Billet de 1er novembre

J’ai pensé à cet article pendant quelques jours, mais ces dernières quarante-huit heures en ont changé le sujet.


(playlist à laisser défiler si cela vous chante)

J’ai écrit ce billet il y a quelques jours pour le mettre en ligne le premier novembre, et puis j’ai un peu hésité, je me débats encore trop, j’essaie de casser ce mur de l’écriture, et puis j’étais aphone mercredi, je doute qu’il s’agissait réellement d’une coïncidence. En fait si, mais bon… Je vous le livre aujourd’hui, à peine retouché.
Si vous le trouvez violent, c’est vous que cela regarde, moi, je n’en suis entièrement pas satisfait.

J’ai pensé à cet article pendant quelques jours, mais ces dernières quarante-huit heures en ont changé le sujet.

Je voulais rendre un hommage à celles et ceux qui le premier novembre 1954 ont pris les armes pour libérer un peuple humilié par 124 ans de colonisation. Le pillage d’Alger d’abord en 1830, et puis le pillage et la destruction des terres environnantes, la guerre et l’invasion de tout le territoire, les centaines de milliers de morts de la phase de colonisation jusque 1857, les centaines de milliers de morts dues aux famines et aux épidémies après les grandes spoliations et les grands déplacements des années 1867/1880, le décret Crémieux de 1871 qui créa un apartheid au sein de la république en instituant un statut d’inférieur, « indigène », privé de droits civiques, de nationalité, de droits sociaux, d’éducation pour tous les « musulmans d’Algérie », la pauvreté et l’acculturation massive qui gangrénaient le monde rural privé de son cadre multi-séculaire quand dans le monde urbain s’imposait l’aisance et la culture des « français »…

La liste est longue, et il faudrait y ajouter les massacres de mai 1945 quand de jeunes algériens ont décidé de manifester avec le drapeau algérien, la plupart d’entre eux ayant pourtant résisté aux côtés des Forces Françaises Libres quand tant de pieds noirs s’étaient installés dans le confort vulgaire de la collaboration avec Hitler et la dénonciation des Juifs algériens privés dès 1940 de leur citoyenneté pour mettre la main sur leurs biens.

Ce sont ces jeunes, vaccinés, fatigués par une république qui ne connaissait d’égalité qu’une égalité entre les blancs métropolitains et les blancs d’Algérie qui, pour avoir trop trop cru à la promesse républicaine, ont progressivement rompu avec l’esprit « démocratique » des premiers mouvements Algériens d’indépendance et préparé l’entrée en guerre: le 1er novembre 1954, dans divers points du territoire, des postes militaires sont attaqués, des militaires mais aussi des civils sont tués, c’est le début d’une guerre qui aurait pu s’interrompre si la France l’avait voulu.

Elle ne l’a pas voulu, et à la détermination de cette armée de l’ombre formée pour la plupart de jeunes entrainés dans les maquis et l’armée gaulliste durant l’occupation, François Mitterrand alors ministre de l’intérieur, a dit que l’Algérie c’était la France et a répondu par la répression, puis le socialiste SFIO Guy Mollet en 1956 a décidé l’envoi du contingent dans une guerre longue de 8 années, épuisante, criminelle, déportant de nouveau des centaines de milliers d’Algériens en les privant de leurs terres, en en bombardant d’autres accusés de soutenir les « rebelles », en livrant les populations locales à ces viols récurrents de jeunes filles dans les villages pour les « déshonorer », en enlevant de jeunes hommes pour les enrôler de force dans l’armée française, assassinant en masse et sciemment plus de deux cent mille algériens en les privant de nourriture et d’eau potable dans des camps d’internement avant de les enterrer, parfois vivant, dans des charniers: un « épisode » rapporté par le jeune inspecteur Michel Rocard qui va s’employer à le rendre public. Je serai toujours fidèle à Michel Rocard pour ce geste d’honneur et de courage. Toujours.

J’aurais aimé vous rappeler cela pour répondre à la simple question, celle à laquelle les Alain Soral et autres Zemmour, les Enrico Macias et autres nostalgiques de l’Algérie Française répondent toujours par la négative: cela valait-il la peine, tant de sang, tant de douleur, tant de victimes, de viols. Cela valait-il la peine de parier sur l’Algérie?

Et ma réponse, bien sûr, ça aurait été oui. Et cela sans rien ignorer de la bande de salopards qui gouvernent ce pays avec la plus grande complicité du gouvernement français qui ne tarie jamais assez d’éloge au sujet de la santé du président Bouteflika dont on sait très bien ce qu’il en retourne. Et à cette réponse, j’aurais joint la playlist vidéo qui illustre ce billet, pour dire simplement qu’au delà des blessures de cette histoire la jeunesse algérienne est belle, qu’elle est vivante et qu’elle créée.

