Dé-hibernation

J’attend la pleine lune de demain pour sortir de mon hiver. J’ai passé ces quinze derniers jours à penser à ce que je vais faire, alors. C’est cela, ma nouvelle année à moi.

Chaque année, pour la Saint-Valentin, je reçois de mes étudiants des tonnes de chocolat. La tentation finit toujours par l’emporter et je me retrouve toujours un soir ou l’autre, affalé sur mon canapé, à me gaver jusqu’à n’en plus pouvoir. J’adore le chocolat, je ne crois pas être le seul, ce n’est pas une raison, je sais, c’est juste comme ça.

Le lendemain, je me réveille avec un système digestif qui me crie sa révolte et son écœurement mais moi, je sais que tant qu’il en restera à la maison, cela pourra recommencer.
Le chocolat devrait être classé comme une drogue. C’est bon, cette drogue.

Surtout en hiver. Et surtout au milieu de l’hiver quand comme ici commence à voler le pollen des cèdres et cyprès qui entourent Tokyo. Mal de tête, corps lourd, envie de ne pas faire grand chose le soir et donc, au matin, vague « crise de foie ». Pollen, chocolat, même combat.

Le plus gros de l’hiver est passé, pourtant, déjà mars, et on voit bien s’amorcer ici et là le printemps magnifique. Cette année, il a fait froid, très froid même si on compare avec les derniers années, et très sec aussi. J’ai la peau qui craquèle sur les doigts, la peau sur mes côtes est sèche et rugueuse, ça fait un peu mal.

Le plus gros de l’hiver est passé, pourtant, car on peut désormais voir les fleurs des pruniers japonais avec cette odeur sucrée dont aucun mot ne pourra jamais traduire la délicatesse, des premiers cerisiers au rose chatoyant sous le soleil et le ciel bleu, et des camélias dont les gros boutons aux branches sont comme prêts à exploser, tous ces signes annonciateurs du printemps que l’on scrute avec attention et espérance comme on ne le fait pas en France, en tout cas, pas à Paris.

À Paris, c’est le calendrier qui nous annonce le printemps. Ici, ce sont les jours qui s’allongent, ce sont les boutons sur les arbres et les premières floraisons, c’est quand, une fois tombées les pétales des fleurs des cerisiers d’hiver sortent les premières feuilles au vert puissant et lumineux, c’est quand on sent la couleur du soleil qui change et devient plus forte, plus chaude.
Comme depuis quelques minutes. Il va faire très beau, aujourd’hui. La nuit dernière le vent a soufflé très fort, il a beaucoup plus et on a même entendu quelques coups de tonnerres. C’est 春一番, le premier vent du printemps, quand après une brusque opposition entre les vents froids du nord et chauds du sud ce sont ces derniers qui l’emportent. Aujourd’hui, le soleil aura cette teinte chaude de l’été, peut-être à cause de l’humidité de l’air qui créera une diffraction différente de la lumière solaire. Et demain, on retournera à l’air plus sec et plus frais, mais le tournant aura bel et bien été amorcé.

À ce moment de l’année, on est souvent tenté de brûler les étapes et de sortir de l’hibernation, tenté de faire des choses nouvelles finalement destinées à l’échec parce qu’en réalité, avec les températures actuelles, à moins d’avoir une volonté de fer, on en fera rien, et quand bien même on trouverait l’énergie, l’allergie au pollen viendrait s’abattre sur vous sans prévenir. Des trucs du genre résolutions de la nouvelle année, tu parles! On ne peut pas démarrer un truc nouveau en janvier, c’est contraire à l’horloge biologique! Même février, c’est difficile. Pourquoi croyez-vous que le mammifères hibernent? Alors oui, je sais, on a le chauffage, mais dois-je vous rappeler que les millions d’années d’expérience gravées dans notre ADN sont en réalité bien plus forts? Non, en hiver, l’idéal, c’est de faire ce qu’on fait déjà, bien au chaud à la maison. Coudre, écrire, bricoler, broder, raconter des histoires, baiser, cuisiner, lire, regarder des films, lire des magazines, bref, des trucs dont vous avez déjà l’habitude, et c’est déjà pas mal, non?
Moi, ce matin, mes yeux se sont ouverts à 8 heures et demi bien que je me sois couché vers minuit, avec un mal de tête localisé autours des yeux. Autant accepter la situation et ne pas trop pousser, la nature sait ce qu’elle fait. J’attend la pleine lune de demain pour sortir de mon hiver. J’ai passé ces quinze derniers jours à penser à ce que je vais faire, alors, à un programme très chargé. L’an dernier, je me suis contenté d’une seule chose, mon alimentation. Il y a eu quelques rechutes mais j’ai tenu bon, c’est devenu une routine. C’est cela, ma nouvelle année à moi.

