A la reine du jour, Xavier Bongibault

Tu prétends que la vraie liberté, c’est ton droit de ne pas te marier, de rester « différent » et de t’éclater comme tu veux. Mais c’est toi qui limites la liberté des autres à choisir leur vie comme ils le veulent, et qui en plus a décidé de le faire avec des gens qui te haïssent et qui, de fait, révèlent la haine profonde que tu as pour toi-même…

Je ne peux pas m’y résigner, j’ai beau faire, essayer, redoubler d’efforts, je reviens toujours au même point. Tu me fais pitié. C’est un sentiment que j’exècre profondément tellement il dégrade celui ou celle sur qui il se porte, mais je n’ai pour toi aucun autre sentiment. Les ouailles que tu fréquentes dans la journée et lors des manifestations homophobes éprouvent certainement, pour un grand nombre, le même sentiment à ton égard, c’est à leurs yeux la marque du pardon pour ta vie qu’ils regardent comme on regarde une merde de chien flottant dans le caniveau après que la bestiole se soit faite écraser par une voiture, pauvre bête!
Tu me fais pitié, mais t’inquiète pas, je ne vais pas te demander en mariage. Je t’aime un petit peu car malgré toute la médiocrité dans laquelle tu as décidé de te vautrer, tu es un pédé outé, et en cela, à ton âge, tu es bien plus courageux que toutes les tantouses de droite et de gauche qui se planquent dans les cabinets ministériels en attendant de se marier dans quelques années même quand ils s’opposent au mariage – surtout quand ils s’opposent au mariage, d’ailleurs. En attendant, il en est certains parmi ces politiciens, dont un ancien premier ministre, en costard cravate, qui reluqueront ton petit derrière de passionaria du moment en tee-shirt rose. Tu dois en avoir, du succès, chez les honteux, et personnellement, que l’un d’entre eux t’explose le fion avant d’aller retrouver sa femme après une manifestation homophobe ne me dérange absolument pas. C’est toi. Que ça regarde.

Ce qui me fait pitié, c’est ta vie. C’est l’exhibition de toute sa médiocrité, comme cette pseudo-association bidon qui te vaut de passer à la télévision. Que tu te fasses inonder de foutre par 40 mecs avant d’aller célébrer la messe avec cette pouffiasse reconvertie en grenouille de bénitier de Frigide Barjot, je m’en fiche royalement. C’est pas mon genre, point barre. Mais que tu limites l’homosexualité des autres aux bornes que tu y as toi-même fixées, c’est à dire rigoler et picoler avec l’auteure alcoolique « délire » des discours de Jacques Chirac avant d’aller te mettre à quatre patte avec ou sans capote dans un quelconque baisoir de la capitale, je ne suis pas d’accord. Que tu ne t’aimes pas, c’est toi que ça regarde. Mais que tu partages, basta! Et que tu serves d’alibi à des catholiques plus ou moins intégristes fricotant avec des païens et des politiciens en mal de ressourcement, là, non.

En quoi donner le droit au mariage aux homosexuels va-t-il limiter ta liberté de te faire défoncer la rondelle ? En quoi la possibilité pour deux garçons ou deux filles de regarder leur avenir ensemble, avec timidité, avec amour, va t-il t’empêcher de te faire troncher comme une chienne en rut ? En quoi le droit d’avoir des enfants pour des couples homosexuels qui s’aiment et vivent ensemble depuis des années va t-il limiter ton droit de piper par devant pendant que tu te fais limer par derrière ? En quoi l’amour que deux hommes ou deux femmes se portent et qui les fait regarder leur avenir ensemble jusqu’à leur mort en un projet commun limite-t-il ton droit à attendre des mecs tous les soir au fond d’un sling le nez scotché dans une fosse à poppers ?
Tu prétends que la vraie liberté, c’est ton droit de ne pas te marier, de rester « différent » et de t’éclater comme tu veux. Mais c’est toi qui limites la liberté des autres à choisir leur vie comme ils le veulent, et qui en plus a décidé de le faire avec des gens qui te haïssent et qui, de fait, révèlent la haine profonde que tu as pour toi-même (cette réflexion, cela va sans dire, ne porte que si tu es vraiment homosexuel).

L’homophobe, c’est toi. Tu te coalises, tout peroxydé pour te donner un genre « délire », avec celles et ceux qui chassent leurs enfants quand ils apprennent que leurs enfants sont homosexuels. Tu te coalises avec ceux qui, derrière cette bagarre, reniflent la trop belle occasion de recruter des militants qui nourriront non seulement la haine des homo, mais aussi la haine des arabes, des africains et des juifs, des femmes seules avec enfant. Tu manifestes avec le GUD, et en cela, tu es la dernière des raclures.

Quand tu auras 50 ans, que d’autres autours de toi se seront mariés, auront eu des enfants malgré ton combat d’arrière garde, il ne te restera que ton zizi tout flasque, ton anus distendu, le souvenir de toutes tes blennorragies, une calvitie et des photos de toi, blondasse hypocrite, à la messe aux côtés de l’autre conne, des unes de journaux avec toi aux côtés de néo-nazis. Ta vie s’étalera dans toute sa merdeur.

Tu me fais pitié, va.