La réponse est oui car de mon grand éloignement je les perçois, ces signes de vitalité culturelle, littéraire, cinématographique, artistique, dans ce pays incroyablement jeune, dont la population est la plus éduquée du continent africain, ce qui a représenté un véritable challenge quand on sait que la France l’a quitté en y laissant un taux d’analphabétisme de 85%.

La réponse est oui car la réalité d’aujourd’hui est le produit de cette histoire si longue qui a vu émerger le nationalisme au début du 19ème siècle, avant même la colonisation, quand alors l’Algérie devait payer son tribut à l’empire ottoman. La réponse est oui car ceux et celles qui ont eu à prendre des décision à partir de 1962 avaient tout à bâtir, une administration, un état, un système de santé, un système éducatif, et une armée pour protéger le jeune état dont les ambitions socialistes et révolutionnaires dérangeaient de nombreux appétits.

La réponse est oui car aujourd’hui, alors qu’une crise économique ronge de nouveau l’Algérie, on y créée, on y écrit, on y vit malgré ce régime qui semble inamovible. Je vous parlerai dans quelques jours du très beau livre de Samir Toumi, Alger le cri.

Ce qui me distinguera toujours de l’extrême-gauche, c’est que je ne crois pas que les peuples soient, en eux-mêmes, révolutionnaires, pas même les palestiniens.

Je crois que l’ambition des individus qui les composent, c’est d’avoir une vie simple, avoir à manger, un toit, ne pas avoir trop peur de mourir, fonder une famille « comme les autres ». Les algériens n’échappent pas à la règle, ils font avec ce qu’il y a.

La révolution, c’est quelque chose qu’on fait, c’est un truc qui arrive, une sorte de contingence, un hasard de l’histoire, et c’est quelque chose qui prend éventuellement quand le peuple, justement, prend conscience qu’il peut être privé de cette vie simple auquel il aspire, qu’il sera privé de manger, qu’il n’aura pas de toit et qu’il devra vivre avec la peur de mourir.

C’est cette conscience qui fait que les palestiniens ne désarment pas depuis 80 ans, et c’est peut être sachant pertinemment cela que le gouvernement algérien a fait construire à plein régime, subventionné le prix des aliments importés et décrété la « concorde civile » en tirant un trait sur les années 90, « il ne s’est rien passé », a importé de la main d’oeuvre chinoise « docile » et pas chère, parquée dans des taudis en marge des villes, laissé se développer un racisme anti-asiatique indigne de ses principes fondateurs, et depuis quelques temps s’est signalé au plus haut sommet de l’état par la désignation de bouc-émissaires noirs, sub-sahariens…

Pendant ce temps, beaucoup au sein du régime se sont enrichis, ont sorti les capitaux par milliards de dollars, réinvestis en France, notamment.

J’écris tout cela, c’est pas joli-joli, c’est même honteux pour tout dire, et les algériens découvriront avec stupeur que ces pauvres bougres africains ou chinois jetés en pâture par des chaînes de télévision à sensation et le premier ministre ne sont pour rien dans la piètre qualité des centaines d’immeubles construits ces dix dernières années et qui ne résisteront pas à un séisme de magnitude 6…

Et pourtant, je le pense sincèrement, cela valait la peine de faire la guerre contre la puissance coloniale, contre la France. Cela valait la peine car maintenant, tout cela, c’est entre les mains des algériens, même quand c’est la honte.

Ce qui est regrettable, c’est qu’il y en ai eu si peu, en France, à avoir compris à cette époque là que la France aurait été plus belle, plus fraternelle, plus « fidèle à son message universel » si elle avait consenti elle même à son propre départ en regardant les jeunes leader algériens pour ce qu’ils étaient, des résistants, et non des terroristes. Elle aurait au moins sauvé un peu de son honneur.

Vous me direz, célébrer ainsi la déclaration de guerre d’un mouvement indépendantiste, contre la France, quand on est français, c’est quand même un peu fort de café. Peut être suis-je un mauvais français.

