Calvaire…

La Baie de Tokyo depuis le vol Emirates EK313, 16 décembre 2016, 00h52.

Tout est faux, au Japon. Il suffit d’aller à 50 kilomètres de Tokyo pour voir des villes pauvres, des gens vivant petitement, des paysages balafrés par l’hyper-industrialisation…

J’ai écrit ce billet hier. Peut-être ça n’allait pas fort, je ne sais pas. Un billet négatif, une humeur négative, mais bien que peut-être aujourd’hui je ne l’écrirais pas comme ça, ça traduit bien l’état d’esprit dans le fond, alors je le publie tel quel, sans correction. Je vais juste l’éditer. Il était prêt mais je n’ai pas eu le temps de le mettre en ligne, ce que je fais donc maintenant. J’aurais tout le temps pour nuancer, préciser. Et puis bon, hein…

Un peu sur moi…

Si je suis parvenu à garder le rythme de me lever vers six heures et demie la semaine dernière, cette semaine, de façon curieuse, tous les matins mes yeux se sont ouverts vers cinq heures cinquante, et alors, je n’ose pas, je me dis que c’est trop tôt, que je ne devrais pas me lever si tôt, et je me retourne, me rendors vaguement avant que le réveil ne vienne littéralement me décapiter en plein sommeil. Je l’éteins et me rendors pour finalement ne me lever que vers sept heures quarante voire, comme ce matin, à 8 heures et demie, avec la sensation d’avoir fait une véritable grasse mâtinée. Logique puisque je m’étais couché un peu avant minuit.

J’ai dit que je n’osais pas car ce matin j’ai failli me lever. Après tout, cela faisait 6 heures de sommeil, ce n’est pas mal, cela me suffit, mais alors j’ai pensé à cet après-midi, au travail, car mon jeudi est devenu un jour très chargé avec mon emploi du temps archi-complet: j’enseigne de une heure et demie à huit heures cinquante-cinq avec une pause de 45 minutes au milieu. Rajoutons l’heure de transports dans les deux sens.

J’y ai pensé  et je me suis dit que ce n’était pas possible, mais maintenant, je pense que ce n’était qu’un prétexte qui m’est passé par la tête pour rester au lit.

Ce qui reste intéressant toutefois, c’est que je me couche plus tôt qu’avant puisque je n’ai toujours pas renoncé à mon objectif, et que mes yeux s’ouvrent maintenant vers six heures, preuve s’il en est que je n’ai besoin que de 6 heures de sommeil: quand je me couchais vers 1 heure et demie, mes yeux s’ouvraient invariablement vers sept heures et demie et si je me rendormais, c’était pour émerger vers neuf heures et demie.

Je vais donc essayer demain de me lever quand mes yeux s’ouvriront, donc, même si « six heures moins dix », ça me fait vraiment tout bizarre. Ce n’est pas l’heure du levé, non, je crois vraiment que ce sont les chiffres, le problème. Une sorte de barrière à franchir, en quelque sorte. « Se lever avec les poules », ça n’a jamais été une habitude.

Un peu sur le virus

Bon, sinon… Je vous ai écrit ce billet au sujet du Coronavirus. J’ai appris d’autres choses encore, et donc pour la première fois, je crois que je vais « le mettre à jour », le billet.

Ce n’est pas tant le virus qui m’inquiète. La mortalité reste relativement basse même si en revanche les hospitalisations avec des complications sont nettement plus élevées que dans le cas d’une grippe sévère puisque l’infection provoque de très sérieuses insuffisances respiratoires voire des pneumonies.

Non, ce qui m’inquiète est la gestion de l’épidémie elle-même, au Japon.

Ainsi, le gouvernement a érigé une règle (et donc, à partir de là, personne ne la contournera…) qui consiste à ne tester que les personnes ayant été en contact avec des cas avérés ou ayant voyagé au Wuhan.

Or, dans les deux semaines qui ont précédé l’explosion de l’épidémie, de nombreux commerçants et personnels d’hôtels ont été en contact avec des chinois dont on ne connait pas le statut puisqu’ils sont repartis depuis. Des municipalités, des docteurs et des hôpitaux voudraient donc pouvoir recourir à des tests sur des personnes présentant des symptômes qui pourraient être liés au Coronavirus. Pas autorisé.

