) vous horrifierait…et que dire d’un système a la japonaise ou les éléments de droit du sol sont encore plus réduits et ou la binationalité est en principe interdite! Mon opinion est qu’il vaut mieux une France avec un droit du sol intégral quitte a le remettre en cause dans des cas extrêmes (a peine quelques cas par an) pour une question de principe (car personne ne considère cette mesure comme efficace), que de passer a un système de droit du sol réduit, forcement moins généreux.

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