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L’âge de l’acier, 1887/ 1913 ↗↗

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Pour patienter, quelques vidéos de l’âge où le fer, ou plutôt l’acier, a envahi la vie quotidienne grâce aux énormes progrès accomplis dans sa production dans la période précédente, entre 1860 et 1875, et a la montee en puissance de nouvelles nations, apres la longue recession consecutive au krach de 1873 (cycle long de depression amorce vers 1860/65, montee en puissance de l’Allemagne, acceleration de la croissance en France puis crise sociale et politique, consolidation anglaise puis restructurations, crise profonde jusque vers 1890). L’acier et le fer sont désormais partout, et si deux états maitrisent sa production, le Royaume-Uni et la France, deux autres, la Prusse et surtout les USA, vont progressivement bouleverser la donne. La France va mêler à cette production la création du plus grand symbole de l’âge du Métal conquérant (elle est réalisée en fer puddlé), en 1889 :

https://www.youtube.com/watch?v=zpwUnfRrK4s

D’un côté, donc, la construction de ce symbole dans un pays consolisant sa jeune République, la troisième, dans la douleur, entre réaction et tentation plébiscitaire (le Général Boulanger), traversé comme les autres par une crise sociale consécutive au développement brutal du capitalisme qui ruine les hommes à la campagne et les conduit à la survie dans le travail sous payé dans des usines. Mais aussi, espoirs d’un autre avenir, incarné par le socialisme, cette idéologie esquissée lors des journées de 1848, nourrie des souvenirs de « la » révolution, puis théorisée, discutée et qui dans ces 27 ans qui vont de 1887 à 1914, va cesser de se vivre comme une victime mais, marxisme aidant, va s’organiser malgré des désaccords, et esquisser ce qui doit être non pas la lutte contre le capitalisme, mais la lutte pour son dépassement.

Cette époque est aussi marquée par des nombreuses découvertes médicales, scientifiques qui s’épanouiront longtemps plus tard car il manque un moteur à l’âge de l’acier : les débouchés. La production est massive, et les marchés sont limités. L’expansion coloniale ne fera que retarder l’évidence : à l’autre bout du cycle, en 1913, la surproduction d’acier pointe dans toute l’Europe, avec son corollaire la baisse des prix et la baisse des profits, et les industriels commencent a s’exaspérer. Ceux-ci, en Grande-Bretagne et en France, veulent voir la Prusse démantelée, elle est « en trop ». Cette période s’achève avec la plus détestable solution jamais trouvée pour résoudre un problème économique. La guerre. Celle-ci sera a l’échelle de l’époque : massive, technique, et fournira aux acieries les débouchés qui lui faisaient défaut…
En 1913, 20 après que l’art se soit émancipé de ses modèles, Paul Poiret signait la collection de couture la plus avancée qui soit : sans corset, et dévoilant la cheville. Sans le savoir il venait de dessiner la silhouette des 20 années qui suivirent (et ce n’est donc pas, comme on le dit souvent, l’enrichie de la première guerre, l’amie de Vichy, l’ennemie des syndicats, la collaboratrice Gabrielle Chanel).

Le New Deal, vers un Âge Nouveau, 1932 / 1936 ↗

Deux des films les plus fascinants pour regarder l’histoire s’être faite en quelques années sont les deux « Au bonheur des dames », l’un réalisé en 1930 par Jean Duvivier, et l’autre en 1943 par Andre Cayatte. La comparaison est sans appel : la crise a totalement bouleversé les mentalités françaises et cela en une dizaine d’annees. Le film de 1930 est un film testamentaire où deux mondes s’affrontent, comme dans le roman de Zola, celui du petit commerce et celui du grand commerce. À travers le personnage de l’héroïne venue de la campagne, Duvivier regarde la tentation de la modernité : l’abondance, l’organisation pratique et rationnelle, la richesse et surtout un monde de lumière, propre et accueillant. Le petit commerce de l’oncle sent de son côté la misère, la maladie, c’est sombre et on y travaille dans trop sans pouvoir vraiment en vivre. Quel contraste avec ce palais de plaisir où règne la bonne humeur, le Grand Magasin.

Le film étant placé dans le monde contemporain, ce sont les Galeries Lafayette qui servent de décor et la fin du film nous laissent découvrir le projet architectural qui devait couvrir la période 1928/1936 : un grand paquebot Art Déco, dont il ne reste uniquement qu’une façade puisque la crise vint interrompre tout cela.
La conclusion du film est sans appel : rien ne sert de s’opposer « au progrès ».

Le film de 1943 offre un tout autre tableau. L’action se situe cette fois à l’époque du roman, dans les années 1860, et nous y voyons un Michel Simon se débattant pour survivre face à un grand commerce aux procédés malhonnêtes. Le film, bien qu’offrant une reconstitution « historique », s’inscrit complètement dans cette idéologie passéiste qui a balayé la France après 1930 -les petits sont écrasés par les gros- et qui débouchera sur l’idéologie Pétainiste d’abord, Poujadiste ensuite, et Gaulliste-Pompidolienne enfin.

Pourquoi donc commencer par balayer la décennie 1929/1939 avec deux films français pour parler du cycle 1932/1936, cycle de reprise, alors que je n’ai parlé que des USA pour les 2 cycle précédent ?
La réponse est simple : les USA se réinventaient, l’Europe s’enlisait et donc, comme je l’ai dit, s’il n’y a pas d’années 30 aux USA, elles sont en Europe un long enlisement qui va durer 15 ans, jusqu’après la guerre, avec par exemple…

… réalisé en 1945, cet « Hôtel du Nord » inversé, noir, très noir, cette agonie ultime des années 30 avec la guerre qui est finie, mais la misère qui continue, et cette vieille France, celle de Pétain et des petits commerçants au milieu. En 1931, l’Espagne tente une Révolution, une vraie, Républicaine et Démocratique, mais bien vite, la vieille Espagne se coalise ; très vite, la République se radicalise à gauche autours des Socialistes et des Anarchistes et la vieille Espagne autours du Clergé, de l’Armée et plus tard du Général Franco, tout ce petit monde soutenu par les puissances nationalistes Européennes. Car en 1933, dans une Allemagne frappée de plein fouet par les conséquences du crash de 1929, jamais remise de la guerre de 1914 et du pillage de ses ressources consécutives au traité de Versailles en 1919, et dont la jeune République n’a su trouver de légitimité ni dans la bourgeoisie qui la hait, ni dans une extrème-gauche qui lui reproche d’être bourgeoise, dans cette Allemagne en crise aussi, on pointe du doigts « les gros », où l’on croit reconnaître les juifs : Hitler et son parti réalisent en 1932 un score inattendu de 33%, formant ainsi un gouvernement avec la droite qui voit en cette victoire l’échec définitive de la République de Weimar, cette République Social-Démocrate qui a institué la journée de 8 heures, le vote des femmes et des droits sociaux après avoir signé un armistice dégradant. Manipulant l’opinion à travers l’incendie du parlement, organisé par Goebels, le nouveau pouvoir entreprend une chasse aux communistes, aux sociaux-démocrates et aux syndicalistes d’abord, puis ensuite à tous les démocrates. Hitler tient son pouvoir d’un coup d’état qui n’a jamais vraiment dit son non mais s’est manifesté par une terreur sans limite. En Italie, l’arrivée au pouvoir des NaZis permet à au Fasciste Mussolini de réorienter sa politique dans un sens beaucoup plus nationaliste et impérialiste, tout en renforçant le contrôle de l’opinion à l’intérieur.

Face à ces deux dictatures d’extrème-droites, au capitalisme corporatiste réalisant la fusion de la propriété privée, du dirigisme étatiste et d’une militarisation de la structure sociale aux seules fins de la production, commence la montée en puissance d’un autre modèle, basé cette fois sur la propriété par l’état et une fusion de la société dans les objectifs définis par l’état : la Russie Soviétique. Si les Partis Nationalistes se multiplient en Europe, chacun défini des objectifs propres à sa réalité nationale. Le communisme, lui, se développe de façon radicalement opposée. Sous le vocable d’ « Internationalisme », la Russie Soviétique va utiliser les Partis Communistes à des fins de politiques étrangères. Ainsi, en 1932, alors que, comme le recommandait Léon Trotsky de façon désespérée (in La Révolution trahie), il aurait fallu que sociaux démocrates et communistes s’allient, les communistes ont été bien plus durs envers la gauche démocratique qu’envers Hitler : « il ne fait pas que l’arbre nazi nous cache la forêt social-démocrate ».

