1989, mon été Mozart…

C’est par hasard qu’un jour de fin 1988 je suis tombé sur un enregistrement des Quartets pour flûte de Mozart, interprétés par des musiciens habitués au répertoire baroque: les frères Kuijken.

J’ai posté il y a quelques jours, le 21 juin pour être exact, la vidéo des Négresses Vertes, “voilà l’été”. Je crois me souvenir avoir fait la même chose l’an dernier. Cette fois-ci, une très ancienne amie que je n’ai pas vue depuis 1987 (la dernière fois il y avait eu un lapin suivi d’un silence radio de sa part) et retrouvée sur Facebook, a posté un commentaire qui m’a laissé perplexe… “Comme un souvenir d une soiree mairie d issy …et d un retour en metro a l aube …perfecto, vinyle et panier en plastique fluo achete a cote de chez toi ecoutes perez le prince noir et la chaise“…

Moi, les Négresses Vertes, ça me rappelle des choses totalement différentes. Et certainement pas un panier fluo ou un perfecto. Peut-être Catherine a-t-elle pensé à des souvenirs antérieurs, disons, vers 1983 ou 1984, et encore, bien souvent elle se dérobait à nos sorties…

Comme je l’ai déjà écrit, je me suis progressivement élogné de la pop et du rock, sans jamais vraiment arrêté d’en écouter. Mais disons qu’à partir de 1986, je me suis de plus en plus investi dans la musique baroque, c’était l’époque de l’éclosion d’une multitude d’orchestres passés depuis à la postérité, et pour tout dire, le début des plus grands musiciens français. William Christie ou Jean-Claude Malgoire faisaient déjà figures de doyens, arrivaient Rousset, Minkovski, Hantai… et avec eux la redécouverte de la musique française des XVIIème et XVIIIème siècle.

Vers 1988, on a commencé à voir des musiciens baroques explorer le classicisme, avec la même tentation d’enlever la couche de romantisme que cette musique trainait.

C’est par hasard qu’un jour de fin 1988 je suis tombé sur un enregistrement des Quartets pour flûte de Mozart, interprétés par des musiciens habitués au répertoire baroque: les frères Kuijken. Je les connaissais un peu, et je les avais toujours trouvés assez pompeux, polis, “jolis”. Trop décoratifs. Ce que cette interprétation n’est pas.

Il faut avoir en tête que si le baroque était bavard et relevait d’une esthétique fortement codifiée (étonnez vous, après, que j’aime la culture japonaise…), il n’en va pas de même du classique: le classique libère les sentiments. C’est la musique de l’époque rousseauïste, c’est la musique de l’époque du peintre Greuze. Dans cette libération des sentiments longtemps contraints par le corset baroque des “passions”, c’est le romantisme qui s’annonce, et il y a cela aussi dans ces quartet. Certains mouvements découvrent une âme mélancolique, ou rêveuse, une humeur sombre aussi.

La première écoute de cet enregistrement a été une révélation. Le classique pouvait être autre chose que du joli violent et une flûte trop sage. Plus qu’une musique proprette pour publique endimanché, je pouvais sentir ces hommes et ces femmes perruqués et poudrés cherchant maladroitement dans leur cadre social trop rigide les voies de “la nature”.
Et puis, 1988/89, c’était l’époque du bicentenaire, le design français se faisait lui-même tout en courbes et tout en harmonie avec la musique de cette époque.

Ils me rappellent un amant rencontré sur les bords de Seine sous le grand soleil de l’été, et qui habitaient tout un étage dans un hôtel particulier. Ils me rappellent la révélation des façades nettoyées du Grand Louvre où j’allais draguer. Il me rappellent à la lecture de mes premiers livrets d’opéras. J’avais 24 ans, et Jean-Paul Goude donnait des couleurs à Paris pour célébrer la Marseillaise.

Je les adore… Bonne écoute.

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