Finalement, l’automne.

… et j’ai été surpris par l’intensité des couleurs à la fin de l’automne, les ciels très bleus, les feuilles d’érables rouges, celles des cerisiers orangés, celles des ginkgos jaunes vives, celles des pins et des camélias vertes d’un vert pas encore trop fatigué

J’ai eu 49 ans le week end dernier. Comme le temps passe… Je regarde ces dernières années et tout me semble lointain, mais en même temps, tout est passé si vite… Je vis au Japon depuis bientôt 9 ans. On m’aurait dit ça un jour, je n’y aurais pas cru.

9 ans…

Dehors, le temps est grisâtre, les températures sont remontées ces derniers jours mais les nuits sont tous les jours un peu plus fraiches. Cette année, de façon assez curieuse, je suis impatient d’être à la fin de l’automne, quand les feuilles des érables rougissent. J’ai regardé des photos classées dans Lightroom © il y a quelques semaines et j’ai été surpris par l’intensité des couleurs à la fin de l’automne, les ciels très bleus, les feuilles d’érables rouges, celles des cerisiers orangés, celles des ginkgos jaunes vives, celles des pins et des camélias vertes d’un vert pas encore trop fatigué. Ce moment ne dure que deux semaines mais les japonais ont bien raison de savourer ce 紅葉 (litt. feuilles rouges, mais presqu’identifie à un moment en soi), car à l’approche de l’hiver le ciel se fait plus clair et transparent et la lumière n’a pas encore cet aspect blanc que je lui trouve de décembre a mars, peut être un effet de la sécheresse de l’air durant l’hiver. Et puis il ne fait pas encore trop froid, on peut savourer la promenade nonchalante jusqu’à la fin du jour. Cette année, j’ai un peu hâte d’y être…

J’ai acheté mon billet d’avion pour les vacances d’hiver. Je quitterai Tokyo le 18 décembre à minuit et demi, direction Londres. Je me tâte pour changer mon booking et arriver à Paris, je vais voir. Mais après avoir dit bonjour à mes amis et à ma mère, je voyagerai à Londres, cette année. Jun me rejoindra le 26. Tous deux nous voyagerons avec Emirates, parce que non seulement les autres sont beaucoup plus chères, mais en plus ET le service, ET la possibilité d’un stop over à Dubai rajoute un petit plus au voyage. Je garde ainsi un excellent souvenir de mon précédent voyage. Peut être est-ce la possibilité de voyager, d’ailleurs, qui rend la perspective de l’hiver beaucoup plus agréable.

Voyage…

Je garde de mon passage par Londres le premier janvier un souvenir assez complexe, un peu comme tout mon voyage en France. Tout d’abord, cela faisait très longtemps que je n’étais pas rentré et ça a été comme une immense récupération, j’ai été occupé en permanence. J’ai tenu à voir le plus de monde possible, amis réels comme amis virtuels. Je ne vous ai pas raconté, car comme vous le savez, j’avais la tête ailleurs. D’ici la fin de cette année, il me faudra donc récupérer ici aussi le temps perdu à avoir la tête ailleurs. En fait, Londres a été une tornade perdue au milieu d’une tempête: j’avais deux semaines de vacances et ces deux semaines ont été un ouragan, aller ici, aller là, rencontrer Pierre, Paul et Jacques, visiter ceci, visiter cela… La dernière journée en elle même est un des souvenirs les plus épiques de ce séjour. Alors que le matin nous avons visité le musée de la vie romantique avant de traverser à pieds le 9eme arrondissement, nous sommes finalement arrivés rive gauche pour retrouver Nicolas et Luc. Jun nous a laissés et durant plus d’une heure et demie, au café Le Saint Sulpice, nous avons bavardé comme si nous nous étions quittés la veille, en constatant au gré de la conversation à quel point le temps etait passé. La discussion politique a provoqué une réaction violente de nos voisines de table mais nous avons été, oh surprise, défendus par le garçon qui a rappelé à ces rombières d’un certain âge qu’un café était un lieu public.