L’Europe des années 30 offre donc le spectacle, rétrospectivement, de son suicide programmé, tant il est clair que la coexistence de ces trois différents modèles (fasciste et nazi, communiste stalinien, démocratique) n’offrait pas d’avenir viable à moyen terme. Quand on regarde un film de Jean Carné et Jacques Prévert, ce côté « sans issue » du destin de Jean Gabin est à l’image du monde environnant. Les années 30 sont un monde à l’agonie près pour la grande boucherie, comme dans cette partie de chasse de La Règle du jeu de Jean Renoir… Et je ne vous parle pas des taux de profits : l’économie dans son ensemble ne semblait pas se remettre, et le sentiment général était celui d’un appauvrissement général de la population urbaine : le Front Populaire, la poussée de la gauche étaient l’expression de ce sentiment ; mais les élites, jalouses de garder leur part de ce gâteau qui ne grossissait pas décidèrent très tôt qu’il valait « mieux Hitler que le Front Populaire ». Marx a bien raison quand il dit que la bourgeoisie n’a de patrie que quand ça l’arrange, et qu’elle en fait un outil d’asservissement du peuple. Les années 30 en sont, en Europe, une tragique illustration : la bourgeoisie française a livré la France au nazisme. Et nous ne devons la résistance héroïque de l’Angleterre qu’au réalisme de sa bourgeoisie qui a vite compris qu’une victoire allemande la dépouillerait de son empire et de sa domination sur le commerce.

https://www.youtube.com/watch?v=AbVZpe9uPRU

Le film La regle du jeu commence par une retransmission radio apres une traversee de l’Atlantique (le monde moderne), puis continue dans un chateau vieille France ou reside un collectionneur de boites a musiques, grammophones et autres mecaniques d’un autre temps. Une tension parcours tout le film, partage par une partie de chasse d’une tres grande cruaute. Le film date de 1939, et fut interdit sous l’Occupation. De l’impossibilite de la France a entrer dans le monde nouveau.

L’Europe se gérait donc au présent, paralysée par un capitalisme qui avait cessé d’être rentable et qui désormais n’était regardé que comme une rente. Du Balzac, quoi…


Les Nicholas Brothers, vers 1934. L’Amerique de Roosevelt vire au swing et la culture de ses Afro-Americains ouvrant le trend culturel des 30 annees suivantes. Des 1934, c’est presque deja les annees 50…


Cab Calloway, 1934 : l’epoque Roosevelt est profondemment afro-americaine. Peut etre est ce cela que les conservateurs n’aiment pas, chez Roosevelt…

Cette introduction passée, les USA offrent à ce moment-là un tout autre spectacle. Le pays a une tradition démocratique ancrée dans ses origines. Solide. Les conflits sociaux y sont brutaux dès 1930, et le mouvement syndical, le socialisme y font de grands progrès malgré la répression. Le puit sans fond dans lequel le capitalisme semble chuter bouleverse et malaxe les certitudes, les idées nouvelles. Ici, on ne regrette pas le passé, on constate la dureté du présent avec le sentiment de l’urgence à faire quelque chose. Le Republicain Hoover, lui, n’a rien fait, tétanisé par l’échec de ses certitudes de conservateur bourgeois. Il est remplace par le Democrate et pragmatique Roosevelt en mars 1933, qui est elu triomphalement en 1932 sur la promesse d’un New Deal.

« Donne du boulot a quelqu’un! Fais un effort! C’est la volonte du peuple, c’est la politique du President! ». Le NRA, avec son sigle a l’aigle appose sur les produits vendus par les entreprises participantes.

Il est désormais considéré comme acquis (joli travail de sape des libéraux, menés par Friedmann des les années 40) que le point bas du cycle est atteint en 1932 et que Roosevelt n’a rien changé, qu’il a endetté l’Amérique pour 20 ans, et que la suite eut été identique sans rien faire, juste en déversant des liquidités. Milton Friedman, cet inconnu du grand public, a bien travaillé. La preuve, dans les plans de relances qui viennent de nous endetter pour 20 ans, on voit l’ombre de Keynes. Mais on se trompe.
Nous venons de voir appliquer à grande échelle une relance friedmanienne. C’est à dire exclusivement monétaire. Milton Friedman a été l’ennemi de Keynes en particulier, du New Deal en général, de Roosevelt plus généralement. Et pour que Margaret Thatcher, Ronald Reagan et leurs successeurs puissent plus tard mener à bien leur entreprise de dérégulation, il a fallu combattre Keynes à la racine, c’est-à-dire dans le New Deal. Il a fallu démontrer l’inutilité de la relance, pour mieux en souligner un coût. Ben Bernanke, le Président de la Reserve Federale, celui qui a pondu toute la politique monétaire depuis 2007 est un spécialiste de Friedman, et sa spécialité est le crash de 1929. Quand on voit ce que tout cela a coûté, et ce que cela va coûter en austérité, ça ne va pas donner envie d’aimer Keynes. Mais pourtant, il faut le savoir, Keynes n’a rien à voir avec les politiques menées depuis 2007/2008. On fait du Friedman. Keynes, c’est d’abord investir, investir beaucoup, enormement, creer directement des emploi pour supprimer les chomage en quelques mois tout en preparant le futur. Roosevelt a investi dans les infrastructures qui ont fait les USA… jusqu’aujourd’hui.

On accuse souvent le New Deal de n’avoir rien fait pour les Afro-Americains, ce qui est faux, comme l’atteste cette campagne ciblee, un premiere en la matiere. En fait, le New Deal est a l’origine des liens qui unissent le Parti Democrate et les mouvements des Droits Civiques. Les enfants ayant beneficies du New Deal seront 20 ans plus tard les combattants de l’egalite.

Pour comprendre ce qu’a été la « révolution keynésienne », il est important de savoir qu’autours de Roosevelt, il n’y avait pas de keynésiens, et qu’en fait, le New Deal a d’abord été improvisé, et que ce n’est qu’en cours de route que des économistes ayant lu Keynes se sont rapprochés de Roosevelt, donnant à sa politique une cohérence qui manquait jusqu’alors. Il faut savoir egalement que Keynes a lui meme revise sa theorie, a l’origine essentiellement monetaire, pour en faire une theorie de l’emploi (du plein emploi), en regard a ce qu’a fait Roosevelt, rompant avec la theorie liberale.
Autours du president americain, il est clair que la nécessité de « faire quelque chose » ne pouvait que rencontrer l’économiste qui pensait que le marché pouvait par moment se dérégler et qu’il incombait alors à l’état, comme le recommandait d’ailleurs Adam Smith dans sa Richesse des Nation, de rétablir les conditions de l’équilibre. Car en fait, le maître mot du (vrai) Keynésianisme n’est pas croissance. C’est équilibre. Le marché ne sait pas créer son propre équilibre. Il n’y a pas de main invisible. Si Keynes, contrairement à Marx, ignorait la sur-production, libéral, il voyait de la sous-consommation. Beaucoup de socialistes furent séduits, et c’est en Suède, après leur première victoire électorale en 1932, que furent appliqués les principes Keynésiens pour la première fois. Et que les conservateurs Friedmaniens arrêtent de dire des bétises, les socialistes Suédois ont livré des budgets équilibrés de façon quasiment continue jusque dans les années 70, quand a commencé à se manifester la crise de L’Âge Électronique (1965/1991). Keynes n’aimait pas les déficits. Il y a juste qu’il les considéraient comme une avance possible sur des recettes à venir. C’est très différent de ce que nous vivons depuis 2007.

Roosevelt élu, le gouvernement entreprit de faire. Et pour cela, entreprit une campagne de grands travaux sans précédents aux USA. Routes, voix de chemins de fers, écoles, hôpitaux, barrages,… la liste est longue, et ce furent près de 5 millions d’emplois qui furent créés en moins d’un an. Les conservateurs critiquent ces emplois, arguant que ce n’étaient pas de vrais emplois. C’est une vision politique, rien d’autre. Parallèlement, le gouvernement entreprit de mettre en place des régulations très strictes, comme par exemple séparer banque et assurance, mais également banque et courtage. Des règles de solvabilité furent adoptées. Très rapidement, les milieux d’affaire qui avaient soutenu Roosevelt s’en séparèrent voyant poindre l’ombre du « socialisme ». Mais dans cette économie à plat, où le fait même d’entreprendre n’était pas rentable, leur opposition fut de peu de poids face aux progrès réalisés dans la société. Là où l’Europe faisait son surplace avant sa grande régression, les Etats-Unis investissaient dans des infrastructures, à très grande échelle. Il y a là une très grande différence avec tous les plans qui ont été présentés depuis 2007/2008. Roosevelt n’a pas soutenu le capitalisme, il a restructuré la société pour permettre à une économie d’y renaître. Roosevelt a également progressivement bâtit les premières lois d’assistance sociale, comme les allocations de chômage. Et puis, comme à droite l’opposition se faisait toujours plus frontale, c’est vers les syndicats qu’il s’est tourné. Et le syndicalisme a alors commencé à être considéré comme un outil de la démocratie, le contrepoids nécessaire à la propriété.