C’est ainsi cette règle qui prévaut sur le Diamond Princess où on ne teste « que » des personnes susceptibles d’avoir été en contact ou présentant des symptômes, or, malgré le faible taux d’inspections, on atteint un niveau de contamination de 40% des personnes testées et qu’en plus un inspecteur de quarantaine a lui-même été contaminé, preuve s’il en est que d’autres passagers à l’origine indemnes de toute contamination ont pu être exposés au virus du simple fait que la gestion de cette quarantaine frôle l’amateurisme le plus crétin. Imaginez, les membres d’équipage dorment dans des cabines de huit et mangent tous ensembles, les cabines ne sont pas désinfectées, l’air conditionné circule sur le bateau sans qu’on sache si le virus peut s’y propager…

Normalement, une quarantaine, c’est avant tout pour s’assurer que personne n’est malade, pas pour faire se contaminer des gens puis les relâcher dans la nature. D’ailleurs, l’idée de quarantaine voulait bien dire ce qu’elle voulait dire autrefois: quarante jours, comme ça on était sûr que les survivants étaient véritablement des survivants. Ce devrait donc être quatorze jours après l’évacuation du dernier malade, puisqu’il semble que le virus incube dans une période de 5 à 14 jours…

Pour le moment, apprendre que les passagers seront « relâchés » sans être testés dans quelques jours ne rassure absolument personne. Pas moi, en tout cas, puisque je suis moi-même porteur d’une maladie chronique.

Et finalement beaucoup sur le Japon

À l’arrivée, et pour la première fois de ma vie depuis que je suis venu vivre ici, tout autours de moi me dégoûte. J’ai l’impression de vivre dans un mensonge, véritablement en enfer. Tout me semble faux, artificiel, dégoûtant au véritable sens du terme. Faisandé. Artificiel. Mielleux, gluant.

Je vis dans un pays narcissique, où les habitants ont l’impression que tout ce qui les entoure est le mieux au monde. Même avec leurs machines à laver à l’eau froide héritées des années 50. Tout est vieux, cucul, conforme. Une simili-élégance emballe tout, du simili parce qu’en réalité c’est une élégance faite dans des ateliers chinois, cambodgiens, vietnamiens ou bengalis, en polyester « simili-laine (sic) », « apparence cuir (re-sic) » ou « simili peau de mouton (re-re-sic) », « touché soyeux (…)», avec le petit ruban dans les chaussures en plastique « façon cuir (!) » et « simili-laine (…!) » à talon… Ce qui compte, au Japon, c’est l’apparence, alors on s’habille un peu bourgeoisement, mais avec le salaire d’une économie en déflation.

C’est pour ça, ces looks qui surprennent les jeunes du monde entier. Les jeunes de la classe moyenne mixent la récup’ avec un ou deux trucs chers de marque. Il y a du travail mal payé, ils restent chez leurs parents plus longtemps.

C’est un peu comme en France dans les années 80, mais avec une très grosse différence, c’est une dette publique de 270% qui tient tout ça à bout de bras, et un déficit (estimé, car aucune information ne circule, le Japon ne vaut pas mieux que la Chine) de 9%. Et une population en voie de paupérisation.

On nous augmente la TVA tous les trois ans maintenant, de 5 à 8, de 8 à 10 et on commence à parler d’une TVA à 15. Et alors qu’on nous justifie cette TVA pour baisser le déficit, que fait le gouvernement juste après? Il fait un « plan de relance », c’est à dire qu’il utilise l’argent récolté pour refaire du déficit. Et où va cet argent? Dans des programmes de construction ou pour sauver des groupes au bord de la faillite.

Ça peut sembler généreux, hein, pour les travailleurs, mais en fait non. Ça n’empêche pas les licenciements, et cet argent va tout simplement dans les poches des actionnaires. Le rachat de Sharp© par Foxcom© a été un chef d’oeuvre du genre puisque pendant deux ans, les salariés ont accepté des baisses de salaires pendant que le gouvernement arrosait le groupe. Et à l’arrivée, il y a eu rachat par FoxCom, les actionnaires ont été globalement renfloués. Et des usines ont fermé…

Un exemple? Le premier ministre a décidé que l’école primaire devrait être gratuite. Oui, je sais, en France, ça l’est, mais ici, depuis trente ans de privatisations, de mise en concurrence et de coupes dans le service public, tout le monde met ses enfants dans des écoles privées car les écoles publiques sont devenues des écoles poubelles où s’entassent les pauvres sans grand espoir d’entrer dans une bonne université, et les frais n’ont donc pas arrêté de monter.

