Le cancer de la cravate

Les nouvelles venant de France ne sont pas bonnes du tout. Je vous recopie le message que j’ai envoyé à mon amie Tarika il y a deux jours, il résume très bien la situation… J’y parle des suites de l’opération du cancer de la langue de ma mère, et de la situation de mon frère.

Saison des pluies, aujourd’hui c’était samedi mais je n’ai pas travaillé. Je suis resté chez moi et me suis reposé jusqu’en fin d’après-midi.

Le temps est maintenant lourd, on transpire facilement, et je ne dors pas très bien.

Il y a quelques jours, dans mon rêve, mon ami Nicolas et moi nous retrouvions en Syrie, il y avait beaucoup de soleil, il retirait sa chemise pour bronzer et découvrait un énorme tatouage sur son dos, et je lui faisais remarquer que je ne savait pas qu’il en avait un. On était sur la terrasse d’une maison qui dominait la ville noyée sous le soleil…

J’ai aussi eu ce rêve de l’avion qui décollait mais ne parvenait pas à s’envoler et qui se préparait à s’écraser, j’étais plaqué sur mon siège à cause de la force centrifuge, et en me réveillant, bien sûr, j’avais le nez bouché. Joies de l’air conditionné partout qui dessèche le conduit nasale quand il n’y vaporise pas des poussières.

Au travail, je suis surchargé, beaucoup d’étudiants nouveaux, jeunes, universitaires et qui préparent un séjour en France.

J’ai enfin reçu ma mini-commande Amazon avec, dedans, le troisième tome de Vernon Subutex quand je pense lire à partir de demain. J’ai juste parcouru les premières pages et je me suis vite replongé dedans, cela ira certainement très vite.
Je continue de dévorer des vidéos de musique et d’autres choses pour me remettre à écrire, disons, pour terminer d’écrire. Images et sons alimentent mon imagination, y fixent des idées dans lesquelles des personnages se meuvent comme dans une réalité recomposée.

Les nouvelles venant de France ne sont pas bonnes du tout. Je vous recopie le message que j’ai envoyé à mon amie Tarika il y a deux jours, il résume très bien la situation… J’y parle des suites de l’opération du cancer de la langue de ma mère, et de la situation de mon frère.

« Les nouvelles ne sont vraiment pas fameuses, en fait. L’opération s’est bien passée, mais la langue est toujours enflée (c’est normal) et un truc a réapparu. Maman commence une chimiothérapie et des rayons le 11 juillet, jusque vers le 20 août, cinq fois par semaine. À 40 kilomètres de chez elle. Elle va être à plat… Elle encaisse bien, elle m’a dit que mourir de ça ou autre chose, à son âge… Elle m’a confirmé que ce n’est pas douloureux, pour moi, c’est le principal. Cela étant, elle a des rhumatismes aux épaules, et elle m’a dit que c’était très douloureux. La maladie ne doit pas aider, même si je sais que les rhumatismes ça n’a rien à voir.

Pour renforcer tout cela, le bail du logement de mon frère n’est pas reconduit, et comme il n’a pas de travail fixe, il lui est impossible de trouver un logement, donc, il se résout à aller vivre à Saint-Maixent.

Je peux imaginer le sentiment d’injustice qu’il ressent. Il a toujours été honnête, travailleur, bien plus que moi, en fait, et le voilà qui perd le peu qui lui restait. Le seul truc bien, c’est qu’il pourra repartir à zéro. Cela étant, tout ce qui lui est arrivé depuis quelques années me révolte. J’ai encore en mémoire ce qu’il m’a dit, qu’il était en réalité en pleine dépression mais qu’il n’avait pas la force de pleurer.

J’encaisse, ça ne me servirait à rien de trop me prendre le choux et franchement, ça n’arrangerait ni les affaires de maman, ni celles de mon frère. J’aimerais juste pouvoir être là et parler avec eux. Ce matin, j’ai repensé à ce que j’ai dit à maman, que j’irai en décembre, que cet été c’était beaucoup trop cher et que je ne pouvais pas y aller, et j’ai soudain réalisé qu’elle ne sera peut être plus là en décembre.

À la maison, quand il n’y avait plus rien, mes parents ont tout fait pour que je ne réalise pas la situation, qui pourtant était évidente, visible, on était pauvres, mais ils ont très bien réussi: le résultat, c’est que je ne sais pas trop quoi faire face à tout ça. Je sais juste que je dois encaisser, mais pour quoi faire, dans le fond. J’ai l’impression d’assister à un naufrage dont je serai l’unique survivant. J’ai le sentiment d’étouffer… »

Voilà le message que j’ai envoyé. Qu’est-ce que je peux rajouter, hein? Moi, ça va, enfin, jusqu’au grand séisme, après, je ne sais pas.

Je suis l’actualité française de loin, je ne poste plus rien sur Facebook, je me contente de lire ce que d’autres postent, je commente un peu, mais face à la situation de mon frère, les débats à deux balles me font l’effet d’être des conversations de concierges.

J’ai ainsi suivi tout ce bruit autours des cravates du groupe France Insoumise. Pendant que le débat tournait autours de « l’irrespect du groupe France Insoumise », personne ne parlait de la mainmise du groupe La République En Marche sur l’ensemble des commissions et du bureau de l’assemblée, ainsi que le véritable psychodrame dans l’assemblée qui a fait durer une séance supposée durer 1 heures une demi-journée. Ce bruit autour des cravates a eu quelque chose de cucul qui représente bien cette vieille France coalisée derrière le nouveau pouvoir.

J’en profite ici que je suis de tout coeur avec Houria Bouteldja contre la meute qui lui court après depuis quelques semaines, et que ne semble pas gêner l’invitation du théoricien d’extrême-droite Renaud Camus par Alain Finkelkraut sur France-Culture, ou bien les propos d’Eric Zemmour sur Paris-Première affirmant face à Jean-Marie Le Pen être totalement en accord avec lui au sujet de « la déferlante migratoire à venir »… « Faire barrage », qu’ils disaient tous en coeur avant de recommencer à en remettre une couche.

Je suis également solidaire de la candidate de la France Insoumise Farida Amrani dans son recours contre Manuel Valls ainsi que de Danièle Obono contre le lynchage médiatique dont elle est l’objet.

Et pour parler chiffon, puisque cela semble être l’essence du temps et d’une pensée « trop complexe » pour nous, je trouve la photographie officielle d’Emmanuel Macron particulièrement hideuse.

Le traitement du bureau comme une cheminée (les objets nous font face quand ils devraient faire face à la chaise), le post-traitement, la platitude de la lumière, l’absence de bokeh qui aurait pu donné un peu de profondeur à cette composition statique, rigide et où rien de dépasse, remplie de symboles qui évoquent cet ersatz de Panthéon que fut la longue marche en manteau dans la Cour du Louvre, tout en fait une image fatigante, saturée, à l’opposé de « la composition classique » qu’elle est sensée incarnée, dixit les commentateurs.

Quelle inculture…

Ce portrait rivalise avec le portrait de Nicolas Sarkosy en matière d’artificiel et de clinquant facile, la prétention des « symboles » en plus.

Giscard d’Estaing reste ainsi, grâce au talent de Gérard Depardon, le président au portrait le plus novateur, le plus osé, le plus simple et le plus moderne. Vous voyez, j’apprécie Houria Bouteldja, et pourtant ma préférence va à un portrait dominé par le drapeau tricolore. C’est cela, un regard d’artiste.

Allez, il est tard ici, et je ne faisais que passer très brièvement sur ce site.

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