Culture gay et mariage gay

mariage

Des psychanalystes ne représentant qu’eux-mêmes, une comique troupière de droite, des leaders de droite en mal d’inspiration, un ancien premier ministre socialiste, le maire socialiste de Lyon, les églises bien sur, toute une sainte alliance attaque de toute part pour présenter la revendication d’accéder à l’égalité complète comme la lubie d’un groupe de pression minoritaire privé de toute légitimité.


Le débat sur l’ouverture du mariage aux homosexuels et aux homosexuelles est un non débat, ou pour être plus exact, c’est un non débat qui ne devrait même pas avoir lieu.

La situation dans laquelle nous voyons un parti politique de gouvernement ouvrir une pétition pour soutenir une législation majoritairement acceptée par la société, mais insensiblement remise en cause jusqu’en son sein est ubuesque. Toute la réaction se met ainsi au chevet d’une France désormais malade de sa famille et de ses valeurs, qu’est ce qu’il ne faut pas entendre.

Au nom de valeurs soit disant universelles, on légitime une différence en accusant les homosexuels de revendiquer ladite différence. On maintient une discrimination en accusant les homosexuels de se poser en victime. On utilise un vocabulaire médical et psychiatrique en accusant les homosexuels de voir de l’homophobie partout.

Des psychanalystes ne représentant qu’eux-mêmes, une comique troupière de droite, des leaders de droite en mal d’inspiration, un ancien premier ministre socialiste, le maire socialiste de Lyon, les églises bien sur, toute une sainte alliance attaque de toute part pour présenter la revendication d’accéder à l’égalité complète comme la lubie d’un groupe de pression minoritaire privé de toute légitimité.

Comme le notait Jean Paul Sartre (Réflexions sur la question juive), le groupe dominant en forgeant le vocabulaire de la centralité et du sujet définit de fait un autre-objet à qui il reprochera toujours de vouloir s’émanciper en l’accusant de vouloir se différencier. Et c’est ainsi que plus que l’antisémitisme frontal de certains auteurs, c’est un certain universalisme qui a fourni le plus d’arguments antisémites, accusant les Juifs de vouloir se différencier sitôt qu’ils osaient simplement se définir comme juif, pendant que d’autres forgeaient des représentations « du » « bon » Juif .

La même mécanique est aujourd’hui utilisée pour réprimer toute velléité d’organisation des minorités issues de l’immigration des anciennes colonies sous prétexte que devenir français abolirait cet héritage. D’ailleurs, le même argument « humaniste » est déployé pour expliquer qu’en revanche « bien sur il faudrait en finir avec le racisme et les discriminations à l’embauche », tout en veillant bien à ne pas évoquer la racine de ces discriminations, à savoir leur enracinement dans le passé colonial.

C’est la même rhétorique, le même vocabulaire.

Il faut en finir avec les discriminations subies par les homosexuels. Au nom de ce progressisme généreux, on prévoit des « aménagements », parce qu’on n’est pas raciste, heu, homophobe. Le groupe dominant veille ainsi au respect de sa dominance avec une tolérance bienveillante envers celles et ceux qu’il opprime, pour leur propre bien s’entend…

Je me suis retrouvé mêlé à une de ces questions ubuesques, à un de ces débats inutiles et stériles sur Facebook.

J’aimerais qu’un des quelconques théoriciens du socialisme solférinien m’expliquent à quoi servent les élections.

Mitterrand n’a pas discuté l’abolition de la peine de mort, et il a bien fait. Il n’a pas discuté la levé de la criminalisation de l’homosexualité que le gouvernement de Vichy avait instauré et dont s’accommodèrent certains des politiciens qui aujourd’hui nous font dans la morale « universelle » et « pas homophobes ».

C’est Francois Hollande, c’est Jean-Marc Ayrault, c’est le parti du socialisme solférinien qui ont créé ce climat de lynchage, de débat stérile qui n’a de débat que le nom, mais qui est un prétexte à créer de la frustration, du ressentiment et de l’amertume d’un coté, et un défoulement homophobe sans précédent déchaîné au nom des enfants, de la patrie, de la morale, de la psychologie et de toutes ces foutaises qui depuis des siècles justifient toutes les dominations.

Cela fait des décennies que nous sortons du placard. Cela fait des décennies que notre visibilité a habitué les gens à nous regarder comme des égaux, dignes de parenté. Le débat, il a eu lieu sur nos lieux de travail, avec nos amis. Outés, nous avons été les fourmis d’un travail patient, quotidien, courageux souvent, héroïque parfois quand il s’est s’agit de redresser la tête et de porter plainte après avoir été agressés physiquement. Nous avons su gérer nous-même une des plus meurtrières épidémies de l’histoire récente quand l’idéologie dominante tendait a en faire un objet d’apitoiement, de misérabilisme teinte de fatalité.

Le débat a eu lieu dans la société, et nos opposants l’ont perdu au point de conduire non seulement la gauche de gouvernement, mais jusqu’à Francois Bayrou et jusque dans l’UMP à accepter notre revendication à l’égalité devant la loi.

Les militants qui représentent les intérêts des homosexuels et organisent ses grands messes officiels ont joué le jeu de l’universalisme républicain, ils ont mis de coté toute référence à une quelconque communauté et ont célébré notre insertion dans le débat présidentiel comme une victoire de cette stratégie de visibilité à minima. Nous serions donc désormais de bons français tout jolis tout blancs tout proprets, comme le suggérait cette ridicule affiche pour la gay pride de l’an dernier.