Il faut compter environ 2000 euros par an minimum pour le primaire et le collège, à quoi il faut ajouter les livres (exclusifs de cette école), l’uniforme (idem), donc au total environ 3000 euros. Rajouter le voyage scolaire, les activités extra-scolaires facultatives obligatoires (vous avez bien lu), et vous arrivez autours de 5000 euros. Par an.

Le premier ministre, donc, a décidé que le primaire serait gratuit. Et même si vous trouvez cela généreux, rappelez vous qu’au Japon, il n’y a pas d’enfants et que c’est donc un secteur qui va bientôt commencer à perdre de l’argent. Vu comme ça, c’est un peu moins généreux, n’est-ce pas…

Qu’a fait le gouvernement, dans cette immense générosité? Bon, d’abord, il a annoncé qu’il utiliserait les revenus dégagés par l’augmentation de la TVA. Ah… Et alors, il a nationalisé les écoles primaires? Mais non, voyons, il se contente de payer les frais aux écoles privées.

Donc, on récapitule. Le gouvernement augmente la TVA. Il utilise cet argent pour payer les frais de scolarité des établissements privés. Les actionnaires ont des revenus garantis et les établissements continuent de choisir les enfants selon leurs critères, c’est à dire que des enfants continuent d’y être refusés bien que leurs parents paient de la TVA. Ça reste des écoles select, quoi.

On récapitule, le gouvernement garantit les revenus d’un secteur frappé par la dénatalité tout en favorisant les disparités sociales entre les enfants, les enfants de familles les plus pauvres se voyant écartés du processus de sélection, le tout aux frais de toute la population, pauvres compris. Les pauvres paient donc pour les riches.

J’ai écrit que le gouvernement avait décidé d’utiliser l’argent de l’augmentation de la TVA pour ça. C’est ce qu’il a dit, mais c’est sans compter le plan de relance qu’il a adopté en même temps pour palier aux effets de l’augmentation de la TVA, avec notamment l’introduction du Cashless. Ici, quand on veut payer, c’est un véritable festival de systèmes de paiements, il y en a des dizaines.

Tous sont entre les mains des grands groupes, au Japon. Ici, pas de « Licornes », ces aspirateurs de capitaux qui montent en bourse, aspirent le cash et arrosent leurs créateurs avant de finir dans une bérézina qui aura tondu les « investisseurs » qui avaient fini par y croire, genre Uber©, genre WeWork©, etc.

Non, au Japon, ce sont les gros machins déjà bien en place qui contrôlent tout: le Japon est une caricature de capitalisme monopolistique. Si vous voulez étudier une économie de marché et de libre entreprise sans marché ni libre entreprise, si vous voulez étudier une économie de propriété privée sans propriété privée, venez ici.

La Banque du Japon possède 50% de la capitalisation boursière, oui, 50% (!) de toutes les actions de la bourse, mais ne contrôle rien et ces entreprises se dirigent comme elles veulent. Elles sont juste surcapitalisées par « inflation de la masse monétaire », ce qui permet aux banque d’avoir l’air en bonne santé, sans quoi elles auraient toutes fait faillite.

Il n’y a pas de « licorne » parce que les banques jamais ne s’aventureront à vous prêter de l’argent. Par contre, les banques japonaises aiment les licornes américaines. Leurs analystes aiment les trucs bien chers, avec des « gaijins » blonds au yeux bleus qui leur disent que ça vaudra encore plus cher dans le futur, alors elles achètent des trucs ou elles leur prêtent de l’argent juste avant que ça se casse la gueule.

Softbank© s’est pris une paume estimée à 7 milliards sur WeWork©, (hors engagements, pour un montant total de 20 milliards) ce qui l’a obligé à racheter toutes les actions (qui ne valaient plus rien), pour éviter de matérialiser la paume (et faire faillite dans la foulée). Idem avec Uber©. Et je préfère ne pas parler de Tesla© ou Sprint©…

Par contre, si vous avez une petite idée sympa d’un truc qui ne réclamerait pas beaucoup de capitaux, ben au Japon, les banques, c’est non. Il faudra vous trouver un « associé » qui moyennant la mainmise sur votre truc, garantira votre investissement. Et encore, c’est dans le meilleur des cas car en général, vous ferez ce que font les créateurs japonais: vous partirez pour la Silicon Valley.