Ainsi. J’ai préparé de la terre pour rempoter mes plantes qui étouffent, ça se voit. J’ai acheté de la terre et j’y ai mélangé du marc de café et de thé. J’ai longtemps fait ça, en général les plantes aiment bien. J’ai fait ce mélange il y a une quinzaine de jours, la terre est bien prête maintenant. Je ferai le rempotage le jour de la pleine lune, demain. Chaque fois que j’ai fait cela, mes plantes on doublé de volume! J’ai lu ici et là que ce n’était pas le bon moment, que la nouvelle lune était meilleure car c’était le début de la phase « feuilles » de la plante, bla bla bla, mais mes chéries étouffent dans leurs pots, je veux que leurs racines respirent dans leur bonne terre un peu comme le chat s’écarte de tout son long et jusqu’à chacun de ses petits doigts. Je veux qu’elles se sentent bien chez elles. Elles auront tout le temps d’en faire, des feuilles. Je sais qu’elles vont adorer.

Vendredi, jour de pleine lune et deux mars, c’est aussi un bon jour pour commencer mon grand ménage de printemps. Pas que chez moi ce soit très sale, mais les livres prennent la poussière à cause de l’air conditionné qu’on utilise chaque jour en hiver et de l’air sec, et puis j’ai envie de jeter les choses qui ne servent à rien, notamment dans la cuisine, vous savez, les bouteilles de trucs ouvertes depuis deux ans.
J’ai mis fin à mon abonnement au New York Times ainsi qu’à celui de Médiapart. Je cherche un logiciel alternatif à Lightroom parce que payer 10 euros par mois ça commence à me sembler bien cher. En fait, c’est surtout que Adobe veut tout basculer dans le Cloud et que le logiciel n’existe plus que par abonnement qui me gave, payer à vie, ça m’énerve. J’ai essayé Darktable, mais il ne reconnaît pas les disques durs externes, ce qui est très quand même très nul. Le logiciel Olympus ©, quand à lui, est une véritable usine à gaz, encore pire que le logiciel Sigma ©.

En gros, je veux me séparer des trucs inutiles, un peu comme on coupe les vieilles branches. C’est la saison, quoi! Vieux vêtements inutiles, brochures, papiers divers. C’est aussi ça, le ménage de printemps. Bon, pour Lightromm ©, il n’y a pas urgence, hein.

Cette semaine, les températures vont monter dramatiquement. Il devrait faire 21 degrés ce midi, et dimanche prochain on prévoit 18 degrés. Comment ne pas résister à la tentation du printemps, de brûler les étapes… pour finir enrhumé. Je m’en tiendrai donc à mon agenda. Mais en mars, c’est prévu, je vais rajouter chaque semaine une activité. Ce vendredi, ce sera donc sur ce blog, et sur mon blog HuffPost.

Du côté du ménage de printemps, il y a la France, qui finalement est sortie de ma vie, ou plutôt c’est moi qui suis sorti de la sienne, je ne sais plus trop quand c’est arrivé. Il faut dire que ça fait un bail que je suis parti.
Facebook ne m’intéresse même plus. Je n’ai plus que la langue et l’écriture, une mémoire et des amis, ma mère et mon frère, qui m’y rattachent. Tout le reste s’est évaporé sans que je m’en aperçoive. Ce sera ce récit, entre autre, qui viendra enrichir la trame de ce blog désormais, car soudain, tel le chat qui s’étire ou les racines des plantes, je prends toute la place dont j’ai envie.

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