Saluer le 4 juillet, le jour de l’indépendance, cela ne dérange pas trop, parler du 17 octobre et du massacre des algériens dans la capitale, il y a du Papon dedans, c’en est presque respectable et on en oublierait presque les décennies de silence et de dénégation, désormais, c’est presque devenu un rituel, Anne Hidalgo va mettre des fleurs sur le Pont Saint Michel avant d’aller manger un couscous, youyouyou… Et puis tout rentre dans l’ordre, on peut classer la mort d’Adama Traore au rayon faits divers, on a déjà oublié Zyed Benna et Bouna Traoré, et tous, tous les autres, ces victimes de bavures qui ne disent pas leur nom et dont le décompte pour ces 15 dernières années équivaut à un 17 octobre, youyouyou…

Je pense que c’est l’honneur d’une nation, n’importe laquelle, d’avoir en son sein des citoyens critiques envers tout ce qui défait les principes de cette société et atteint son honneur, c’est à dire l’honneur de tous. C’est mon père qui m’a enseigné cela, et plus tard je l’ai lu aussi chez Montesquieu. Vous voyez, je n’ai pas été avare au sujet de l’Algérie. Et pourtant, et c’est ici que ce billet va connaître son inflexion définitive.

Faut que ça sorte.

Depuis des années, j’observe cette montée de l’islamophobie, cette obsession au sujet de l’Islam. C’est comme un encerclement, et cela touche tous les musulmans quelque soit leur rapport à la religion, c’est un peu comme si au travers de l’islam, toutes ces réflexions racistes entendues depuis l’enfance, tout ce discours raciste rabâché et re-rabâché avait enfin trouvé un cadre dans lequel ils pouvaient s’épanouir librement « au nom de la laïcité » et « de la liberté ».

Nous sommes encerclés et quoi qu’il arrive resurgit cette nécessité de nous exprimer « en tant que musulmans », mais que nous nous exprimions, justement, « en tant que musulmans », et nous voilà accusés de « communautarisme » et d’ « islamo-gauchisme » si à tout hasard on est de gauche, voire athée.

Un Kamel Daoud, visiblement candidat au titre de séjour permanent en France élucubre sur l’islam et le voilà immédiatement érigé en spécialiste de la question, malgré la forte dose de racisme de ses propos (un de ses derniers papiers, au sujet des « pays musulmans où tout est interdit » et des « musulmans qui réclament toujours plus de tolérance en France » aurait pu être signé Français de souche/ Riposte Laïque/ Front National).

Qu’importe qu’il soit algérien, qu’il ignore tout de la réalité de la vie en France, de notre histoire, les bidonvilles aux marges des villes, les charrettes de licenciements dans les années 70 qui ont frappé les travailleurs maghrébins massivement, les cités de transit appelées à être provisoires et qui se sont éternisées, il démolit l’islam, le voilà spécialiste. Et il le fait en toute laïcité: il ne s’exprime pas « en tant que musulman », son simple nom, sa simple origine sont le Certificat d’Origine Contrôlée de la véracité de ses propos. Et ce faisant, le voilà érigé en exception qui confirme la règle.

Le dossier du Figaro sur les islamo-gauchistes m’avait presque fait rire tant tout cela était grotesque.

La couverture de Libération, il y a quelques jours, a en revanche été une goutte d’eau. Le moment de fatigue qui fait suite à l’offensive de Caroline « je savais » Fourest. Une fatigue profonde, intime et sourde, sans les mots pour m’en libérer.

« Silence dans les rangs musulmans ».

C’est qui, « les musulmans », de quels « rangs » s’agit-il? On ne m’a pas téléphoné, ils n’ont pas du lire mon billet de la semaine dernière. J’en parle, moi, de Ramadan, et je le compare à DSK, ou Baylet, ou  Weinstein. Et je vous le certifie, je suis bel et bien circoncis, totalement musulman, issu d’une tribu de marabouts de grande Kabylie. Des siècles de prières, je vous dis!

Quoi qu’on fasse, on est traqués, encerclés.

Vous nous haïssez, pourquoi ne pas le dire franchement, vous voulez nous voir partir, c’est ça, hein… Dites-le, ce sera plus honnête.

Qu’importe si Nadir Dendoune dont aucun critique littéraire ne vous a parlé du superbe livre tiré de sa chronique hebdomadaire, a écrit un article de soutien à Henda Ayari contre des accusations complotistes débiles. Qu’importe si Houria Bouteldja et Youssef Boussamah du PIR ont posté de nombreux posts sur Facebook demandant d’écouter la plaignante et de respecter sa parole. J’ai vu passer beaucoup de messages de soutien à Henda Ayari, des messages ne masquant pas la déception de voir que non, Tariq Ramadan ne vaut pas mieux que DSK, que Weinstein, que Baylet dont plus personne ne parle malgré une violence ressemblant fort à celle dont est accusé Ramadan, que Baupin dont le nom n’est même plus évoqué, que Woody Allen, que David Hamilton qui au passage les préférait vierges et mineures ce que « tout le monde savait », que Patrick Font le tripoteur d’enfants ami de Philippe Val et membre de « Charlie », de Dany Cohen-Bendit « troublé par une enfant de 5 ans qui lui caresse le sexe », ou de Polanski qui recevait tranquillement ce lundi un prix de la cinémathèque pour l’ensemble de son œuvre malgré le viol d’une gamine droguée de 13 ans.