Il n’y a pas plus de marché car ici, les grands groupes se le partagent et s’entendent, non pas officiellement, mais tacitement. Chaque groupe se réserve une sorte de monopole sur un segment du marché où il « cassera » les prix. Je mets des guillemets car c’est très, très, très relatif. Et les autres s’aligneront « presque » sur sa tarification. Une grande famille avec papi et mamie? Vous serez chez Docomo©. Des une bande d’étudiants super copains? Vous serez chez AU©. Des voyages fréquents au USA, besoin d’un support en anglais, vous jouez beaucoup en ligne? Vous serez chez Softbank©.

Alors dans tout ça, rien d’étonnant à ce que le gouvernement subventionne intégralement l’école primaire privée.

De leur côté, les universités, ici, se font construire des bâtiments, vous ne pouvez même pas imaginer… Des trucs immenses où doit trôner au milieu un président dans un bureau tentaculaire où il pourra vous recevoir avec tout le mépris qui sied à son rang devant une croûte moche achetée une blinde. C’est pas grave, à un million par an l’étudiant, il a largement de quoi trôner et se servir un salaire de plusieurs centaines de milliers d’euros. Les joies du capitalisme monopoliste… et de toute façon si les universités perdent de l’argent, l’état paiera.

Je les vois, ces bonshommes, avec leurs bonnes femmes prétentieuses la mine tout juste rafraichie d’un massage face-lift à 1000 euros, quand je passe par Nihonbashi. Ça s’achète des melons à 200 euros, des fraises à 300 euros, l’argent n’a aucun prix, aucune valeur. Ils ont des têtes ridicules avec leurs chapeaux tyroliens, leurs chaussures Berluti©, leurs vestes en tweed, leurs foulard en soie, quand ils crachent par terre ou font une moue de dédain quand le taxi s’arrête devant eux.

L’argent, au Japon, a été tellement manipulé à coup de dette, de déficit et de « Quantitative Easing » qu’il n’a plus aucune valeur, il est totalement déconnecté de la réalité, il s’est lui même fait le masque d’une réalité travestie.

Tout est faux, ici. Tout.

Tout est faux, au Japon. Il suffit d’aller à 50 kilomètres de Tokyo pour voir des villes pauvres, des gens vivant petitement, des paysages balafrés par l’hyper-industrialisation, les sols avec des morceaux de plastique qui ressortent, lointain souvenir d’un drainage permettant d’augmenter les rendements et aujourd’hui oubliés, faute d’agriculteurs. Des hangars rouillés qui fascinent les jeunes étrangers qui trouvent ça cool mais qui en réalité suintent l’ennui et la désolation, une réalité que fuient les jeunes de ces coins en allant échapper au chômage à Tôkyô, le gros machin qui surnage au dessus de ce pays en décomposition lente.

Tout est faux, ici. Une histoire riche folklorisée et usée jusqu’au trognon dans des mythologies rabâchées en permanence par la télévision, les samurais, les geishas en veux-tu en voilà, des spectacles soit disant traditionnels avec de la musique de bastringue, et les voilà transformés en biscuits, des montagnes de biscuits « souvenirs » vendus à travers tout le pays aux sorties des musées, des châteaux, des parcs, avec des emballages de samurais, de geisha ou de ninja quand ce n’est pas le personnage fétiche, ces mascottes qui plaisent tant aux touristes et qui se déclinent en accessoires, sucreries ou gâteaux. Et quand on essaie de s’intéresser à un sujet historique, on se heurte à une ignorance totale de l’histoire, de la culture, ou pire, à une dégurgitation de l’histoire officielle ou des feuilletons télévisés mettant en scène des samurais, des geisha ou des ninja.

Personnages recomposés qui, au passage, n’ont finalement aucun trait commun avec une quelconque réalité historique. Les ninja tant vantés n’étaient en réalité que de crasseux assassins qui frappaient la nuit et vivaient comme des bêtes dans les forêts, et les geisha étaient de pauvres gamines de 5 ou 6 ans, vendues par leurs parents, corvéables, violées, endettées à vie et qui généralement mourraient dans le plus total dénuement après avoir passé quelques années dans le luxe, protégées par un riche mécène.