7 Comments

  • Le pédé de province que je suis ne se reconnait pas dans le pédé médiatisé de la Capitale. Nos différences ont pris le pas sur notre différence. Nous ne formons pas une famille, encore moins un lobby, la société et ses clivages marque notre petit monde autant que celui des hétéros. Lorsque les pédés citadins nous font la grâce de venir chez nous passer leurs vacances, je constate avec amertume combien ils trimballent d’idées reçues, de sentiments de supériorité qu’ils extériorisent dans une manière d’être, somme toute, assez standardisée. Je ne nie pas qu’il s’agit peut-être là d’une façade avec derrière ses trésors cachés. Je crois que c’est leur manière à eux d’être « honteux ». Pourtant, outés ou non, nous avons tous en commun de devoir chaque jour affronter l’adversité en mangeant notre chapeau de pédé, croiser un regard réprobateur ou se recevoir un pain dans la gueule, sourire de la bonne blague homophobe du patron ou subir la morale dominante en toute situation. C’est pour ça qu’on a nos renégats, nos traitres. Presqu’un luxe dans un groupe si hétéroclite. Bongibault, de Barjot&Co, fait partie de ceux-ci, traitre assumé, dans sa parure folle-rose-années-80, il est l’ami gay de nos ennemis, qui ne rêvent que d’en casser le jour venu. Il est leur alibi contradictoire, juste là pour la surlignure rose fluo du rejet qu’ils professent à notre encontre, cette haine qui décide que nous demeurions socialement invisibles. Lui qui apprécie tant les références au nazisme, est l’archétype du collabo, renseigné et renseignant, il fait plus de mal que ses potes fashos planqués derrière. En fait il nous dit qu’être pédé est un comportement de classe, autorisé ici, interdit ailleurs ; alors pas question de statut légal, pédé s’est un luxe, ça se vit dans le luxe et la fête, chez ces privilégiés qui peuvent par leur pouvoir s’exclure de la morale, quittes à y retomber ensuite sur leurs deux pieds, puisque la morale leur appartient autant que le vice. Pas de démocratie ici, c’est un mal qui est décrit : c’est d’ailleurs ce que représente Bongibault, la dépravation. Malgré son peu de culture, ne devrait-il pas savoir que le traitre a toujours le mauvais rôle, discrédité chez les siens, il restera toujours une merde aux yeux de ses recruteurs ? C’est vrai qu’il a dépassé le statut de simple merde, c’est un virus, et l’envie de vomir qu’il me donne est surement un symptôme de la maladie qu’il transporte.
    C’est une belle lettre que tu lui adresse, dommage qu’il soit trop con pour y être sensible.

    • Merci pour ce commentaire.
      Je crois, en tout cas j’espère, que cette douloureuse période que nous traversons, avec des flots d’insultes qui ne vont pas sans laisser de traces, surtout chez les plus jeunes mais aussi, je le constate, chez ceux qui ont mon âge, permettra de voir enfin émerger la figure jusqu’ici invisible de l’homo lambda. Celui qui, comme tu le décris si bien, vit peut être en province, encaisse l’homophobie ordinaire comme beaucoup de femmes encaissent la misogynie banale, et en plus a lui aussi du mal à finir ses fins de mois, payer son loyer, garder son travail. Ce Bougibault résume à lui seul, sans même s’en apercevoir j’en suis persuadé, une image de l’homosexualité dont nous sommes nombreux à ne plus vouloir.
      On est digne du mariage, de l’avenir à deux, des problèmes de couple, d’élever des enfants, de les aimer, et de faire quelques sacrifices de notre liberté individuelle pour quelque chose à deux ou, en tout cas, comme n’importe quel autre couple, d’essayer.
      Lui, représente la pacotille, la réduction à l’infantilisme (« ils s’éclatent, les pédés ») et le misérabilisme (« tu te rends compte, il a personne dans sa vie, le pauvre, c’est pas de sa faute…»).
      Amitiés de Tôkyô (à part cet article, il y a plein de photos du printemps ici, ça nettoie les yeux et ça aère l’esprit)

  • Très bon article, je vous remercie… C’est en partie à cause des gens comme ça que l’intolérance grandit. Étant moi-même lesbienne et ayant tout juste 16 ans, j’ai pu voir à quel point les mentalités ont changé au lycée. Avant, faire son coming-out, même devant d’autres élèves, ça faisait peur, mais ça passait. Et depuis qu’on a lancé le débat sur le mariage homosexuel, ça crie dans tous les sens. La haine est montée progressivement, si bien que c’est aujourd’hui une véritable terreur pour un adolescent de faire son coming-out. Maintenant, dès qu’on en parle, nous avons droit à
    “Mais regarde, il y a des homos qui ne veulent pas se marier !”.
    Une minorité d’une communauté déjà peu nombreuse, non représentative. Bien d’accord avec vous, s’ils ne veulent pas se marier, qu’ils ne le fassent pas, mais qu’ils ne militent pas pour empêcher les autres de le faire.
    “Pensez aux enfants !”.
    Je suis fille de parents divorcés, et j’aurais préféré être élevée par deux hommes ou deux femmes qui s’aimaient que par un homme et une femme qui se sont haï. Oui, justement, pensons-y, aux enfants, écoutons-les, pour une fois.
    Et autres arguments du même type…
    Bref, je parle trop. Merci pour ce bel article, dommage que la “blondasse” en question n’y fasse pas attention…

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