Personne n’oserait demander aux juifs de « rompre le silence » au sujet de Weinstein et Allen ou DSK. Simplement parce que le viol est universel et que ce type d’exigence serait considérée comme déplacée, monstrueuse, raciste si on l’exigeait des juifs. Et heureusement que ce type d’injonction n’existe pas.

Mais pour nous, les musulmans, pourquoi se gêner, nos éditorialistes patentés vont jusqu’à importer des chroniqueurs algériens pour théoriser ce qui serait notre détresse sexuelle, et des beurs de service pour se délecter du spectacle.

Que Le Point ou Le Figaro en fassent leur miel, c’est leur fond de commerce, mais que même Libération descende aussi bas illustre le niveau où nous sommes rendus. Et que la plèbe partage, s’en délecte, je ne commente même plus. Vous êtes à vomir.

Qu’importe ce que l’on fasse, ce que l’on dise, ce que l’on a toujours fait, ce que l’on a toujours dit, en fait, ce sera toujours sur nous que tout retombe.

Même si je suis athée, même si je suis pédé et en matière de sexe, j’avoue, c’est plutôt moi qui devrais écrire sur ce névrosé de Daoud, c’est moi que l’on vise dans ce qui fait mon histoire dans sa complexité, dans ces centaines de milliers de comme moi qui commencent à se sentir traqués.

C’est notre, c’est ma présence qui pause problème, c’est sur nous, sur moi que l’on pointe le doigt quand une bombe explose, « désolidarise toi », quand une voiture brûle, « désolidarise toi », quand un prédicateur intégriste s’exprime, « désolidarise toi » et maintenant quand Tariq Ramadan viole ses groupies, « désolidarise toi ».

Je peux faire et dire tout, en long, en large, je peux passer ces deux dernières semaines à écouter des sonates et des concertos de Jean-Marie Leclair sur Qobuz ©, un des plus grands compositeurs français que vous ne connaissez même pas, bande d’ignares, interprétés par des musiciens dont vous n’avez jamais entendu parler et voir, ressentir son époque, l’entendre me parler, mais bon, je dis ça vous ne savez même pas quand Leclair vivait ni ce que ses contemporains disaient de lui, toujours, je serai suspect de ne pas être vraiment français, de cacher quelque chose, d’avoir des intentions et des fréquentations louches destinées à instaurer une république islamique, après tout, c’est ce qu’écrit à ce propos cette serpillère de Kamel Daoud dans ces articles, ces articles qui vous enchantent et qui vous rassurent dans vos certitudes avant que vous vous gaussiez des bavardages d’Elisabeth Lévy et d’Alain Finkelkraut converti à l’idéologie du grand remplacement.

Ben oui, j’écoute Leclair, de la Guerre, Rebel ou Mondonville que vous ne connaissez pas, -mais après tout, vous êtes des vrais français, vous, hein -, pour mieux cacher ce dessein secret que vous me prêtez, c’est le camouflage, le « double discours ». Peut-être même mon homosexualité est un déguisement pour mieux tromper les gardiens de la laïcité et de notre sainte république, qui sait, c’est bien connu, les musulmans pratiquent la dissimulation et cachent tous un couteau, surtout quand ils sont kabyle. Quand on ne copule pas et qu’on ne voile pas nos femmes, on égorge des moutons et de braves français, le viol, on a ça dans le sang, que voulez vous.

Voilà, depuis deux jours, khlass, barka, je n’y crois plus du tout que vous veuillez « vivre ensemble », c’est ça, la vraie signification de la couverture de Libération, j’ai senti le piège se rapprocher, j’étouffe, et ma gorge s’est nouée, j’ai compris que vous vouliez nous faire payer le crime originel, celui de la Toussaint 1954. Ici, c’est chez vous, voilà ce que vous pensez. Nous, on n’est que des invités, on est sympa quand on fait un couscous et qu’on met un peu d’exotisme dans vos vies de merde.