Oui, tout est faux, ici. Même les gens sont faux. C’est le Tatemae. Les sourires sont faux. La sympathie est fausse. Ce monsieur avec qui vous avez bavardé et qui vous a semblé si sympa, qui vous a demandé d’où vous étiez et vous a bombardé de questions dans un anglais approximatif mais si sympathique, qui vous a suggéré « ce petit temple là-bas », une trouvaille pour vous, vous avez pu aller « dans une petite rue derrière », ben en fait, il faisait son exploit pour son cercle d’anglais, « j’ai parlé à un étranger » (sic), applaudissements des autres, et en réalité il vous aura posé les mêmes questions qu’au précédent et au prochain, et cette « petite rue derrière », hein, en fait, c’est un peu comme « une petite rue derrière » l’Arc de Triomphe, franchement, pour qui vous prenez vous, quand vous visitez un coin, c’est parce qu’il est dans un guide tiré à des millions d’exemplaires, ce coin, il a été photographié de la même façon 50 millions de fois sur Instagram©, alors bon, « la petite rue derrière », hein… Et ce petit vieux, là, en fait, il voulait juste pratiquer de l’anglais. Vous n’êtes pour lui ni une personne, ni même un touriste, vous êtes « un étranger ».

Tout est faux, je vous dis. Nous, on vit ici, on s’y fait. On vit avec. Il y a d’autres trucs qui sont bien, mais ce sont des trucs du quotidien, ils ne sont pas dans les guides et en fait, ce sont des trucs qui existent dans le monde entier, c’est la banalité du jour le jour, la familiarité des lieux, des trajets, des visages, on s’y fait et chaque fois que je reviens en France, je mets deux trois jours à me réadapter tant tout me semble moche, sale. Inhabituel.

Mais tellement vrai, finalement. On a bien un gouvernement menteur, en France, mais les électeurs s’en vengeront. Ici, Abe est populaire à 45,68%. Eh oui, ici, tout est tellement faux que les sondages iront jusqu’à la décimale et que les journalistes commenteront la décimale…

Le calvaire

Mes journées en ce moment sont un calvaire. Ce pays me sort littéralement par les trous de nez, cette espèce de gentillesse enrobée par le ronron du confort et d’un « tout va bien » suffisant alors qu’en réalité la gestion d’une simple épidémie révèle que ce pays n’est pas du tout prêt à affronter un séisme, que l’état de ses finances de toutes façon ne le permettra pas, que l’épargne qui soit disant finance une dette abyssale de 270% qui n’a bénéficié qu’aux plus riches a déjà été utilisée plusieurs fois pour subventionner de vieux schnock suffisants qui écoutent Mozart avec un rictus de supériorité crétine qui iront se planquer, eux, à la moindre secousse exactement comme ils l’ont fait en 2011 tout en continuant d’empocher les dividendes de TEPCO, la société d’électricité qui a été renflouée par le gouvernement tout en restant une entreprise privée.

Tous ces immeubles de bureaux à façade-verre construits partout, ces centres commerciaux qui poussent comme des champignons, ces immeubles résidentiels qui envahissent la ville dans un pays vieillissant en dépopulation et en déflation, toute cet argent jeté par les fenêtres alors que tant de vieux y survivent, seuls, avec moins de 500 euros par mois sans couverture sociale, que 15% des enfants ne font qu’un repas par jour…

Mes journées sont un calvaire qui se résume en une phrase que Yann m’a tant de fois dite et que je ressens désormais profondément.

Je ne les supporte plus.

4 Comments

  • J’ai adoré tes deux derniers posts. C’est si intéressant! Une parole franche et lucide, ça fait du bien. Je suis heureuse que tu te sois remis à écrire régulièrement.

  • C’est un beau texte Madjid, inhabituel. J’aime bien la remarque sur l’habitude, qui nous fait voir la réalité comme une espèce de décor familier, mais certaines personnes ne s’habituent jamais à la laideur. Question qui viendra à chaque personne ayant lu ce texte: ourquoi reste-tu si longtemps au Japon? Il faut oser partir et se lancer dans le vide, comme lorsque j’ai quitté Paris et les grandes villes pour toujours. On trouve toujours une solution. Pars! Amitiés XXLala

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