Nous nous sommes quittés, et puis Jun et moi sommes retournés à l’hôtel, avons pris le RER qui, bien entendu, fonctionnait très mal: nous avons du subir des informations contradictoires, changements de quais, de destinations, tantôt annoncés, tantôt affichés, le tout dans l’ambiance glauque et sale enveloppée de l’odeur de pisse si caractéristique de la station gare du nord. Je trouve les usagers finalement très calmes. Subir ça tous les jours alors qu’on est attendu au travail, ça ne doit pas être facile… Nous avons finalement pu arriver à l’aéroport, mais les 40 minutes d’avance avaient disparu. Je ne sais pas comment la France fait pour rester une destination touristique avec des infrastructures aussi sales et aussi peu en bon état dans la capitale. Je n’ai en revanche rien à dire sur la province, c’était impeccable.

Nous avons embarqué dans notre Airbus A380 vers 20 heures et quelques heures plus tard avons atterri à 7 heures et demi à Dubai. Nous sommes allés à l’hotel et avons commencé à explorer la ville à partir de une heure. Ça a été une agréable surprise. Le ciel était bleu, la température incroyablement douce et l’exploration du quartier de Creek vraiment très agréable, avec l’estuaire d’un fleuve bordé bateaux en bois. Les souks et leurs odeurs, la nonchalance des gens, les mosquées m’ont donné des envies de Méditerrannée. Tout ce temps là nous n’avions pas dormi, le temps s’est donc déroulé comme un interminable samedi ou en l’espace de quelques heures nous étions passés du café place Saint Sulpice sous le ciel gris de l’hiver à un état du Golfe ensoleillé. Nous avons visitée le Mall, vu la tour la plus haute du monde, j’ai eu un frisson de fierté en me disant que malgré tout ce que papa pensait des monarchies du Golfe il aurait quand meme été très heureux de voir ça, et puis il a fallu repartir. Le Mall est, au passage, une invitation à faire des achats, enveloppé dans l’odeur raffinée de diffuseurs de parfums. Partout, les femmes habillées en noir avec les cheveux couverts d’un foulard laissent apparaitre le riche maquillage autours des yeux, comme quoi rien n’a vraiment changé depuis les Milles et Une nuits. Et puis les hommes dans leur tenue blanche, les cheveux eux aussi couverts de la coiffe emirati… Au risque d’effrayer certains de mes lecteurs, je n’ai aucun problème à ecrire que je trouve tout cela très raffiné. La ville est propre, partout, les gens sont soignés. Il est clair que je ne me fais toutefois aucune illusion sur le caractere totalitaire de ces régimes, non pas en matière de loi religieuse, mais en matière de droits des travailleurs étrangers traités aux limites de l’esclavage.

Retour à l’hôtel pour le diner. Nous avons pris enfin la navette pour l’aéroport, l’avion était à 2 heures du matin. Nous avons atterri à Narita à 5 heures 30. C’était désormais lundi, mais c’était surtout la fin d’un interminable samedi qui aura duré près de 48 heures! Si vous voyagez avec Emirates pour venir au Japon, ne prenez pas l’avion qui va à Narita. C’est un ancien 777-300, les écrans sont petits, les sièges peu confortables et c’est un code share avec Japan Airlines, la nourriture n’est pas bonne et le personnel de cabine – un mix des deux compagnies- n’est pas aussi bien que dans un vol régulier Emirates. Prenez le vol pour et à partir de Haneda. C’est ce que j’ai fait pour mon prochain voyage.