Hollywood fut resolument du cote du New Deal des 1932, comme d’ailleurs les proces anti-communistes des annees 1946/49 l’en accuserent en y voyant la de la propagande communiste. Ici, une publicite pour le NRA, avec le logo a l’aigle, symbole des entreprises engagees dans le New Deal : reconnaissance du syndicat, droits sociaux.
En 1936, Roosevelt était réélu à gauche, sur un programme qu’aujourd’hui, avec nos esprits moulinés par Milton Friedman, nous regarderions presque comme un programme communiste. Ce qu’il n’était pas, comme on le verra avec l’étude du prochain cycle.

Vers 1937, deux cycles s’achèvent. Le premier, ce cycle court Jugglar commencé en 1932, et que le New Deal a boosté comme on ne peut pas le concevoir aujourd’hui. Il y eut donc une petite récession en 1937/38, comme pour chaque fin de cycle, mais pour la première fois, ce fut une récession « keynésienne » (les friedmanien y voient la preuve que quand Roosevelt a tente de reequilibrer le budget, tout s’est arrete). Elle fut courte, et les chômeurs reçurent des indemnités. Et c’est ainsi que, malgré 1937/38, la production industrielle atteint en 1939, et pour la première fois, ses niveaux de 1929. Mieux, les prix retrouverent également leurs niveaux d’avant crise.

Car c’est un deuxième cycle qui s’amorce, entre 1937 et 1940. Le cycle long de l’âge électro-chimique. Et les investissement massifs réalisés durant les débuts du New Deals vont se montrer déterminants : en y regardant de près, les USA de 1937 sont presque déjà dans les années 50.

Et en tout cas, très nettement dans leurs années 40. Et cela, malgré le fait que le cycle court suivant soit un cycle court de crise, marquant jusqu’au début de la guerre une phase de consolidation. La preuve ? Allez, regardons Eleonore Powell en 1936… Oubliee, la petite tete a la Helen Kane. Claquettes, studios gigantesques, jazz… Hollywood, quoi!

https://www.youtube.com/watch?v=cUddglzxP-g

La grande dépression, 1928 / 1932 ↘


1928, presentation des dernieres tendances de la mode americaine, juste un an avant le crash. Une video testamentaire de cette epoque qui crea les annees 60 avec l’esprit des annees 1900…

Joseph Kennedy avait l’habitude de se faire cirer les chaussures dans ce New York des Années Folles où le futur semblait offrir à chacun ces opportunités qui font le mythe américain. Il avait, comme beaucoup, profité de l’argent à bas prix que la Réserve Fédérale dispensait pour soutenir une croissance atone depuis la fin de la guerre. Cet argent permettait à certain d’acheter à crédit qui un appartement, qui un de ces nouveaux objets électriques – aspirateur, frigo, radiophone- et bien sûr pour beaucoup, des actions achetées sur le principe de la couverture, à crédit, pour un prix donné représentant généralement 10 fois la somme empruntée. En gros, on empruntait 100 dollars, on achetait pour 1000 dollars d’actions, et on remboursait à la revente, déduit des intérêts. Comme la bourse ne cessait de monter, ce n’était pas risqué. C’est étonnant comme l’homme peut parfois raisonner contre le bon sens, contre les évidences. Une action n’est en fait qu’un acte de propriété qui permet à son détenteur de recevoir la part du profit qui y correspond quand il y a du profit. Accessoirement, si le profit ou la perspective de profit est important, l’action est recherchée et, en fonction de cette demande, son prix monte car les acheteurs veulent cette part de profit. Que l’épargne monétaire, sûre, vienne à être rémunérée à, disons, 2%, tout placement procurant plus est recherché. Si vous achetez une action, disons, 10 euros, que vous recevez un dividende (part du profit), de 0,35 euros, cela revient à du 3,5%. C’est mieux que ce que propose la Caisse d’Épargne et ses placements monétaires. Et comme c’est mieux, votre action est recherchée, et donc, son prix monte. Si vous la revendez 11, et l’aviez acheté 9, vous avez gagné 2,35. Avouez que c’est un beau placement… La théorie « classique » et « néo-classique » a beaucoup théorisé l’idée qu’il y a un pris « optimal », réalisé, en gros, de la façon que je viens d’expliquer. En théorie, il ne peut y avoir de bulle car si le prix d’une action est trop élevé, la rémunération baisse proportionnellement. Si vous achetez la même action 20 euros, recevez un dividende de 0,35, votre dividende est en réalité de 1,75%. La caisse d’épargne rémunère à 2%, les prix augmentent de 1,5%. Or, l’entreprise qui a émis l’action peut faire faillite, c’est la part de risque. 1,75%, normalement, personne n’en veut, donc théoriquement, selon la théorie classique et néo-classique, l’action n’atteindra pas ce prix de 20 euros.

Voilà pour la théorie. Or, cette théorie s’est trouvée superbement démentie par les faits à de nombreuses reprises et les années 20 offrent à cet égard un exemple parfait. Imaginez maintenant qu’une banque centrale prête au jour le jour à un taux de 2%, à tous les établissements bancaires et organismes de prêts. Imaginons qu’au milieu de ces organismes, certains sont prêts à transformer le crédit en un bien de consommation courant. Admettons que pour ce faire, ils soient prêts à étendre la notion de caution, d’hypothèque au sens le plus large. Imaginons que leur but est ainsi d’emprunter à 2% et prêter à 15%. Imaginons que parmi les biens hypothécables il y a les actions, et qu’ils permettent ainsi de profiter de l’achat de titres à une grande masse de gens. Remettons maintenant en contexte. On sort d’une guerre, la production d’acier est en crise et on a besoin d’écouler les stocks. En 1921, une récession frappe tous les pays développés. Voilà comment la Réserve Fédérale baisse les taux au plancher, et comment personne ne va critiquer l’augmentation de la masse de crédits distibués. L’économie américaine, ainsi dopée dans ses centres urbains, semble décoller. Dans les campagnes, on s’endette massivement pour satisfaire les besoins de consommations des villes. On hypothèque donc massivement. Et comme toutes les campagnes s’endettent et que la production augmente, on est toujours au bord de la surproduction. L’agriculture est en crise et s’endette pour essayer de s’adapter.

La théorie classique n’a pas de réponse. En fait, Marx est bien plus logique. L’appétit de profit va conduire le monde tout droit au gouffre. Les entreprises s’endettent pour offrir ces nouveaux objets, au rang duquel la voiture figure en bonne place, afin de satisfaire les besoins des salariés urbains qui, faute d’être bien payés pour « consommer », s’endettent eux-même. Ça ressemble à un cercle vertueux, c’est en fait un terrible cercle vicieux car l’économie américaine de la fin des années 20 repose entièrement sur la circulation du papier. La bourse elle même se met à décoller de façon irrationnelle, non pas dopée par la perspective de profits, mais par l’afflux d’un nombre de « clients » sans cesse plus nombreux, qui achètent à crédit pour revendre 3 mois plus tard à d’autres comme eux, en empochant 20, 30% de plus-value. Et recommencer.

Un defile de mode dans un film de 1929, en parlant, et en couleur. La mode, juste avant le crash, et avec l’esprit des annees 20. Adorable et innocent. Que sont devenues ces actrices, quelques mois plus tard… ?

Or, en 1928, ce système est à ses limites et certains secteurs, comme l’automobile, commencent à surproduire. Dans l’immobilier, la situation est bien pire car les prix commencent à baisser. Autant d’indicateurs que le cycle d’activité commencé en 1921 et qui a été à son maximum en 1925 touche à sa fin : 1928 est une belle année en surface, mais ce sont les fondations même de la croissance. Et c’est ainsi que la volatilité (mouvements d’achats et de ventes sur le marché boursier) augmente dès le début 1929 : certains commencent à se retirer du marché, sans que cela ne se remarque vraiment car en 1929, les salariés pauvres s’endettent pour participer à cette folie qui a saisi toute la culture urbaine. Le nouveau président Hoover regarde tout cela avec bienveillance, trop content de présider un pays prospère qui s’est libéré des crises.


