Embrouille

Train, vers 21 h 45. J’ai pas mal de chance, de pouvoir être assis tout le long du trajet, tous les jours : dans Tôkyô, les trains sont tellement bondés… Et dans la direction opposée, de Tôkyô à cette gigantesque banlieue-dortoir de l’Ouest … Mais comment peut-on aimer l’ouest de Tôkyô vers Kanagawa. Quand on a des enfants, je comprends, mais un célibataire, là, je ne comprends pas.
Je me suis fait passer un savon par le directeur, le genre de coup de pression dont je suis assez peu familier. La dernière fois, c’était il y a environ 5 ans, à BNPP. J’avais mené une investigation de mon propre chef, sur un incident récurant qui n’intéressait personne sauf moi car je devais reporter un coût qui augmentait chaque mois un peu plus pour une activité sensée ne rien coûter (je parle de coûts liés à des incidents). Un méga-big chef avait fini par s’intéresser à ce problème car il avait été associé à la mise en place de la procédure (Swapclear pour les connaisseurs). Qu’un légume vienne interroger un intérimaire avait mis hors d’elle la responsable du département (au demeurant quelqu’un avec qui je m’entendais par ailleurs bien et qui avait été avec moi particulièrement réglo, par ailleurs). Il s’avéra pourtant par la suite que mon analyse était judicieuse et que toute la procédure était fausse, « forcément ». Je me souviens en avoir éprouvé un sentiment d’injustice très vif. Mon chef m’a reproché des trucs insignifiants que normalement on note quand ils se présentent, comme avoir oublié une signature ici ou tiré la porte coulissante là… Ce genre de comportement me met hors de moi. En général, je fais remarquer les « problèmes » quand ils se présentent. Là, j’ai trouvé ça très violent, d’un coup, avec les reproches qui s’additionnent au fur et à mesure. Il n’a pas dû apprécier que je dise, hier, en discutant avec un collègue, que les Japonais ne savaient pas travailler (ben oui, les employés de bureau passent leurs après-midi au café…). Des reproches à la noix pour son école de merde. C’est ce que j’ai pensé. Je dis ça, mais je ne sais pas pourquoi il m’a allumé comme ça. En tout cas, je travaille dans une école de merde. Ça, j’en suis sûr.
J’ai eu de la chance, l’an dernier, finalement, à Lehman… Pareil pour BNPP (malgré cette histoire qui m’a un peu cassé je dois avouer). Un salaire de chiotte pour se faire purger comme ça sans crier gare, pour un travail sans aucun réel challenge (les écoles de langues ne sont pas faites pour enseigner, c’est un business). Bon, c’est sûr, maintenant que l’orage est passé, ce n’est pas bien grave, mais ça remet la situation en perspective. Y. a raison, on vaut mieux que ça. L’an dernier, je m’amusais bien, moi, à Lehman. Pas que je m’entendais bien avec tout le monde, non. Mais les métiers de la finance ont l’énorme qualité d’être mondiaux, très rapides et, parce qu’on y créé toujours de nouveaux outils qui créent de nouvelles difficultés (je ne suis pas trader mais un simple spécialiste en opérations -la gestion des contrats après qu’ils aient été passés), on doit y penser très vite et il n’est pas rare que vous finissiez par avoir une meilleurs expertise que ceux qui vous encadrent. Bref, ça bouge, ça change. On peut y rencontrer des gens intéressant car la finance emploie beaucoup de monde. Enfin, ça forge un regard sur le monde réel. On n’a pas la même vision du monde après avoir vu une salle de marché pour la première fois. Parce que tous ces écrans, ces types et ces filles qui crient, bougent et s’excitent devant leurs 5 écrans d’ordinateurs, sous des écrans télévisés diffusant Bloomberg, CNN, BBC World et LCI ou i-TV, c’est la pulsation du monde, sa vraie pulsation. Une pulsation planétaire. C’est de la que coule l’argent qui inonde les marchés, votre banque, et qui créé ou détruit votre avenir. Rien ne se décide dans une salle de marché : on y crée la valeur de toute chose, et on la détruit avec encore plus de rapidité que tout. Je n’y ai pas beaucoup travaillé, mais ça marque. Moi, ça a toujours été les plateaux, plus ou moins grands – le plus grand étant celui de Lehman, avec ses plus de 200 personnes…J’en ai gardé l’habitude de saluer à travers la salle… (à suivre)

Madjid

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1 Comment

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    Mulgon Melta
    Posted 5 septembre 2009AD - 1430AH رمضان 15 03 h 38 0Likes

    Comme me disait un collègue, depuis à la retraite, si tu veux contester le système de l'entreprise, tu doit être irréprochable dans ton travail. Les responsables sot souvent pingres d'esprit & sans intelligence. Dès que tu t'affirme, ils pensent que tu va leur piquer leur place.

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