En fait, à nous aussi, chaque jour qui passe, vous nous démontrez que oui, cette guerre était justifiée et que ce doux parfum de jasmin et de fleur d’oranger qui flotte dans l’âme nostalgique des nouvelles générations d’Algériens ne nous étaient pas destinées, que pour nos aïeux, c’était le typhus en 1941, la malnutrition et l’analphabétisme, travailler pour des gros ploucs pieds noirs sur les terres dont nous avions été dépossédés. C’est ce que vivent ces territoires spoliés que vous appelez « d’outre-mer », c’est en définitive ce que vous nous réservez. On n’est bien que si on se la ferme et qu’au premier attentat on rappelle solennellement que nous sommes des intrus, et qu’on serve éventuellement d’alibis à votre « modernité », tout ce bullshit sur la diversité.

Depuis des années je me sens étouffer à chaque fois que vous resserrez le piège, nouvelle injonction, répression et état d’urgence, déchéance de nationalité, et que je vous vois de plus en plus passifs, aveugles, ignorants de nous qui pourtant vivons parmi vous.

Chez certains, à gauche, je lis ces bavardages de café du commerce cultivé, cette élégance des gens biens nés qui savent s’opposer en s’offrant des fleurs pour dîner. Vous ne savez pas ce que c’est, être accusé, montré du doigt, devoir se justifier et frissonner à la moindre nouvelle, à quelle sauce on va être manger. Vous ne savez pas ce qu’est être noir et au centième gadin à la recherche d’un boulot, souhaiter de toutes ses forces pouvoir être blanc, histoire que ça s’arrête. Vous ne savez pas ce que c’est s’appeler Mohammed ou Khalida, les CV envoyés sans réponse ou les réponses négatives, le propriétaire qui raccroche quand vous cherchez un appartement. Non, ce que vous savez, c’est que l’islam n’est pas compatible avec les valeurs de la république, et vous le savez si bien que chaque fois qu’on émet une réserve vous nous invitez à regarder comment ça se passe en Arabie Saoudite, au Musulmanistan. Vous êtes champions pour nous renvoyer à des origines que vous vous offusquez de nous voir revendiquer.

Vous nous la faites payer, cette guerre d’indépendance, l’affront d’avoir été vaincus, et pour nos parents d’avoir gagné leur dignité de peuple adulte.

Je suis en deuil d’une illusion qui s’appelle la France

D’un fantastique mensonge dans lequel autant la gauche que la droite nous ont roulés, particulièrement celles et ceux de ma génération. Je me réfugie dans la musique pour ne pas étouffer, pour ne pas hurler à quel point je vous hais devant cette laideur que vous révélez chaque jour un peu plus en vous enveloppant dans les beaux atours des arts et de la culture, comme pour mieux souligner à quel point nous en manquons, d’art, et de culture, et pour mieux cacher que partout dans le monde où vous avez posé votre pied civilisateur, en plus des habitants, c’est la culture et les arts qui ont disparu.

Je digère notre fantastique naufrage, j’accepte l’uppercut, le coup bas, j’ai le souffle coupé. En fait non, le souffle n’est pas coupé, il explose en moi, et je vous vomis.

Vous pouvez nous mépriser autant que vous voulez, le souffle de la Toussaint 1954 est au fond de moi, il est au fond de nous, et c’est de ce souffle dont vous avez peur quand vous voulez nous reléguer en seconde zone, vous en êtes pathétiques.

Allez-y, utilisez là, cette sordide histoire de Tariq Ramadan, autant qu’il vous plaira si ça vous chante, et allez-y, profitez-en pour suggérer que nous sommes des violeurs et des égorgeurs, retrouvez pendant que vous y êtes cette longue tradition, cette culture ancestrale, vos racines comme vous dites, celles dont vous regretter la disparition, vous pouvez même par la même occasion réhabiliter l’humour gaulois, la bonne grivoiserie de papi et mamie, faire un revival Labiche et Courteline avec les petites bonnes qu’on engrosse entre deux portes, oh, arrête, Raymond, là, t’es trop drôle, vous solidariser avec toute la puissance de vos intellectuels médiatiques, allez-y… Je m’en fiche. On s’en fiche.

Car je sais que tout qu’imparfait qu’il soit, nos parents nous ont préparé un pays de rechange, un pays touchant malgré toutes ses imperfections, et c’est cela le sens profond de ce cadeau qui nous a été légué un jour de Toussaint 1954. Et nous en sommes fiers, de ce cadeau.

Alors permettez-moi donc de vous déclarer mon indépendance, et de célébrer la leçon de courage de celles et ceux qui, durant ces années, ont démasqué les mensonges de la république française. Avachissez-vous si cela vous chante.

Moi, nous, je me tiens, nous nous tenons droits.

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