1929, quelques restes de prises couleurs de Siegfried Follies, Glorifying the American Girl. Les spectacles de Broadway regorgeaient d’extravagances dans ce flot d’argent sans fin, sans limite.

Juste avant que tout ne s’arrete et que les theatres ne se mettent a fermer les uns apres les autres, mettant fin a cette culture legere du debut du siecle venue se perdre jusque dans les annees 20. Les couleurs sont originales.

Et c’est ainsi que par un beau jour d’août, le garçon qui lui nettoie les chaussures dit à John Kennedy qu’il place en bourse et qu’il est facile de s’y faire 5000 dollars. L’homme d’affaire, songeur, décide de vendre toutes ses positions : quand même les cireurs de chaussures mettent leur argent en bourse, c’est que quelque chose ne va pas. Et grand bien lui en prend car depuis quelques mois, les cours font du yoyo montant toujours plus haut. Les sociétés de courtage encouragent en effet tout le monde à placer à chaque baisse car à chaque fois, c’est bien connu, « ça monte plus haut ». Et ce ne sont pas les mauvaises nouvelles qui manquent en 1929. La bourse est de plus en plus nerveuse, bouillante. Et c’est ainsi qu’un indicateur révélant la surproduction d’acier, puis un autre une baisse des ventes de voitures vont provoquer les premières chutes importantes du marché, des baisses qui vont rythmer toute l’année. Début octobre, la situation empire, mais là encore, on augmente ses dettes pour en remettre une couche, « de toute façon, ça va monter plus haut ».

On ne connaît pas bien comment cela a fini par s’écrouler, la mécanique, les jours qui ont précédé le Jeudi noir. Si ce n’est que septembre et octobre voient s’accroître la nervosité. On sait aussi que les grands patrons des grandes banques ont tenté un sauvetage, mais qu’elles se sont retirées trop tôt du marché. On sait aussi que la modification des règles de couvertures a joué, et que novembre et décembre ont vu se succéder des erreurs fondamentales dans une espèce de sauve qui peut qui reprenait plus fort à chaque fois que le marché se stabilisait. On sait aussi que la Réserve Fédérale, après avoir inondé le marché de liquidités, a décidé de reprendre la main car à chaque fois les nouveaux plus bas et la multiplication des faillites lui donnait le sentiment de ne rien maîtriser et de ruiner la dernière chose qui restait, le dollar et son indexation sur l’or qui, lui, montait. Les agences de crédit faisaient faillite les unes après les autres, non sans avoir auparavant tenté de récupérer leurs prêts par tous les moyens. On sait que dans les campagnes, les expropriations commencèrent très tôt après le krach, car le paysans ne peut pas bouger, comme ces salariés à la rue qui disparaissaient de la nature en laissant l’ardoise de leurs actions achetées au plus haut, non payées et invendables, sans autre valeur que la valeur d’un bout de papier. On sait que des comptables de sociétés qui avaient placé des profits en bourses en jouant sur la couverture, se suicidaient en laissant des dettes phénoménales à leurs sociétés qui fermaient dans la foulées. On sait que cette insolvabilité généralisée a fini par gagner les banques car l’argent s’est tarie. La machine s’est arrêtée. Les prix des actions baissant, les acheteurs disparaissant et les liquidités s’évanouissant, en ne laissant que des montagnes de dettes non recouvrables ont fait disparaître ce qui fait vivre les banques : l’argent. Il n’y avait plus d’argent. Les prix ont donc commencé à baisser. Dans les campagnes, on s’était endetté pour produire plus, on se retrouvait avec des surplus que l’on bradait à moitié de leur valeur. Produire ne rapportait plus.

Comme en dit en anglais, free fall. Une chute libre. Pas d’allocation de chômage. Pour les vieux, l’épargne qui s’est évanouie. Et toujours plus d’entreprises qui ferment, et toujours plus de chômage, et donc encore plus de prix qui baissent, et donc toujours plus de faillites. Des dettes, et des banques qui font faillite en engloutissant les économies de leurs clients, et donc encore plus de faillites et de prix qui baissent. Et au milieu de tout cela, des luttes sociales violentes, des émeutes, des barricades, des banques et des usines incendiées, et l’armée pour réprimer.Les banques, elles, à court de liquidités, se mirent à rapatrier les capitaux placés en Europe, en Allemagne particulièrement, mais aussi en France, contaminant les autres pays.

1930, une version cinema d’une comedie musicale. Fin 1929, debut 1930, on n’avait pas encore compris que cette epoque etait resoluement terminee…

Les Années Folles se sont arrêtées tout net, en semant leur route de signaux pourtant clairs mais que personne ne voulait voir. La chute n’en fut que plus brutale. Et comme l’économie des années 20 était déjà potentiellement fragile, peu profitable, boostée à la dette, il n’y avait désormais rien pour prendre le relais. Les années 30 commencèrent dans le paradoxe d’une surproduction de tout d’une destruction massive de ce tout –légumes et fruits, café, lait, etc- pour tenter de maintenir les prix, et d’une situation de quasi-famine en bordure des grandes villes de l’Est américain. Puis en Europe. La chute fut d’autant plus douloureuse qu’elle fut rapide. Les changements culturels furent alors extrêmement importants. De ces 4 années 1929/1933 sortit l’extermination de millions de juifs, bouc émissaires de tous les malheurs de l’Europe depuis des siècles. Cette crise du capitalisme, ce puit sans fond de la chute du « taux de profit » révéla une fois encore la crise que l’Europe traversait depuis qu’elle avait décidé de se faire la guerre avec elle-même pour écouler ses stocks d’acier, en 1914. L’Europe, en crise profonde d’identité, fut incapable de se réinventer comme l’y invitait cette crise de ses structures économiques. Elle trouva donc, en Italie d’abord depuis 1921, puis en Allemagne, en Espagne et au Portugal, mais aussi en Russie désormais Soviétique, dans le totalitarisme et le corporatisme la voie de son salut. Seules la France et l’Angleterre allaient être épargnées, non sans mal, au prix d’une sorte de déclin lent de leurs élites, de la tentation totalitaire et des appels à la reformulation de ce qui les constituaient.

Helen Kane, vers 1930, veritable symbole de la fin des annees folles, avec sa bouille ronde, sa voix fausse, son air gourde et son poupoupidou repris plus tard par Marilyn, mais ayant egalement inspire Betty Boop. Elle disparaitra des ecrans en … 1933, quand il sera evident qu’on sera rentre dans une autre epoque.

Les USA, eux, mais également la petite Suède, allaient décider de poser la question de leur devenir et de tout recréer, tout repenser, en reformulant leur contrat social à la base, comme une première étape à la sortie de cette crise. Au cours de l’été 1932, le candidat à la présidence du Parti Démocrate, F.D. Roosevelt, entouré d’une équipe d’économistes aux options très variés mais s’accordant sur l’idée qu’il fallait faire quelque chose, entama la traversée d’une Amérique peuplée de 25% de chômeurs s’entassant dans des bidonvilles en bordures des grandes villes, de paysans délaissant leurs terres et partant sur les routes chercher le « bonheur » plus à l’Ouest. Son envie de « faire quelque chose » se résumait en un « New Deal », un donnant-donnant où l’état rétablirait des équilibres que le capitalisme avait lui-même mis à mal en organisant sa propre faillite.

Et puis il y eut Roosevelt…

Ce qui est étonnant, c’est la profondeur du bouleversement que les USA ont accepté de vivre durant ses trois ans, et le caractère durable de ces transformations, dans les domaines sociétal et culturel. Les USA de 1928 sont prêt « technologiquement » pour entrer dans une nouvelle société. Les années 20 ont vu apparaître tous les objets qui domineront la société de consommation jusqu’aux années 60 : la radio, la télévision, le cinéma couleur, le cinéma parlant, l’électroménager (frigo, machine à laver, moulinette, cuisinière électrique, aspirateur, …), la voiture de masse, l’industrie du crédit… Elles ont également achevé la révolution du vêtement féminin amorcée au début du cycle de crise, en 1913, par Paul Poiret. Cette mode sans corset libérant le corps s’est très vite adaptée aux nécessités de la guerre, et notamment le travail des femmes en usines. L’ourlet n’a donc cessé de monter et le vêtement se simplifier pour donner naissance au vêtement pré-moderne de Madame Lanvin, Madame Grès, Jean Patou dés 1921, puis avec la remontée de l’ourlet au niveau du genoux, au vêtement moderne. Dès 1925, il devint même acceptable de porter un pantalon. Quand la crise intervient, et jusque 1933, les couturiers penseront bien à rallonger l’ourlet, mais c’est intéressant de voir que la ligne, globalement, ne changera pas. La taille remonte, mais reste discrète. Les cheveux rallongent un peu mais restent globalement au dessus du cou, ondulés. Le corps féminin continue d’être ce tube longiligne. Les hommes sont toujours aussi à l’étroit dans leurs costumes près du corps. Seules les audaces géographiques, optiques, les effets noirs et blanc, disparaissent. On a aux USA une quasi-disparition des audaces art-déco dans la publicité et un renouveau de la réclame, des longs argumentaires bavards. Broadway qui avait brillé durant une décennie, traverse la crise très difficilement, mais Hollywood reprend les comédies musicales qu’il adapte pour le cinéma, récemment parlant, mais semblant pour un temps renoncer à la couleur qui pourtant est désormais totalement au point. Dans la musique, les romances fox-trotisantes et charlestonisantes continuent tant bien que mal, avec les mêmes voix de crooner. Les actrices, telles Helen Kane, rescapée de la fin des années 20, avec sa bouille ronde et sa voix aigue de fille idiote, celle qui inspira Betty Boop à Max Fleischer, continuent de se faire brûler les sourcils.