Ce qui a changé avec mon passage à Paris l’an dernier est que voyager est redevenu possible. Pas financièrement, mais mentalement. J’ai connu deux fois le chômage, un seisme plus tous les problemes d’argent, une barrière s’était installée dans ma tête, elle a volé en éclats. Même le profil de cette année un peu particulière a fait voler en éclats toutes les appréhensions, tout est redevenu plus simple. L’envers de la médaille est que j’ai perdu le fil de cette conversation avec moi-meme et avec vous que constituait ce blog. Et qu’au delà, j’ai arrêté d’écrire, tout simplement, je n’ai que des bribes, des choses commencées jamais terminées. Et puis on ne le dira jamais assez, les réseaux sociaux sont des mangeurs de temps et d’énergie. C’est exactement ce dont je n’ai pas besoin car mon temps est compté et que je n’en ai pas suffisamment…

Un été pourri…

L’été a été merveilleux, le temps était superbe, chaud comme je l’aime, et les vacances à Kyoto un moment de temps suspendu. Mais les raisons de douter se sont multipliées. L’actualité est infernale, comment vivre et être heureux quand tout autours empire et se désagrège, ce qui est la constante de ce que ma génération traverse depuis sa naissance. La guerre menée par Israel à Gaza a été un moment d’horreur banale. Horreur des morts qui s’accumulent. Banalité de la situation puisque ces pilonnages sont devenus réguliers depuis des années et qu’ils constituent un miroir du monde contemporain à peine déformé, puisque le peuple colonisé et dont l’existence est niée au quotidien depuis des décennies est transformé par je ne sais quel tour de passe-passe en agresseur quand le colonisateur qui franchit tous les jours un peu plus la frontière qui sépare la négation de l’existence de l’indigène en son éradication pure et simple se fait passer pour la victime. Jamais, jamais je ne comprendrai que les Palestiniens, qui ne sont pour rien dans l’extermination de 6 millions de Juifs, qui ne sont pour rien dans la prise de pouvoir par Hitler, qui n’ont ni inventé l’étoile jaune (ça, c’est la France sous Louis IX), ni organisé de pogroms (ça, c’est la Pologne, la Russie…), ni inventé ni financé le Ziklon B (ça, c’est, entre autres, le Credit Lyonnais), ni financé ou armé le IIIeme Reich (ça, c’est Ford, General Motors…), jamais je ne comprendrai que ce soient les Palestiniens qui vivent une existence réduite à l’état de punition permanente quand finalement Israel non seulement s’accommode mais cherche même la protection pour son existence auprès des états qui furent autrefois les bourreaux du peuple Juif… Je comprends, je défends l’aspiration des Juifs à vivre en paix, libres et sans avoir peur, c’est un droit légitime pour chacun, à ne pas être regardés comme juifs avec toute la suspicion que l’antisémitisme distille depuis des siècles en occident, mais je n’accepte pas que ce droit soit utilisé comme prétexte par un état qui nie ce même droit au peuple palestinien, réduit à rien du tout sur sa propre terre.

L’été a donc été fatigant. Et il l’a été pour beaucoup. Et encore, je ne vis pas sous les bombes à Gaza. Et je n’ai pas été arreté pour avoir manifesté à Paris. Et je ne suis pas Juif, car pour beaucoup de Juifs la situation a été certainement très difficile. Je n’aime pas ces journalistes et chroniqueurs qui en ce moment « exigent » des musulmans une « condamnation pure et simple des crimes de l’Etat Islamique », je ne demanderai donc jamais à un Juif de condamner la violence d’Israel, et pourtant il y a bien plus de liens qui unissent les Juifs de la diaspora à Israel que n’importe quel musulman à l’EI. Je sais pour avoir beaucoup suivi que beaucoup de Juifs ont souffert de cette guerre. Peu iront jusqu’à remettre en cause le projet israélien tel qu’il est, mais je sais que cette guerre-ci en a ébranlé beaucoup, parce que l’histoire même du peuple Juif est trop brûlante pour ne pas ouvrir les yeux.

Sujet casse gueule, mais je reviendrai dessus. Alors, si on rajoute l’échouage lamentable des socialistes qui ne trouvent rien de mieux que de faire du caporalisme face à des manifestants (interdire des manifestations à Paris…) quand chaque jour ils donnent à la finance des gages de bons et loyaux services, rendant de moins en moins possible d’envisager de voter pour eux, même au deuxième tour… le tout saupoudré du livre de l’ex, d’affaires…

Un été épuisant, oui.

Peut etre est-ce pour cela que j’attends l’automne. Passer à autre chose. S’habituer.

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