Alors que ledit débat a commencé, impulsé par l’exécutif, l’organisation des forces de la réaction nous laisse démunis idéologiquement. Nous ne sommes bons qu’à réclamer une égalité sans plus avoir ce référent culturel qui donne de la force à un groupe opprimé.

Son histoire, ce produit de l’oppression, ce qui génère une identité particulière, une sensibilité. Une communauté.

Je vous laisse maintenant avec ma réponse à une de ces stériles discussions sur Facebook ou un intervenant nie l’existence d’une identité homosexuelle (et hétérosexuelle, cela va de soit, puisque son point de vue est le point de vue de la centralise hétérosexuelle).

« Supprimons le divorce, il dissout la société. Revenons sur le droit a l’avortement, il désacralise la vie. Supprimons l’état providence, il instille une idée fausse de la liberté. Interdisons le travail des femmes, il délite la famille. Revenons sur le vote des femmes, il divise les familles. Revenons sur les congés payés, ils ruinent le respect du travail. Abolissons la démocratie, elle enfreint l’ordre naturel et conduit à la dictature.

Notre identité première est d’être homme. Aucun déterminant social, culturel ou biologique ne forme notre identité. Il n’y a pas d’identité de fils ou de fille de colonisé. Un enfant de pauvre peut forger sa liberté comme un enfant de riche car il n’a que l’identité qui fait de lui un homme.

Etc etc etc etc

Il y a toujours eu les mêmes bavards savants pour faire comprendre aux opprimés tout le confort qu’il y a à être opprimés, et toute la dangerosité qu’il y a à brandir la marque de l’oppression pour se libérer.

Il y a une culture homosexuelle. Elle est le produit de l’oppression qu’exercent les hétérosexuels.

Notre culture, ce sont les parkings, les pissotières, les bosquets, les bords de rivières où l’hétérosexualité nous a parqués.

Ce sont les « vieux garçon ” et les « vieilles filles » avec un chat, au sixième étage.

Ce sont nos cabarets transformistes où on nous réduisait pour amuser la bonne société bourgeoise hétérosexuelle et divertir monsieur et sa maîtresse pendant que madame s’envoyait le chauffeur comme le racontent les Feydeau et autres Courteline, un monde où avoir une maîtresse ajoutait une respectabilité débonnaire à celle d’avoir des enfants. Notre culture, c’est nous moquer des hétérosexuels, de leurs mariages à la mord-moi-le-nœud en ayant au fond de nous, depuis l’enfance, la solitude de celui ou de celle qui s’est construit(e) sans imaginer sa vie a deux.

Notre culture, c’est me reconnaître quand je lis Mercier décrivant le type de rencontre qu’on pouvait faire en 1780 vers le Louvre. Je le vois comme si j’y étais et jamais un hétérosexuel ne comprendra ce qu’est la drague nocturne et solitaire dans laquelle l’hétérosexualité dominante nous a enfermés.

Notre culture, c’est être envoyés au bûcher, être roués de coups, la peur qui nous conduit à nous taire, à nous cacher, et a ne vivre qu’une sexualité minable sans espoir d’une vie affective accomplie.

Eh bien c’est fini. Depuis 40 ans « nous » redressons la tête. Nous sommes une histoire et nous sommes une culture, n’en déplaise aux hétérosexuels qui veulent réduire le futur à une simple reproduction du passé. Nous sommes une culture, une communauté parce que l’hétérosexualité dominante nous a fait tels que. Et nous sommes bien décidés à nous en servir pour bâtir l’égalité.

Nous savons pertinemment que l’égalité changera profondément cette culture, cette identité. Mais nous savons ce que nous, où plutôt les générations à venir gagneront, et cela encore nous défini comme une culture et une communauté en devenir.

Ras la casquette des bavardages à hétérosexuels. »

(… Fil de conversation…)

« C’est vous qui bavardez. Je n’ai d’« argument égalitaire » que parce que je suis démocrate. Rien ne fonde l’inégalité entre hétérosexualité et homosexualité, si ce n’est une construction sociale. Et justement, de différence, c’est vous qui la faites. Je me permets juste de vous la renvoyer telle que nous la vivons, et telle que nous la refusons.

Ce en quoi vous êtes donc un bavard, comme tous ceux qui se sont opposes à l’égalité entre homme et femme, au droit de disposer de son corps ou encore même en remontant plus loin, à la démocratie. »

Ce sera mon seul billet à ce sujet sur mon blog. Je ne vis pas en France, ici, ce sont les ultra-conservateurs qui ont « repris » le pouvoir, tout cela me semble loin.

J’ai apprécié la justesse violente de Virginie Despente après les propos indignes d’un Lionel Jospin qui n’a toujours pas compris que quand on se prend le type de veste qu’il s’est pris en se faisant doser par Jean Marie Le Pen, on se la ferme, surtout quand c’est pour répéter la bouillie de sa deuxième bonne femme.

Un grand bonjour à celles et ceux qui militent, mobilisent, sensibilisent. Un grand merci aux hétérosexuels et hétérosexuelles qui ont compris que la ségrégation que nous, leurs amies et amis, leurs voisines et voisins, leurs collègues, leurs frères et soeurs, leurs cousins et cousines, leur parent,  ou jusque leurs propres enfants, subissons, les atteint eux même en leur propre dignité car ils ont compris que s’unir, s’investir et avoir des enfants est une affaire d’engagement et non d’« identité de structure entre le couple géniteur, sexué, et la bilatéralité de la filiation » (La philosophe et « fille mère » Sylviane Agazinscki, épouse en « seconde noce » du « divorcé » Lionel Jospin).

Bla bla bla…

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