C’est une opinion très personnelle, mais en fait, à y regarder de près sous l’angle de la culture de masse, aux USA, les années 30 n’existent pas. Il y a bien les années 20 avec leurs garçonnes au volant de voitures décapotables, écoutant du Charleston. Il y a bien des années 30 en Europe, mais elles sont définitivement archaïques, tournées dans la nostalgie du passé qu’entretient la vague « réaliste » qui succède aux audaces du surréalisme. Il n’y a qu’une alternative en Europe, et elle est totalitaire. Mais aux USA, point de tout cela. En 1932, les USA sont dans des post-twenties. En 1935, ils sont dans une sorte d’époque de transition mélangeant les genres et les styles, mais où du neuf est bel et bien visible. Comme le swing et son rythme sauvage, les épaules des femmes qui réapparaissent. En 1937, en fait, les USA sont déjà dans les années 40 et, à bien des égards, peut-être même un peu déjà dans les années 50…


Apres le Crash…

Regarder en images et interroger ces images, entre 1928 et 1932, c’est regarder une rupture profonde, c’est voir de ses yeux émerger un monde au milieu des ruines et des souffrances de l’ordre ancien.

Cycles : une introduction

J’ai commencé à travailler sur ce que j’appelle « cycles » fin 2008, alors que je venais de me retrouver au chômage au pire moment qui soit. Nous entrions en récession, tout le monde paniquait partout. Pour moi, ça ne collait pas…

Au lycée, j’avais étudié Kondratieff, à l’université, les phases A et B définies par les les historiens autours de Robert Mandrou comme des cycles d’augmentation ou de baisse des prix dans les sociétés d’ancien régime en Europe. J’ai depuis longtemps opéré une sorte de synthèse personnelle et intuitive de ce que je nomme des cycles économiques et que je reprends à Kondratieff en tendant à les mixer avec des signes visibles, ceux que produit la culture. C’est un passe temps.

Bref, alors que tout semblait s’écrouler et que sur le net les spécialistes de Kondratieff, récupérés par les néo-conservateurs, s’évertuaient à vendre de l’or pour se protéger de ce qu’ils appellent « l’hiver », je me butais et n’arrêtais pas de me dire que non, ce n’était pas possible, que ça ne collait pas. On n’était pas en crise, dans ma grille, c’était même le plein boom. On était en été, et non en hiver. J’évoquais donc un jour sur mon blog un « typhon », ce phénomène naturel destiné à rétablir l’équilibre.
Cinq ans plus tard, les faits m’ont donné raison. Ça m’amuse un peu car beaucoup de spécialistes doivent passer beaucoup de temps à essayer de faire oublier leurs prédictions affolantes et affolées sur la chute de capitalisme. D’autres dénoncent les manipulations de la finance pour expliquer que ça ne se soit pas encore écroulé. Oubliant que c’est le principe même du capitalisme. Qu’importent les moyens pourvu qu’il y ait du profit et que ce dernier ne soit pas menacé. On est bien loin de 1929… On est en fait en 1907.

Nous avons, depuis 2008, connu une première récession, mais très rapidement une puissante reprise économique dans un certain nombre de pays que l’on regardait auparavant comme des pays de la périphérie et qui ont utilisé ce cycle d’ajustement dans les anciennes puissance pour conduire de puissantes relances keynésiennes basées sur l’investissement public et financées par des taux d’intérêts incroyablement bas, des relances qui, en poussant la croissance à des niveaux incroyablement élevés, ont accéléré le désendettement de ces états.

Les états plus avancé ont, eux, utilisé la planche à billet pour renflouer leurs banques. Leurs banques centrales ont racheté à tour de bras les produits financiers qui plombaient leurs bilans, ce qu’elles ont appelé quantitative easing. L’une des plaie de la finance de marché d’avant le krach, les Quants, est donc devenue la théorie officielle qui nous gouverne.

Le renversement de tendance du dernier cycle court est intervenu en 2009, faisant suite au précédent cycle court qui fut une période d’intense spéculation sur fond de dégonflement de la bulle des subprimes. Depuis 2009, nous avons vécu quatre années de prospérité économique. Beaucoup sont passés à côté dans les vieilles puissances, mais la Chine et autours d’elle toute l’Asie (à l’exception du Japon) ou l’Amérique Latine ont connu des taux de croissance dignes des trente glorieuses.
Ce cycle, c’est le cycle de l’iPhone. Présenté en 2007, il a commencé sa carrière modestement, plombé par les limitations technologiques du marché américains dues à des retards d’investissements des opérateurs (privés) dans la 3G. C’est donc en 2008, au moment où les bourses internationales soldaient la bulle de crédit dans un plongeon inégalé depuis plus de 70 ans, que Apple lançait le véritable iPhone, le iPhone 3G.
Très vite, en 2009, dans toute l’Asie, et particulièrement en Corée du sud avec Samsung, la concurrence a développé ses propres gammes de téléphones Androïd. Apple a vite repris la main en sortant un super iPhone, le iPad, qui amorça le marché des tablettes.

Nous en sommes là. Je blaguais l’an dernier quand l’action Apple caracolait à 700 dollars : quand elle baisse, c’est le début du retournement du cycle.

Voilà, elle coûte désormais 500 dollars. Le cycle court, Jugglar ou cycle des affaires, touche à sa fin. Nous entrons dans un cycle d’investissement, de concentration. Dans 4 ans, quand on entrera dans un nouveau cycle, avec un ou deux nouveaux produits phares, Apple, ou Google, ou Samsung, ou un autre, aura peut être disparu de l’incroyable concurrence qui s’opère désormais. Car le marché est saturé. Et developer un produit coûte cher.
Du côté du cycle long, un Kondrattief, démarré en 1992 après la guerre du Golfe, il nous en reste pour 3,4, 5 ou six ans. Nous sommes en fait dans l’âge d’or du capitalisme de l’âge informatique. Nous avons désormais les connections 4G, les vitesses de l’Internet atteignent 1 Go au Japon ouvrant le marché du multi-play familial.

cycle kondratieff relativement synchro avec mes propres cyclesJe dois toutefois vous avouer une chose, mes cycles Kondratieff sont assez différents de ceux que vous trouverez sur le net ou dans des ouvrages. Tout d’abord parce que certains auteurs utilisent les Kondratieff corrigés par Shumpeter. Ensuite, Krondratieff ayant été envoyé en camps par Staline en 1937, il n’a pas pu continuer son travail sur le 20ème siècle. Et puis, très rapidement, Kondradieff a été utilisé par des courtiers, des sociétés de placements financiers dans le but de prévoir des évolutions de cours boursiers.

Avec l’apparition d’Internet, ces sociétés se sont multipliées et d’un travail relativement sérieux, on est passé à une phase de plus en plus manipulatrice et si vous recherchez le Kontradieff wave sur internet, vous constaterez que pour ce qui concerne les deux cycles récents, beaucoup ont en fait calé les cycles sur leur propres analyses : l’automne Kondratieff s’est ainsi vu rajouter des années et dure maintenant une bonne quinzaine d’années, tandis que l’été qui l’a précédé s’est vu écourter pour caler avec les années Reagan, cet âge d’or des boursicoteurs du monde entier.Qu’on me permette donc, à moi aussi, de prendre mes aises avec les cycles Kondratieff, puisque tout le monde le fait si bien…

Je suis assez synchro avec les cycles tels que décrits par Kondratieff lui même. Je me permets juste de les caler sur des événements importants qui en accélèrent ou ralentissent la tendance. Ainsi, j’aurais tendance à placer un retournement en 1914, avec la guerre, et même peut être un peu avant, vers 1910/1912, quand il est devenu clair que la surproduction d’acier et les guerres de prix allaient entraîner les puissances dans la guerre, ce qui me permet de regarder la guerre comme une première tentative de juguler la crise et non quelque chose qui l’a précipité. Toujours est il que sitôt la guerre terminé, les grandes puissances sont immédiatement rentrées en récession, et là, tout le monde est unanime pour dire que le cycle long des années 1890/1900 est bien terminé. Au passage, en 1913, le président des USA signe le décret portant création de la Federal Reserve. Cela pourrait être, aussi, une date. Kondratieff mettait son curseur entre 1915/1920.

Kondratieff base sa théorie sur l’évolution des prix et des cycles d’investissement. Shumpeter a complété cette idée en mettant en évidence quels sont les technologies propres à chaque cycle.

Les années 1920 sont donc bel et bien un automne, une période de crise, mais les boursicoteurs ont décidé d’en faire un été bref, avec un automne sur la fin, suivi d’un long hiver jusqu’en 1950… Les travaux plus sérieux voient bien l’hiver s’abattre en 1929, et le débat est virulent pour savoir quand le printemps commence. 1940, ou plus tard ? Cela a l’air de rien, mais il y a là une bataille idéologique majeure : voir la fin de l’hiver, et donc le début d’un nouveau cycle avant 1940, c’est voir dans le New Deal une des solutions à la crise. Voir la sortie de l’hiver après 1941, c’est voir la guerre comme le moyen de sortie de crise, et considérer le New Deal comme un échec.

Pour moi, clair, net, précis. En 1937-39, le cycle se retourne. Et donc, le New Deal est un vrai succès. Au passage, je suis synchro avec Kondratieff lui même : mon cycle de crise dure de 1912-14 à 1937-39, soient 25 ans. Imaginez bien que certains boursicoteurs produisent un cycle de crise durant… 40 ans. Je ne suis pas là pour juger s’ils ont tord ou raison : mais on n’est plus dans un cycle Kondratieff sensé durer 25 ans en expansion et 25 ans en contraction.

Le cycle qui suit va donc jusque 1965, ce sont les trente glorieuses, l’époque longue d’expansion avec la société de consommation, et où la régulation de l’économie avec les outils keynésiens est un succès. L’économie se gouverne alors comme un avion, on accélère un peu pour garder le chômage aussi proche possible de zéro pour cent, en augmentant les salaires, les prestations, les travaux en infrastructures publiques. On ralenti un peu pour garder d’inflation sous contrôle, inférieure si possible à 5%, en augmentant un peu les impôts pour balancer le budget : la période keynésienne est une période d’équilibre budgétaire et de faible endettement. C’est la période aussi des grands investissements : Airbus, internet, l’informatique, les technologies spatiales, le nucléaire aussi, sont tous les produits des recherches publiques des années 50/60, même, et surtout aux USA. C’est l’âge du pétrole et de la pétrochimie, du plastique et des insecticides. L’âge d’or, c’est Kennedy.

Le cycle se retourne vers 1965, on en voit le signe de façon très nette : on commence à faire de l’inflation ET du chômage, bref, les gouvernements ont de plus en plus de mal à contrôler. Et puis on prend conscience de la pollution, du gâchis, et puis le dollar perd son statut de monnaie étalon en 1971, et puis le pétrole devient plus cher, les réserves s’épuisent aux USA, le charbon est lui hors de prix. Toutes les fondations du modèle semblent sapées. Le chômage augmente, 2, 3, 4, 5% et l’inflation aussi, 3, 4, 5, 10, 15%… C’est l’automne. Les années 80 commencent par une brutale récession déclenchée par les néo-conservateurs anti-keynésiens, Thatcher et Reagan. L’hiver est violent, ce qui n’empêchent pas certains de faire la fête, comme dans les années 20. La décennie s’achève par l’éclatement de la première bulle depuis 50 ans, et une récession, et une guerre, et le SIDA.

L’élection de Bill Clinton coïncide parfaitement avec le retournement du cycle. Un nouveau cycle commence, l’âge informatique. Internet et informatique génèrent de fantastiques profits, tandis que les investissements massifs dans de nouveaux pays, en Asie essentiellement, permettent de produire à bas coût et donc restaurer les profits en berne du cycle précédent. Trois bulles ont dors et déjà explosé dans ce cycle, basé sur la non régulation et l’abondance de crédit d’une finance revenue au non-cadre d’avant Keynes. Une première bulle éclate en 1995, c’est la crise mexicaine et le krach monétaire. Les liquidités qui se déplacent vont alors s’investir dans les nouvelles technologies, c’est la bulle internet. Celle ci se dégonflant, prétexte à un nouvel assouplissement du crédit, les liquidités vont se placer à la bourse et dans l’immobilier. En 2007, la bulle explose et certains pays sombrent dans la récession, mais cela n’empêche pas le commerce mondial de continuer de croître et à la planète de connaître, en 2010 et 2011, des records historiques de croissance économique. Nous sommes donc bien, toujours, dans un cycle long d’expansion. L’été est simplement très orageux, et certaines zones ont été dévastées par un typhon. Ça arrive.

Beaucoup de Kondratieviens boursicoteurs parlent en ce moment d’hiver. Je leur conseille de regarder les chiffres de la Chine, de la Corée ou de l’Inde…

Ce cycle devrait donc se retourner vers 2015-2017. C’est ce à quoi je me tiens. Et nous devrions rentrer dans un cycle automne, de plus en plus instable, cette fois ci même au sein des pays émergents.
Ces cycles longs détaillés, j’affine en utilisant les cycles courts, dits cycles des affaires, ou Jugglar, et qui correspondent généralement à un ou deux produits qui tirent la croissance quelques années, trois à cinq ans, avant que le marché ne sature et que donc la croissance ne ralentisse, on est donc alors dans un cycle d’investissement (c’était, dans les années keynésiennes, la période de relance).Mais ce travail sur les cycles ne serait rien si en fait je n’en faisais pas un travail d’histoire culturelle. Mon dada, c’est la mode, la musique, le cinéma. Et quoi de plus fascinant que regarder la quasi synchronisation des phénomènes culturels avec les cycles économiques.

Une de mes explication est que 25 ans, c’est l’âge d’une génération. Et ces cycles de 25 ans, on les voit également dans le passé à travers la mode et les façons de penser. 1715-20, la mort de Louis XIV, la régence. Un printemps, les premières Lumières, optimistes, Voltaire, Montesquieu, la banque de Law, le baroque français. 1740-45, la crise, les secondes lumières, pessimistes, Rousseau, Diderot, Pompadour, la fin du baroque. L’automne. 1765, le take-off, Oberkampf, la demande de libéralisation de l’économie, l’émancipation de la société civile, l’opinion publique, le classicisme, Kant, et en France l’inadéquation du régime. Un printemps. Et 1790, la crise… Kondratieff date le premier cycle d’expansion aux années 1815. Synchro.

Dans ce cadre, les changements culturels s’opèrent au gré des générations, avec au bout de 50 ans l’émergence d’une génération totalement nouvelle recomposant dans le passé un imaginaire qui la fait se muer et aller de l’avant. Dans les années 1990, ce furent de mythiques années 60. Tout comme la Régence en France fut mue par une nostalgie pour les premières fêtes de Versailles dans les années 1660, sorte d’âge d’or mythologique. Les années 1950 furent de nouvelles années 1900, dessinées par Christian Dior, et les années 60 de nouvelles années 20 avec des garçonnes en cheveux courts, les années 70 de très risquées nouvelles années 40. Et les années 80 de nouvelles années 30 s’imaginant de nouvelles années 50… Les années 1830 virent elles réapparaître les amples robes de la seconde moitié du 18eme siècle, et quand en France la République se fut senti bien installée, vers 1900, la nouvelle génération commença à lorgner vers les origines et les femmes de 1910 s’habillèrent dans une interprétation orientaliste de la mode de la révolution française… En 1965, Courrège, lui, dessina le vêtement féminin destiné à l’époque telle qu’elle se voyait : spatiale…

On le verra dans ces pages, mettre en parallèle culture et cycles économiques est passionnant, et stimulant.
Je ne peux, bien sûr, pas m’empêcher de formuler quelques pistes pour le futur…

L’âge du pétrole, 1913/ 1940 ↘↘

(page en cours de realisation. Pour patienter, quelques videos.)

https://www.youtube.com/watch?v=j58lRYsiz-w
L’Inhumaine, Marcel L’Herbier, 1923

Realise en 1923 par Marcel L’Herbier, L’inhumaine est un des plus grands films de l’histoire du cinema. C’est un film testamentaire, de ceux qui resument leur epoque mieux que rien d’autre. Decors de Man Ray, architecture de Robert Mallet Stevens, costumes de Paul Poiret, scenario de Mac Orlan, decors de (entre autres) Pierre Chareau et Fernand Leger, musique (perdue) de Darius Millaud. Le film s’ouvre sur une viree en voiture sur les hauteurs de Suresnes.

https://www.youtube.com/watch?v=zyMqLc3-vQ8
L’argent, Marcel L’Herbier 1928

Une conclusion s’impose alors : les annees 20 sont un ultime prolongement, sombre et fou a la fois, au dela de la plus grande boucherie guerriere de tous les temps, des annees 1900 et de leurs audaces, auquel le krach de 1929 mettra un terme, entrainant l’Europe dans la barbarie puis, dans une nouvelle boucherie depassant toutes les bornes de l’imagination. Les USA, eux, sortiront de la crise grandis, emancipes de leur modele europeen, auquel desormais ils s’appreteront a imposer le leur.

Mais bien sur, cette periode, c’est un entre deux, entre deux guerres.

Le tout entrecoupe d’une periode etrange, les annees folles,

qui conduit a une crise economique consecutive au krach de 1929 a Wall Street

La guerre passee, les memes problemes economiques de l’avant-guerre ressurgirent, mais apres une saignee qui avait ruine la France et la Grande-Bretagne, boulverse les regimes politiques en Europe, asservi l’ancienne Prusse. Des 1919/20, l’hyper-inflation puis la deflation consecutive a une surproduction firent leur apparition. Au USA, la FED decida de doper l’economie en ouvrant les vannes du credit. En Europe, aucune reelle politique ne fut decidee. La consommation resta donc principalement elitaire, quand aux USA le credit permit de reactiver la croissance a partir de 1923/1924, et de retrouver les hauts niveaux de production de la guerre, cette fois au service des industries naissantes de l’age du pertole, essentiellement la voiture, mais egalement l’electro-menager.
Avec la crise, les USA s’orienterent vers la consommation de masse. L’Europe, elle, qui avait loupe le coche, sombrerait dans la guerre.

Cycles: un travail en construction

Sur ces Kondratieff, trouvés sur un site quelconque vendant de l’or,  je suis à peu près d’accord jusque vers les années 20; après, les cycles sont manipulés à des fins de propagande. Par exemple, pour prouver que le New Deal n’a servi à rien. Les cycles sont « tirés » à partir des années 30… Faut bien vendre de l’or!

Alors que je suis dans le métro, direction Nihonbashi où je donne chaque lundi un cours particulier, j’ouvre cet iPad et tape quelques mots. Cela fait bien longtemps.
J’ai terminé la migration de mes « cycles » de WordPress à mon site. Je vous invite à y faire un tour régulièrement, car il ne s’agit pour le moment que d’une esquisse de ce qui est sensé devenir une petite histoire culturelle du capitalisme à travers des cycles économiques basés sur le principe de base du marxisme, à savoir les cycles de profit. C’est mon joujou, une approche un peu originale puisque depuis trente ans, la théorie de Kondratief domine, celle-ci basée sur les prix et donc « classique » et conservatrice.

Les Kondradieviens, très souvent inspirés par Milton Friedman et Heinrich Hayeck, dominent l’Internet et leurs sites sont légions. On peut y lire leur vision du monde sur des pages où abondent les publicités pour acheter de l’or. En effet, ceux-ci pensent que nous sommes au bord d’un écroulement de la pyramide de dettes. Leur solution est de tout laisser s’écrouler et de laisser le capitalisme se régénérer… Autant dire qu’ils sont anti-keynésien, et abhorrent Karl Marx ainsi que tout ce qui peut s’apparenter au socialisme. Depuis dix ans, ils se sont fondus avec l’ultra conservatisme et voient des complots partout. Les difficultés du monde sont dues, à leurs yeux, à des groupes occultes, et non à l’organisation sociale et politique qui rend ces groupes si puissants. Un de leurs gourous est Ron Paul, ils boursicotent, généralement, ils ont le « vrai » capitalisme dans la peau… Ils ont leurs sites où ils « démasquent » la vérité sur les manipulations des grandes banques, sur le 11 septembre, le nouvel ordre mondial et les sociétés secrètes, ils y dénoncent la gabegie keynésienne, l’assistanat et les impôts qui ruinent l’effort, les régulations qui freinent l’initiative
À aucun moment ne pointe une réflexion sur ce qui donne tant de pouvoir au puissant… Sur un de ces sites friedmano-kondratieviste, l’auteur disait en 2009, en chantant avec la meute, que les indices allaient encore s’écrouler à des niveaux vraiment effrayants, et affirmait très tranquillement qu’il fallait attendre que ça dégueule bien pour commencer à « faire ses courses comme en 1932 ». Jamais vous ne lirez une plainte sur le sort des hommes broyés par le capitalisme, la dépossession de leur destin par l’absurdité d’une organisation sociale qui les dépossède de toute décision quand par ailleurs elle en fait les vrais créateurs de la richesse des puissants et des oisifs actionnaires, petits ou grands. Non, ce sont des apprentis riches dégueulant leur fiel sur le dos de ceux dont ils envient le pouvoir, la richesse et la réussite. Mes cycles sont une déclaration de guerre. Les Kondratieviens s’arrachent les cheveux pour réconcilier leur théorie de cycles qui deviennent des élastiques durant de 30 à 60 ans, afin de coller avec les événements.
Moi, marginal et non spécialiste, j’utilise très logiquement les profits, et ça marche très bien. J’avais écrit dans mon blog que le choc en 2008, très violent, ne durerait pas longtemps, c’est chose faite. Pas de grande dépression. J’avais écrit qu’on s’en sortirait en faisant encore plus de crédits dérivés, c’est chose faite : les banques centrales rachètent de la dette à tour de bras, mais leur remise sur le marché passe totalement inaperçu! Or, le rachat massif de crédits tend à faire baisser les taux longs. Résultat, si vous achetez aux banques centrales de la dette émise un an auparavant, vous gagnez la différence… Pas mal! J’avais écrit qu’on réviserait les taux de croissance à la hausse, sauf pour les USA, dès la fin 2009, et là encore, j’avais raison. Je ne suis pas un magicien ni un voyant. Mais contrairement à la légende, Marx, ça marche. Parce que Marx a donné une définition valable du capitalisme : la recherche du profit. Les monétaristes avec leur Friedman et leurs « placements or » ne sont finalement que des Poujade du capital, les petits qui voudraient devenir des grands. Le grand gourou Ron Paul a extrêmement bien travaillé, puisque les tea party et les dernières élections américaines consacrent ses combats. J’apprécie sa constance et son honnêteté, j’abhorre son idéologie car c’est l’idéologie des puissants, cette idéologie qui dépossède les hommes en leur faisant croire qu’ils sont maitres de leur destin. Actionnariat populaire et boursicotage, « choix ».
Je ne me suis pas trompé car mes cycles, eux, collent très bien. Et plus je gratte, plus je constate la pertinence de mon observation. Un exemple ? Eh bien prenons 1929! En 1873, c’est à dire 56 ans avant, la même chose s’est produite! Différemment bien sûr, mais tout de même un baisse des valeurs qui a été suivie par dix à vingt ans de tendance à la dépression, après dix ans de baisse des profits, d’émergence de nouvelles puissances, de nouvelles technologies – le fer et l’acier bouleversent les industries traditionnelles- et de spéculation destinée à compenser la baisse des profits. 1929, donc, mettant fin à 15 ans de dégradation des profits – surproduction d’acier en France et en Angleterre, baisse des prix – compensée d’abord par la guerre, puis par une gigantesque bulle de crédit aux USA. Si en apparence les années vingt semblent prospères au point s’inspirer un « été » chez les Kondratieviens, c’est bel et bien d’un automne pourri qu’il s’agit car la pauvreté se répand dans les campagnes américaines où l’agriculture se restructure et s’industrialise par l’endettement et de massives expropriations pour satisfaire l’appétit des villes, lui même dopé à l’endettement et au boursicotage. Les profits des années 20 sont fictifs.
De la même façon que vers 1890, le capitalisme sort régénéré de la longue crise qui l’a traversé et qu’il s’apprête dans une de ses villes coeur à accueillir la « belle époque », le capitalisme, en tout cas le capitalisme américain, sort régénéré vers 1936/40, avant que le conflit ne le booste à partir de 1941.
1873, 1929… 1980. On a oublié la profondeur de la récession qui a accompagné le remède de Cheval du tandem friedmanien conservateur Thatcher-Reagan. Presque trois ans de récession, en UK, près de 4 millions de chômeurs, des milliers d’entreprises faisant faillite, des taux d’intérêt à 30%… Et pour réactiver le malade, des baisses d’impôts pour les riches, des privatisations, la dérégulation financière et des coupes dans les budgets sociaux pour mettre fin à l' »assistanat socialiste ». Une rupture profonde à l’origine de délocalisations massives, notamment vers la Chine… Cette rupture n’a été rendue vivable que par le maintien d’outils keynésiens qui un peu partout sont en ce moment même en voie d’être démantelés pour « réduire le fardeau de la dette » et « remettre les gens au travail ». La prochaine sera extrêmement violente, du même ordre que 1929.
Si je regarde le contexte qui sous tend ces ruptures, à chaque fois, le profit est en baisse et les investissements dans les nouvelles technologies, les nouveaux procédés, incroyablement coûteux. Les années 70 furent une vraie catastrophe économique, un lent déclin amorcé vers 1965/1967 quand un peu partout le chômage ET l’inflation se mirent à progresser ensemble. Un peu comme la crise de 29 recoud des contradictions que l’on voit apparaitre vers 1910/1913, surproduction et chute des prix (la guerre leur permit se s’envoler, avant de s’effondrer de nouveau dès 1919 et d’engendrer une récession jusque 1922/1923).
Alors, 2008 offrait un profil radicalement différent. S’il y avait bien une gigantesque bulle adossée à un immobilier en folie, les pires bulles dans l’histoire, rendue possible par une titrisation débridée de toute la dette privée, les entreprises sont, elles profitables. Apple, Google, pour ne citer que ces deux là, ont battu tous leurs recors de dividendes alors qu’on entrait dans la récession. On ne trouve aucun équivalent en 1929, car même Ford ou RCA connurent une chute brutale de leur activité entre 1930 et 1934 et la production aux USA ne retrouva ses niveaux d’avant crise que vers 1938/39. L’Allemagne est déjà bien en route pour retrouver ses niveaux d’avant 2008 dès le premier semestre 2011. Alors…
En revanche, il y eu un événement similaire en 1907, la « crise des banquiers », un nom que l’on aurait pu appliquer à la débandade de 2008. Bref, mes cycles longs collent bien. Basés sur le profit, ils épousent aussi la géographie du capitalisme, ils suivent son « cœur ». Les Kondratieviens sont désespérément américano-centrés, ce qui est un peu logique puisqu’ils suivent les analyses d’un économiste de pays arriéré et l’idéologie du revanchard réactionnaire et ami de Pinochet, Milton Friedman.
Mais pour mieux saisir les évolutions internes à ces cycles longs de hauts profits et de bas profits, je reconstitue des cycles courts Jugglar. Et là, c’est passionnant car ça colle à la mode, aux vêtements, à des évolutions culturelles… Ce qui est normal, les Jugglar sont des cycles correspondent au cycle des affaires : naissance d’un produit, maturité, crise du produit.
Pour finir ma présentation, deux choses.
D’abord, mes « cycles » ont une durée approximative de 50 ans : 25 ans d’une montée en puissance du capitalisme, des profits, correspondant à un moment où le capitalisme est « adapté », a résolu des contradictions qui l’empêchait de s’épanouir; et puis 25 ans de difficultés, et où il lui est impossible de maintenir ses profits, à moins de parfaitement maitriser la technologie dominant le cycle. Car en fait, le capitalisme se renouvelle par ses contradictions, et génère des innovations lui permettant de perdurer. J’ai donc donné des noms à ces cycles de 25 ans, un nom lié à la technologie dominante : maitrise du fer, du pétrole, de l’électricité et de la chimie, de l’électronique, de l’informatique. Chaque cycle est localisé dans un cœur, on le voit passer de l’Europe aux USA et basculer vers le Pacifique, quand aujourd’hui il s’étire vers l’Océan Indien.
J’ai un vocabulaire qui me permet de définir des moments, des ruptures.
J’utilise le terme de « testamentaire » pour tout ce qui est porteur de ruptures à venir en même temps qu’il est porteur de son passé et de son temps. La collection 1913 de Paul Poiret est testamentaire car elle ébauche les ruptures à venir dans le domaine de la mode, en même temps qu’elle porte les espoirs et les représentations de son époque, au moment où un cycle économique long se termine, et juste à la veille de la guerre de 1914, ce conflit sensé les résoudre. Vous verrez donc cet adjectif dans une utilisation qui m’appartient mais qui correspond bien à ce qu’est un testament : un legs du passé au futur.
L’âge d’or et l’âge testamentaire : ce sont les deux mêmes moments, mais l’un est à l’acmé d’un cycle long de profits (âge d’or : la mode de Poiret, le cubisme, le futurisme, le Titanic, la traversée de la Manche et les ballets Russes vers 1913 / la conquête spatiale, Courrège et Paco Rabanne, Vassarelli et Andy Warhol, les avions Jet, la télévision couleur et les premiers transistors vers 1960 / la 3D en ce moment… / âge testamentaire : les premiers films parlants, les premiers films couleur, la mini-jupe et le tailleur pantalon pour les femmes, les premières transmission de télévision, la production de masse d’automobile et d’électroménager vers 1928 / les premiers Macintosh, les musiques basées sur des technologies informatiques, les premiers téléphones portables, la dérégulation financière et le crédit, les premières voitures électriques « viables » et les débuts des programmes haute définition, les écrans LCD vers 1986).

Enfin, j’aimerais qu’il soit clair que je ne suis pas particulièrement keynésien, mais je reconnais à Keynes une qualité : contrairement aux autres économistes classiques, Keynes accordait une place et des obligations à la société. Le socialisme doit lui reconnaitre cette place particulière sans s’illusionner sur la portée des politiques keynésiennes, généralement concédées pour offrir des débouches aux industries de l’âge électromécanique, sauf dans les social-démocraties du nord de l’Europe où il a été utilisé comme un outil de la « transition vers le socialisme » (Olof Palme), généralisant les politiques de redistribution des revenus et la socialisation de pans entiers de l’économie et de services aux personnes. D’où la haine que Keynes a inspiré aux conservateurs friedmaniens et à ses dérivés, Thatcher et Keith Joseph, Reagan, Ron Paul ou le site économicocomplotiste Zero Hedge aujourd’hui. Et d’où la nécessité pour le socialisme de revenir à Keynes, non pas pour refaire du Keynes, mais pour comprendre pourquoi tout le monde a fini par devenir keynésien après le krach de 1929, pourquoi la gauche s’en est emparé, et pourquoi l’extrême-gauche continue de réclamer, à contre courant mais sans même s’en rendre compte, des politiques keynésiennes.
Et parce que quand la prochaine crise arrivera dans une quinzaine d’année, avec un éclatement de toutes les bulles et une chute des bourses supérieur à 80%, avec des centaines de millions de chômeurs, il faudra trouver des politiques de survie qui trouveront dans Keynes un certain nombre de réponses à travers l’obligation numéro un : un emploi pour tous. Peut être à ce moment là faudra t’il réviser notre conception de l’emploi, de l’argent ainsi que beaucoup de certitudes, mais ce sera au collectif de trouver les outils d’une stabilisation. Le socialisme devra être prêt à être l’alternative démocratique à la barbarie… J’écris ça, mais j’avoue que d’ici là, les risques de conflits armés sont extrêmement important. Il est plus facile de regarder le passé que prédire l’avenir… Mais je m’y essaie, et je vous expliquerais ma théorie du seuil maximum de croissance qui, à mon avis, va caractériser les années 2015-2025… Ça peut sembler ridicule, mais ça ne l’est pas plus que tous ces types qui vendent de l’or en disant depuis 4 ans que l’économie va s’écrouler d’ici trois mois…
En tout cas, si nous échappons à une grande guerre (nous sommes dans une pénurie de pétrole et de matières premières, il y a un état, la Chine, ou la Russie « en trop »), la période 2020/2025 sera certainement très bien, creative. Mais très courte car le principal ingrédient de la croissance est déjà en voie de disparition : le pétrole… Bonne lecture et rappelez vous, c’est un travail en construction, donc il y aura des mises à jours. Je pense notamment prochainement mettre des séries statistiques longues où les ruptures dont je parle sont parfois très visibles.
De Tokyo,
Madjid

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